CHAPITRE XIL
iCLOSION DU GRIME, SÀ CROISSANCE, PÉRIPÉTIE «
« Que veux-tu? Voilà mon histoire, à moi : Je
u suis fils d'un bon pègre; c'est domitoage que « Chariot (1) ait pris la peine ub jour cfe lui attbi- « cher sa cravate ; c'était quand régnait la potence, a par la grâce de Dieu, ii iix ans, je n'avais plus a ni père ni mère ; l'été, je faisais la roue dans la c( poussière aux bords des routes, pour qu'on me « jetit un sou par la portière des chaises de poste ; a l'hiver, j'allais pieds nus dans la boue^ en souf- « fiant dans mes doigts tout rouges ; on voyait mes c< cuisses à travers mon pantalon. À neuf ans, j'ai c commencé k me servir de mes louches (2). De c( temps en temps, je vidais une fouillousse (3) ; je « filais une pehire (4). À cli^ an), j'étais un marn lott (5) ; puis j'ai fait des connaissances. À dixu sept ans, j'étais un grinche (6) ; je forçais une bou* « tanche, je faussais une tournante (7). On m'a pris. € J'avais l'âge ; on m'a envoyé ramer dans la petite ^< marine (8). Le bagne, c'est dur s coucher sur « une planche, boire de l'eau claire, manger du « pain noir, traîner un imbécile de boulet qui ne (c sert à rien, dés coups de bAtcm et des conps de
(1) Le bourreau.
(2) Mes mains.
(3) Une poche.
{A) Je volais un manteau.
(5, Un aiou..
(6) lîn voleur.
(7) Je forçais une boutique , je faussais une def.
H soleil ; avec cefa on est (ondu^ et moi qui ayats de ■ ii bea&x ûbéveax cbàtiios I..» N'itnporte, j'ai fait « mon tempft'^ quinze atis^ cela s'artachel J'avais « treoto-d^ix ans : «tl beau mâtin, on me donna « une feuille de route et 66 fri qtit je m'éteas amasse ses dans quinze idïis de galères^ tn traraillant seize ci benres par jour, trente jours par mois^ et douze a mois par année» C'est égaU je voulais être honnête H homme avec mes 66 fr,, et j'avais de plus beaux « sentiments sous mes guenilles qu'il n' j en a sous a une serpillière de raticfaon (1 ) • Mais que les diables c soient avec le passe*-port ! il était jaune, et on C4 avait écrit dessus : Forçat libéré. Il fellait odonft trer cela partout où je passais^ et le présenter « tous les huit jours au maire du vilUge où l'on me a forçait de tây[Mquer(2}.
« La belle recommandatiob : itn galérien l Je fai- » mspeur^ et les petits enfants^se sauvaienti et l'on a fermait les portes; personne ne voulait me donner ft d'ouvrage. Je mangeai mes 66 fn^ et puis il fallut r< vivre. Je montrai mes bras bons au travail, on n f^ma les portes J'offris ma journée pour quinze (( sou$^ pour dû» sousp pour cinq sous. Point ; que « faire ? Un jour, f avais faim ; je donnai un coup de a coude dans le carreau d'un boulanger; j'empoi-
(1) Une soutane d'abbé.
(2) Habiter.
« gnai un pain, et le boulanger m'empoigna. Je ne « mangeai pas le pain, et j'eus les galères à perpé- « tuité, avec trois lettres de feu sur L'épaule : je te « les montrerai, si ta yeux. On appelle cette justicece là la récidive. Me voilà donc cheval de retour (1). c On me remit à Toulon, cette fois ayec les bonnets « verts (2). Il fallait m'évader. Pour cela, je n'avais « que trois murs à percer, deux chaînes à couper, et u j'avais un clou. Je m'évadai : on tira le canon « d'alerte ; car, nous autres, nous sommes comme < les cardinaux de Rome, habillés de rouge, et on (( tire le canon quand nous partons. Leur poudre c< alla aux moineaux. Cette fois, pas de passe-port « jaune, mais pas d'argent non plus. Je rencontrai « des camarades qui avaient aussi fait leur temps ou <' cassé la ficelle. Leur coire (3) me proposa d'être c< des leurs ; on faisait la grande soûlasse sur le a trimar (i). J'acceptai, et je me mis à tuer pour « vivre. C'était tantôt une diligence, tantôt une a chaise de poste, tantôt un marchand de bœufs à «cheval. On prenait l'argent; on laissait aller au « hasard la bête ou la voiture, et L'on enterrait a rhomme sous un arbre, en ayant soin que les
(1) Ramené au bagne.
