‹ Le duel depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 104 sur 122 · CHATEAUBRIAND · texte numérisé non relu

CHATEAUBRIAND

u Sa Majesté (Charles IX) aimait beaucoup sa

f( nourrice, encore qu'elle fût huguenote* Comme « elle se fut mise sur un coffre, elle commençait à « s'éveiller; ayant entendu le roi se plaindre. Ci pleurer et soupirer^ s'approcha tout doucement ce du lit ; et, tirant sa custode, le roi commença à « lui dire, jetant un grand soupir et larmoyant si « fort, que les sanglots lui coupaient la parole : « Ah I « ma nourrice^ ma mie, ma nourrice, que de sang ! t que de meurtres I Ohl que j'ai suivi un méchant « conseil! Ohl mon Dieu, pardonne-le moi, s'il te c( plaît!.,. Que ferai-je? Je suis perdu, je le vois « bien. »

c< Ce roi, qui tirait par les fenêtres sur ses suer jets, ce monarque catholique se reprochant ses « meurtres, rendant Vâme au milieu des remords^ c< en vomissant son sang^ en poussant des sanglots^ « en versant des torrents de larmes, abandonné de ' tout le monde, seulement secouru et consolé par « une nourrice huguenote.

« N'y aura-t-il pas quelque pitié pour ce monarque « de vingt-trois ans, né avec des talents heureux, « le goût des lettres et des arts, un caractère habite tuellemenl généreux, qu'une exécrable femme c< s'était plu à dépraver par tous les abus de la dé- « bauche et de la puissance (1) ?

1) Catherine de Médicis.

« Heureux si ce prince n'avait jamais reçu une a couronne doublement souillée de sou propre sang € et de celui des Français^ ornement incommode « pour s'endormir sur Foreiller de la mort 1.4. » Ohl oui 9 oui^ pitié pour le roi meurtrier de 23 anSy mais pitié aussi pour l'enfant du peuple condamné à 17 ans!... Pitié pour le crime de l'ignorance, et de la faim aussi 1 1 !... 11 fut donné au roi assassin de sangloter et de se repentir I... Laissez au criminel de l'ignorance et de la faim , au monomane, le temps de redevenir homme, de se sentir , et il sanglotant comme le roi I Ne guillotinons pas l'âme. Les chrétiens primitifs et saint Augustin vous le disent.

Page 1