‹ Le duel depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 112 sur 122 · CHAPITRE XLVn · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVn

LE GRIME c'est LA DÉMENCE.

Croyez-vous que ce petit enfant que sa mère lient sur ses genoux, lissant ses cheveux blonds, baisant ses yeux si bleus l.o ce petit enfant auquel elle fait épeler le nom de Dieu!... Croyez-vous que Dieu Ta mis là, pour que, seize ans après, la société s'octroie le droit de lui couper le cou? Et pour qu'il s'octroie le droit, lui, d'égorger un homme paisible et inoffénsif?

Ceux qui nous ont précédés dans la défense de l'inviolabilité de la vie de l'homme, avaient un ennemi de plus à combattre I C'était la croyance dans le droit de pouvoir disposer de la vie de Vhomme. Aujourd'hui la philosophie et la philanthropie ont gagné ce terrain immense! Aujourd'hui, il n'y a plus de discussion possible à cet égard. La société n'a pas le droit de tuer un criminel, pas plus que le criminel n'a le droit de tuer un membre de cette société. La légitimité de la peine de mort est radicalement détruite, et Beccaria^ Jérémie Bentham, cent autres, ont amené la conscience publique à ne voir dans la guillotine

« Qu'une nécessité supposée sans le droit. »

Dépomilér une institution du droite ne lui laisser pour raison d'être que la nécèssiié présumée du fait, c'était avoir beaucoup fait contre cette institution.

Et voilà où nous en sommes au xix* siècle I Les bourreaux, les échafauds, les fers, les supplices, les lois athées, ignorantes, sottes, barbares, sans grandeur, sans vérité, ne prouvent que les erreurs sociales. Elles ne prouvent pas que Dieu ait fait, ait créé deux humanités :

ce L'une pour la sainteté de la vertu, » « L'autre pour l'abomination du crime I »

On ne peut refuser à la cause que nous défendons, que Robert I", de France, que saint Louis, que saint Vincent de Paul, que Fénelon, n'aient aimé la vertu et marché dans sa voie! Et l'on ne peut pas plus refuser à cette cause, que la Brinvilliers, Cartouche et Lacenaire, n'aient marché dans la voie du crime.

Si Ton nous répond que Dieu a laissé à l'homme le libre arbitre, sans lequel il n'y aurait ni vertu ni , crime, nous répondrons que l'homme a le libre arbitre, mais dans la mesure de son être sensible^ moral y intellectuel et pas au-delà.

Par exemple : L'homme n'est pas libre de ne pas

manger, boire et dormir. S'il désobéit à cette loi de son être^ il mourrai £t il est contre sa nature de m laisser mourir.

L'homme n'est pas plus libre de ne pas penser, qu'il n'est pas libre de rester sans manger^ ni boire, ni dormir. Il faut qu'il pensCi c'est la condition de son être.

L'homme n'eirt pas libre de ne pas aimer. Dieu lui a imposé l'affection» et l'homme n'est pour rien dans cette loi providentielle qui est le salut de la terre!

11 obéit forcément, aveuglément aux lois de son être, l'homme ne s'appartient pas.

L'homme est rivé à la nécessité de la moralité ! La moralité est le pain de l'àme, moralité sans laquelle l'homme cesse d'être aussi bien dans sa nature, que quand il veut vivre sans penser, sans aimer, sans boire ni manger. Plus de sophismes, plus de mensonges, plus de romans, ils ont fait assez de mal aux hommes comme cela !

« Lhomme naît bon, il faut qu'il soit bon^ il a « besoin d'être bon ou il cesse d'être homme. »

» Un philosophe, disait Napoléon, a prétendu que « les hommes naissaient méchants. Ce serait une « grande affaire et fort oiseuse de rechercher s'il a « dit vrai. Ce qu'il y a de certain^ c'est que la masse

<x de to société n'est pas méchante ; car si la très grande « majorité voulait être criminelle et méconnaître tes u lois, qui est-ce qui aurait la force de l'arrêter ou « de la contraindre? »

(Napoléon.)

