‹ Le duel depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 34 sur 122 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

ESPRIT DES LOIS

« L'expérhnce a fait remarquer que dans les

<c pays où les peioes sont douces^ l'esprit des cice tojens en est frappé, comme il l'est ailleurs par « les grandes. »

Ainsi, la peine de mort, qui est comme le remède de la société malade, n'est pas le seul remède, ni le bon remède.

Continuons à opposer l'homme de bien au philosophe timide, au magistrat empêché de tout dire.

c( Il ne faut point mener les hommes par les voies « extrêmes ; on doit être ménager des moyens que « la nature nous donne pour les conduire. Qu'on « examine la cause de tous les relâchements, on « verra qu'elle vient de l'impunité des crimes, ei ce non pas de la modération des peines. »

Oui, ceci est la vérité ; ici , surgit fe chercheur, mais ce n'est que la vérité commencée. La cause de tous les relâchements a bien d'autres causes malheureusement que l'impunité. Le châtinent ne châ tie que le fait et l effet, et c'est la cause qu'il faudrait atteindre. — La question est là.

Encore quelques mots de Monlesqiieu, et la légion sacrée qui combat pour l'inviolatililé de la vie de l'homme pourra en vérité le compter dans ses rangs. Il dit :

c( Suivons la nature, qui a donné aix hommes la « honte comme leur fléau, et que la plus grande u partie de la peine soit V infamie de la souffrir. »

Ceci emporte toute la question ; c'est iumineux comme le soleil , précis comme un chiffre. C'est aussi le cri bien traduit de la nature , c'est de la grande législation.

Etrange nihilité des hommes. -^PauTre chair à mensonge, à contradiction^ a faiblesse!

Montesquieu dit : la peine de mort est commef le remède de la société malade, et cependant à chaque ligne de son œuvre immortelle, il proteste contre la peine de mort. Bientôt après lui, le monde fit silence , pour écouter un bruit qui venait de loin. On eût dit qu'Israël, Sparte, Athènes et Rome soulevaient la poussière des siècles; que le cieî s'ouvrait pour laisser fuir Tesprit de Moïse, de Lycurgue, de Solon, et les génies des Caton et des Brutusl C'était la liberté qui revenait planter son glaive sur la terre des Gaulois. Un homme, un homme terrible comme il en surgit dans les époques terribles, un homme cerclé d'hommes plus terribles encore, se lève et dit :

c< Quoi ! un vainqueur qui faisait mourir ses en- « nemis captifs était appelé barbare I Oh regardait « comme un monstre, un homme fait, qui pouvant « désarmer un enfant, V égorgeait!... et la société « ne comprenait pas que, devant elle, le criminel a était plus faible qu'un enfant devant un homme . fait ! Qu'étaienl-ce donc que ces scènes de mort

« ordonnées avec tant d'appareil^ sinon des assas^

« sinats officiels, sinon des meurtres commis froide-

« ment, lentetnent, sous Hnyocation de certaines

« formes sacramentelles I et par des nations en-

« tières. Qu'aux yeux d'un Tibère, ce fut un crime

« digne de mort que d'avoir loué Brutus, qu'un

« Caligula eût soif du sang de quiconque osait se

ce désfhabiller devant son image^ on le concevrait

« Tuer est un procédé digne des tyrans, mais quelle

c< injure à la liberté que de mettre à ce prix sa con-

« servation ou son salut I (1) La peine de mort était

« nécessaire, disait-on 1 Nécessaire ? i?/ pottrgwot

c donc tant de peuples avaient-ils pu s'en passer I

« Et pourquoi ces peuples avaient-ils été précisé-

« ment les plus libres, les plus heureux I Et pour-

« quoi les crimes avaient-ils été toujours plus rares

« là où le peuple n'était pas habitué à voir tomber

« des têtes et à humer V odeur enivrante du sang I

« Ignorait-on combien les mœurs étaient douces

c dans les républiques de la Grèce, et combien elles

« Tétaient devenues à Rome, après que la loi Por-

<< da ( 1 ) eût anéanti les peines violentes dé-

« crélées par les rois et les décemvirs.

« Veut- on trouver des supplices abominables,

a qu'on aille au Japon I... Mais là aussi, comme

(1) Le duc de Broglie a répété cette même pensée.

ce conséquence delà barbarie des lois, on trouverait « des forfaits à faire frémir, et une férocité absolu- « ment indomptable (1).

a Lidée du meurtre inspirait bien moins d'effroi c lorsque la loi^ elle-même, en donnait l'exemple et « le spectacle, et Thorreur du crime diminuait, dès « qu'elle ne le punissait plus que par un autre K crime. Ces juges, d'ailleurs, étaient-ils au-dessus « de Terreur? Que s'ils ne pouvaient se donner c( pour infaillibles, de quel droit prononçaient-ils « une peine irréparable? Tuer un homme \... Mais « y songeait-on? C était tuer son retour possible à « la vertu! C était tuer V expiation! Chose infâme! « C'était tuer le repentir! fi

(Robespierre.)

Hélas! hélas! quelle bouche a prononcé ces sublimes paroles ! Répétons nous : Montesquieu qui a dit : La peine de mort est comme le remède de la société malade, s'est iascrit contre les pénalités atroces; et Robespierre dont on vient de lire ces paroles : « Tuer son retour possible à la vertu ! C'était tuer « t'eipiation! Chose infâme I C'était tuer le repentir !» Robespierre a fatigué le couperet de Sanson en immolant l'innocence !... Et comme l'expiation commence sur la terre, dit M. Thiers, Robespierre a

(1) C'est la pensée de Montesquieu.

eu aossi sa part de bourreau ! et l'Europe lui doit ainsi qu'à ses terribles ooadjuteurs, la peur de la liberté.

Qui a gâté la révolution se demande notre grand historien Michelet ? et il répond :

Marat et Robespierre !. . . (t )

et les senteurs du sang, dit Lamartine, infectaient Pair !... Les chiens aussi affamés que les hommes, allaient léchant le sang que restituait la terre!... Est-ce qu'il y a d'édifice social cimenté avec le sang, les larmes et les détritus de cadavres? Les sociétés s'édifient avec Dieu au faite, la morale au centre, et la religion pour base I Tout le reste n'est que folie, ou crime.

(1) M. Michelet : « — Qui a amené la Révolution ? — Voltaire et « Rousseau» — Qui a perdu le roi ? — La reine. — Qui a commencé « la Révolution? — Mirabeau.— Qui a gâté la Révolution ? — Marat « et Robespierre. 1»

M. Mignet : c La Convention dura trois années, du 20 septembre « 1790 au 26 octobre 1793 ; pendant cette longue et terrible époque, « la violence de la situation changea la Révolution en une guerre et « rassemblée en un champ de bataille. Chaque parti veut établir sa « domination par la victoire, et rassurer en fondant son système. Le ^ parti girondin Tessaya et périt; le parti de Robespierre l'essaya et « périt ; on ne put que vaincre ; on ne put pas fonder. Le propre « d'une pareille tempête était de renverser quiconque cherchait à « s'asseoir ; tout ,fut provisoire, et la domination et les hommes, et « les ^sternes, parce qu'il n*y avait qu'une chose réelle et possible : la « guerre. »

M. Thiers : « Lorsqu'après un long sommeil un peuple se réveille,

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