‹ Le duel depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 35 sur 122 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Un vilain homme a dit : « Si je tenais la vérité dans ma main je ne l'ouvrirais pas. » (1).

Si la Providence avait placé la vérité dans les cryptes de notre cœur, nous irions l'en extraire avec ravissement pour en doter nos semblables, dût cette vérité nous conduire devant le prince des prêtres, ou devant Taréopage, comme Jésus et Socrate !

Justum et tenacem propositi virum, Impavidum ferient ruinœ,

(Horace.)

« ce réveil a lieu d'abord dans les classes les plus élevées, qui se sou- « lèvent et recouvrent une partie du pouvoir ; le réveil est successif, « l'ambition l'est aussi, et gagne jusqu'aux dernières classes, et la « masse se trouve ainsi en mouvement.

u Bientôt satisfaites de ce qu'elles ont obtenu , les classes éclairées « veulent s'arrêter, mais elles ne le peuvent et sont incessamment « foulées par celles qui les suivent; celles qui s'arrêtent, fussent-elles « les avant-dernières, sont pour les dernières une aristocratie, et « dans cette lutte des classes se roulant les unes sur les autres, le « simple bourgeois finit par être appelé aristocrate par le manou- « vrier, et poursuivi comme tel : les constituants sont donc ces pre- « miers hommes de bien qui, secouant l'esclavage, tentent un ordre « juste, ressaient sans effroi, accomplissent même cette immense « tâche, mais succombent en voulant engager les uns à céder quelque « chose, les autres à ne pas tout désirer. »

(1) Fontenelle. Il a bien dit aussi, Tégoïste , que « pour être heu- » reux il fallait avoir un mauvais cœur, et un bon estomac. » C'est un grand malheur que les hommes de lettres ne veuillent pas réfléchir plus longtemps leurs pensées. Ils font un mal incroyable à la société dont ils^nt les enseigneurs.

Si Dieu donne la paix à la terre^; dans dix ans la peine de mort sera abolie I

Mais en attendant cette grande munificence de Dieu^ cette réhabilitation de l'humanité , tout en conservant la peine de mort, jusqu'à ce qu'on sache bien qu'elle n'est pas nécessaire, jusqu'à ce qu'il ait été mathématiquement démontré qu'elle est nuisible, il serait en harmonie avec la religion, qui, elle, est la grande nécessité, de ne pas mettre une multitude de morts dans la mort.

L'article 13 de la constitution de l'an lY^ était admirable.

« Tout traitement qui aggrave la peine déter- « minée par la loi, est un crime. »

La loi péniale française ne porte ni dans son esprit ni dans sa lettre, lecaractère desplaisirs de Caligula . Cette bête féroce disait à ses bourreaux :

« Frappez de manière à ce que F on se sente mourir. »

C'était le luxe de l'atrocité. La loi française ne commande que la mort, et non la douleur continue après le coup de la mort I La guillotine, inventée j9ar humanité, dit-on, est un supplice d'une cruauté extrême. En dehors de son appareil, de ses lenteurs, de ses apprêts, il manque entièrement de pitié, de charité et d'humanité. Voyez quelle différence en Angleterre I Le patient marche sur une trappe qui

s*enlr'ou>re ; on baisse le bonnet du patienl et tout est dit. Dans la pendaison, l'asphyxie est continue et sans souffrance. Nous en avons acquis la certitude par des hommes qui ont été pendus. Il n'y a aucune souffrance dans le garrot^ et la pensée est entièrement absente dans ces deux supplices. Mais il y a certainement agonie doulounuse pendant le passage du couteau, et horrible souffrance après la décapitation I

Après que la hache a séparé la tête du tronc (1), c( Vinsufflation continuerait la vie jusqu'à l'inanition, » disent les hommes de Tart, et nous lisons dans Bichat des choses fort peu rassurantes : Un veau a courd longtemps après la décapitation. Un soldat a donné plusieurs coups de sabre après que sa tête eut été détachée du corps. Mille volatilleâ marchent et volent longtemps après la décapitation, et Galigula, au cirque, s'amusait à enlever la tête à des autruches qui marchaient jusqu*au bout de la barrière!... Cet homme avait l'atrocité dans la tête autant que dans le cœur 1

11 ne faut point, dans aucun cas, que la colère de la société surenchérisse sur Vatrocité des meurtriers.

(1) « Je suis convaincu que si l'air circulait encore régulièrement « parles organes de la voix qui n'auraient pas été détruites, ces lèles « parleraient. » (Soshhering.)

Commission pour l4 guillotine, guillotin devant là commission.

— Commission de médecins ayant à examiner si l'on souffre après l'exécution.

— Le citoyen Cabanis, rapporteur de la commission. (!) '

— Ses conclusions :

On souffre!!!..

Tout cela est effrayant à penser, horriblement cruel à dire. Peut-être que la religion, au nom de Dieu qu'elle représente sur la terre, devrait intervenir, et demander que le patient ne souffrît que dans sa vie et non dans une mort menteuse ! •

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