L'homme ne peut donc s'empêcher d'être homme , pas plus que la fleur^ pas plus que Toiseau^ ne peuvent s'empêcher d'être fleur et oiseau ; pas plus que le caïman, le lion et le tigre, ne peuvent s'empêcher d'être lion, tigre et caïman. Tout obéit à la poissante main qui a tout créé. L'homme a été créé sensible, moral et pensant I Quel phénomène s'opèret-il en lui quand il cesse d'être lui, qtmnd il cesse d'être homme j et qu'il n'est plus sensible , pensant et mora/? Est-il alors dans les conditions de Dieu, dans les conditions de sa nature, dans son entité^ dans son moi humain? Non sans doute, et ceci n'est pas contestable.

Le crime parmi les hommes, est-^il la règle ou r exception?

C'est l'exception. C'est la pensée de Napoléon. Si au lieu d'être créés pour la société, si au lieu d'être créés sensibles et aimants, pensants, c'est-*à^ire, méditant, comparant, jugeant; moraux et aifecti£3, c'est-à-dire, ne voulant pas faire à autrui ce que nous ne voudrions pas qu'il nous fût fait, nous

commettrions le crime sans qu'il fût crime, parce que le crime serait dans notre nature; mais comme il est contre notre nature, le crime n'est qu'une minime exception dans la masse sensiMe, intellectuelle et morale. Ceci est encore incontestable. Néanmoins, cette minime exception existe I Cette anormale exception est un fait. Ce fait a une cause ! Quelle est donc cette cause?

Si cette exception a une cause, pourquoi l'indignation de la société s'attaque-t-elle à Tagent, au criminel, et non à la cause* Si elle n'a pas une cause, c'est une démence. Or, nous, nageons maintenant en plein courant du crime atroce, tuer pour voler. Eh bien I nous défions qui que ce soit sur la terre, de nous prouver, « que le crime puisse « procéder (/e crime étant reconnu intelligent) ^ du (c sauvage intérêt du moi humain^, de Vintérêt per- « sonnel / »

Serrons bien l'argument : Le crime est intelligent, il calcule, il chifire, il compte, il pense, médite, compare et juge ; nous demandons à ceux qui sont convaincus que tel est l'état intellectuel du criminel , avant , pendant et après la perpétration du crime, de faire un compte par

t Doit et Avoir\ »

des affaires du criminel.

Une doit y avoir ici, ni pathos^ ai. sensiblerie, ni ambign'àé, ni arguties, ni phrases; rieii de captieux, rien d'amphibologique. La sécheresse du diiffre seule. Il faut que la peine de mort expira sous les coups d'un calcul ^ pu il faut que la peine de mort triomphe par un calcul, par un chiffre I

Nous irons plus loin encore, pour laisser au crime toute r horreur de son

« industrie, »

toute la malédiction de son

« commerce. »

Nous ferons la part la plus large, la plus complète à ceux qui croient que le crime est intelligent, calculaleur et réfléchi. Nous arracherons l'âme au criminel, pour un moment ; nous ne lui laisserons ni crainte de DieUy ni amour de la religion, lois sous lesquelles vit l'humanité; nous lui arracherons toute idée morale! Nous ferons plus encore : nous lui arracherons le cœur. Ce criminel sera le véritable monstre incompréhensible de PascaL II n'aimera rien sur la terre : ni père, ni mère, ni épouse ^ ni cw— fantf ni frère, ni sœur, pas un ami, pas un chien^ pas un oiseau, pas une fleur !

Il n'aimera que son horrible industrie, son commerce.

