CHAPITRE XLIV
Reprenons Voltaire.
« L'histoire d'Antoine est une des plus singulières ce dont le souvenir se soit conservé dans les annales « de la démence. Voici ce que j'en ai lu dans un ma- « nuscrit très curieux, et qui est rapporté en partie « par Jacob Spon : Antoine était né à Brieu, en
a Lorraine, de père et de mère catholiques, et arait « étudié à Pont-à-Mousson, chez les jésuites. Le « prédicaut Ferri l'engagea dans la religion prêtes» « tante, à Metz. Étant retourné à Nancy, on lui fit « son procès comme à un hérétique, et si un ami « ne rayait fait sauver, il allait périr par la corde.
a Voyant par quelle étrange fatalité sa vie n'était < en sûreté ni chez les protestants, ni chez les ca - « tholiques, il alla se faire juif à Vienne. Il se per- « suada très sincèrement^ et il soutint jusqu'au der- « nier moment de sa vie, que la religion juive était ff la seule vraie, et que, puisqu'elle l'avait été au- « trefois, elle devait l'être toujours. Les juifs ne le « circonscirent points de peur de se faire des af- « faires avec le magistrat; mais il n'en fut pas « moins juif. 11 n'en fît point profession ouverte; et a même étant allé à Genève en qualité de prédicant, « il y fut premier régent du collège, Qt enfin il « devint ce qu'on appelle ministre.
« Le combat^ perpétuel qui s'excitait dans son « cœur, entre la secte de Calvin qu'il était obligé ce de prêcher, et la religion mosaïque à laquelle « seule il croyait, le rendit longtemps malade. Il » tomba dans une mélancolie et dans une maladie tt cruelles ; troublé par ses douleurs, il s'écria qu'il c( était juif. Des ministres vinrent le visiter, et ta- « chèrent de le faire rentrer en lui-même; il leur
• répondit qu'il tf adorait que le Dieu d'braël; qu'il « était impossible que Dieu changeât, que Dieu ne « pouvait avoir donné lui-même et gravé de sa « main une loi pour l'abolir. 11 parla contre le c< christianisme 9 ensuite il se dédit. Il écrivit une < profession de foi pour échapper à la condamna- « tion ; mais après l'avoir écrite, la malheureuse c( persuasion où il était ne lui permit pas de la si- « gner. Le conseil de la ville assembla les prédicants « pour savoir ce qu'il fallait faire de cet infortuné. « Le petit nombre de ces prêtres opina qu'on de- « vait avoir pitié de lui ; qu'il fallait plutôt tâcher « de guérir sa maladie de cerveau que la punir. Le « plus grand nombre décida qu'il méritait d'être a brûlé j