(2) Les condamnés à perpétuité.
(3) Leur chef.
(4) On assassinait sur les grands chemins.
« pieds ne sortissent pas ; et pais, l'on dansait sur « la fosse^ pour que la terre ne fût pas fraîchement « remuée. J'ai yieilli comme cela, gttant dans les c broussailles, dormant aux belles étoiles, braqué c( de bois en bois, mais du moins libre et a moi. ff Tout a une fin, et autant celle-là qu'une autre, a Les marchands de lacets (1), une belle nuit, nous c ont pris au collet. Mes fanandels (2) se sont saui( yés ; mais moi, le plus vieux, je suis resté sous la c( griffe de ces chats à chapeaux galonnés. On ma a amené ici. J' avais déjà passé par tous les échelons c de l'échelle, excepté un. Avoir volé un mouchoir < ou tué un homme, c'était tout un pour moi désor- « mais : il y avait encore une récidive à m^appli- « quer, je n'avais plus qu'à passer par le fau-- « cheur (3). Mon affaire a été courte ; ma foi, je « commençais à vieillir et à n'être plus bon à rien ; a mon père avait épousé la veuve (4-), moi je me « retire à l'abbaye de monte-à-regret (5). »
(Victor Hugo.)
Laissons au fait toute sa sauvage énergie I. . Bâtissons les fondements du Livre de la Mort... Ne commentons pas.
(1) Les gendarmes.
(2) Camarades.
(3) Le bourreau.
(4) A été pendu.
(5) La guilldlîne.
— M — CHAPITRE Xm.
« Gloria in excelsiâ D^, et i*» terra pax « hôtnimbuê bon» voînntatis, n
« Gloire à Dieu dans le ciçl : et paix sur la terre « aux hommes de bonne volonté. »
Hélas I les justes sur la terre n'Qut pas de paix dans raccomplissement de leurs missions!
Quelle paix les hommes ont-ils laissée au Christ, à Socrate, à Jeanne d'Arc I à tout ce qui a été saint et grand! à tout ce qui a eu de la vertu dans le cœur, du génie dans la tétel
Mais ils ont marché dans une autre espérance que la paix de la terre I et ils ont péri sur la terre I mais qu'importe à qui a le ciel?
Reprenons : — « Mettre aux Fers un citoyen « romain, c'est un crime ; le battre de verges, c*est « un attentat-^ le faire mourir, c'est presque un par- « ricîde. » (Çicéron. De Suppliciis.)
1834. À S. M* Louis-Philippe /", Roi des Français.
«I En n'adoi^ttant pas, avec les partisans de la « peine àe mort, que le criminel soit un insensé, « alors même, existe-t-il quelque chose, dans le «cercle immense des choses humaines^ de plus ^ « subversif que le droit que prend la sodélé daps « sa peur et dans sa juste indignation, d'îmmolisr « un criminel? Comment un cvime privé autoriserait-
« il un égorgemeot pulflic? Ce qni est forfait chez « Vindividu , peut-il être vertu chez les masses? « Non^ Sire, mille fois non ; le sang de l'homme a est toujours le sang de l'homme, et le couteau (( intelligent de l'assassin» m la hache légale que la <c société croit nécessaire, est toujours la dernière « raison de ToubU de Dieu! Quoi, l'assassin sera « réputé atroce, et il çst alrooe, en répandant le «t sang d'un homme, et la société pourra, religieuse « et sans trouble, répandre le sang de cet assassin « dans un effroyable appareil.
t Si la JBQciété n'avait eu au service de sa conaservatioft que la peine de mort, jamais elle c< ne se fut ccmstituée ; si au faite de sa raison d'être ^ ne planait la sainteté de Dieu, la vitalité de la « morale et rattache de la famille, l'édifice croule- « rait à chaque minute, et une des mille raisons de « sa chute serait, avec h guprre, le duel et le suite cide, cette même peine de mort. »
Discours sur F Abolition de la peine de mort.
(TB.*ÀUeUSTP MSNDBZ.)
« Dans les États modérés, un bon législateur s'at- « tachera moins à punir les crimes qu'à les préve- « nir ; il s'appliquera plus à donner des mœurs qu'à « infliger des supplices. »
(Montesquieu.)