Noos détrairons, pour un moment, tout ce qui compose l'homme : Tâme, le cœur^ etjusqu'ausen^ liment irmé de sa propre canservation^ et quand nous aurons oblitéré, effacé les nobles parties consti* tutives de tout homme, nous demanderons avec insislance à tous ceux qui croient que le criminel est intelligent, ealculatwry qu'il médite , pense ^ compare et juge, oui, nous demanderons à ceux qui croient que le criminel est intelligent, s'il y en a un seul parmi eux lotis qui voudrait Yindustrie maudite, le commerce damné du criminel aux chances de félicité et de malheur que comportent

« cette industrie, »

« ce métier ? »

Au XIX'' siècle, dans un État légalisé, comme la France, où la force publique sillonne toutes les communes, avec une police secrète, active^ ter-rible^ savante, où il y a partout des cantonniers, des gardes-champètres^ des facteurs ruraux, réleclricité pour la correspondance ; quand, dans chaque commune, il y a la garde nationale, un maire, un adjoint^ un conseil municipal , un prêtre, le cri<minel intelligent, qui calcule^ qui réfléchit, qui médite , combine et pense le crime , doit se dire aussi :

Aussitôt que j'aurai laissé un cadavre sur le che^

min, ou dans sa maison, ou dans le bois, ou dans la rue, une enquête aura lieu ; si, dans la lutte, mon couteau tombe, si je perds mon chapeau^ mon mouchoir, un soulier, ma casquette ; si quelques gouttes de sang jaillissent sur mes habits, si la mesure de mon pied est empreinte sur le sol (1), les clous de mes âouliers, la bourre de mon fusil (2), une seule personne qui m'aura vu, le moindre indice^ je suis perdu I Le chien de la victime suffit ; son cheval peut me trahir; ses cris peuvent être entendus; aurais-^je le temps de Tachever ; ne puis-je pas me tromper, et^ le croyant mort, le laisser vivant : Il peut être plus fort,- plus courageux^ mieux armé que moi ; un témoin caché, que je n'aperçois pas, peut tout révéler ; la différence de mon existence, de la pauvreté à l'abondance, peuvent, doivent faire naître des soupçons au milieu des recherches les plus actives I Sur cent chances, il y en a certainement quatre-vingt-dix-neuf contre moi^ et ces quatre«-vingt-dix-neuf^ont la mort, et quelle mort? Je sais ce qui m'attend :

l"" Conduit de brigade en brigade, les fers aux mains, semant l'horreur sur mon passage.

(1) Tout ceci se reproduit chaque jour. C'est en comptant le nombre de clous d'un soulier qu'on a découvert l'auteur d'un crime. '

(2) C'est avec la bourre d'un fusil qu'on a découvert Tauteur d'un autre crime.

2^ Jeté dans un affreux cachot, au secret.

3"" Interrogé^ écouté, me croyant seul, il faudrait un miracle pour échapper à la perspicacité de ceux qui vont me juger.

i"" Pendant trois mois^ ma pensée ya sentir Tagonie, rêver dans la veille, et songer dans le sommeil, à ce fatal couteau suspendu sur ma tète.

5* Là, il n*y a ni pitié, ni miséricorde,. ni remords, ni repentir, ni larmes ; il n'y a qu'horreur et malédiction pour moi 1 1 !... et ce sera justice.

6"* Puis un jour, un bruit inaccoutumé se fera entendre ; une grande lumière entrera dans la fosse où Ton m'aura jeté ; la force publique viendra me prendre, et me conduira devant un accusateur, devant trois juges, devant douze jurés. Comment échapper à leurs investigations. Une contradiction, une émotion^ un oubli, peuvent me perdre. Comment me soustraire à des hommes, habitués aux allures, au langage, à la logique du crime. Ils épongeront ma tète déjà affaiblie par la peur, par la solitude, par les fers et les cachots !

Condamné, il faut que je traverse toutes les stations de l'enfer. Ces derniers jours sont une agonie formidable I Un bruit, un faux bruit fait tressaillir ! les membres tremblent! une sueur froide surgit, la tête tourne, il faut s'asseoir ou tomber! L'oreille tenduC; le cœur battant, le vrai bruit arrive enfin ;

les venroux crient , et une voii brève, impérieuse, froide comme la mort qu'elle annoncé, prononce ces mots :

Page 1