LA BARONNE, LE GÉNJÎRAL
LE GÉNÉRAL
Allons, tout va bien... On danse, on chante, on joue gros jeu, les dames walscnt , les maris prennent des glaces, les* violons boivent et jouent faux... c'est comme à Paris. Combien je me félicite, ma chère belle-sœur, d'être venu avec ma lille passer quelque temps à votre terre! votre société suffisait de reste pour m'en rendre le séjour bien agréable! et je trouve en outre des fêtes , des bals, et dans quelques jours un mariage... C'est trop de plaisirs à la fois !
LA BARONNE
Vous savez que sans vous il n'en est pas pour moi de complet.
LE GÉNÉRAL
Trop bonne, en vérité!... Maintenant, ma chère parente , que voulez-vous de moi ?
LA BARONNE
Un instant d'eiilieli n , Général.
LE GÉNÉRAL
Je suis tout à vous. Ce petit salon que dédaignent les ama-
leurs de la contredanse, et que l'écarté n'a pas envahi,^ semble fait exprès pour les confidences secrètes.
LA BARONNE
Je vais donc vousfaire la mienne, ou plutôt ma confession... Mais avant, que me direz-vous aujourd'hui de mon jeune cousin , de mon prétendu ?
LE GÉNÉRAL
Eh ! savcz-vous bien que je serais en droit de vous en dire du mal ? car enfin il vous épouse.. . Un jeune avocat battre un vétéran!... Il est vrai que la jeunesse plaidait sa cause... Mais je me résigne, et je vois qu'il faut que je reste auprès de vous ce que je suis sur les cadres de l'armée; un maréchal-decamp. .. disponible.
LA BARONNE , souriant.
Mon cher général, j'ignorais jusqu'à ce jourvosprétentions. LE.GÉNÉRÂL.
Que voulez-vous ? moi , je suis tm homme de la vieille roche... Je soupire cinq ans sans rien dire... Aujourd'hui nos jeunes- gens parlent avant d'aimer... cela est plus commode. Je ne dis point cela pour Gustave, et quoique je lui garde quelque rancune, je rends pleine justice à sa franchise. ^ sa loyauté , à ses qualités aimables.
LA BARONNE
Vous avez donc bonne idée de ce mariage ? LE GÉNÉRAL.
La meilleure idée... Gustave est un homme charmant; de manières distinguées, de la figure !.. il fera fortune au barre.iu, si toutefois il plaide; je crois cependant qu'il aurait été mieux placé dans la cavalerie légère.
LA BARONNE
Mon ami , parlons sérieusement , son caractère m'inquiète. Il est vif, emporté , susceptible... au dernier point.
LE GÉNÉRAL
Oui, grâce an ciel , et cela me réconcilie avec lui!... Si vous m'aviez vu à son âg<! et maintenant encore ! savez-vous bien que je suis le plus vif de tous les généraux... en retraite.'
LA BARONNE
De votre part, cela se conçoit. Un vieiix militaire! Mais Gustave! un avorat qui doit arranger les allaires des autres!
LE GÉNÉRAL
Est-ce une raison pour ne pas déranger les siennes? .Allons, ma belle parente, Gustave est jeune; il est vif, aimable... c'est un homme accompli, et c'est le mari qui vous convient.