‹ Le duel depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 69 sur 122 · ELISABETH DE RUSSIE · texte numérisé non relu

ELISABETH DE RUSSIE

« Je jure, s'écria-t-elle, devant la sainteté de « Dieu, avant de m'asseoir sur le trône des « czars, de ne faire jamais mourir un criminel I » Et, pendant vingt ans, elle est restée fidèle à ce serment, qui la place au-dçssus de tous les vains bruits qu'on appelle la gloire! Et a-t-on remarqué, que sous le règne d'Elisabeth, la société ait été désarmée? qu'elle soit restée sans défense? qu'elle ait périclité dans ses mains ?

Ils étaient donc bien coupables, ces moines caUioliqueSy qui, souvent au péril de leur vt^, arrachaient des mains de la justice les criminels condamnés à mort, pour en refaire des hommes de bien. Ils l'ont fait, ces chrétiens primitifs, qui ont réalisé nos rêves dorés de la pureté du ciel.

Pour arrêter le zèle de leur horreur contre la

peine de mort^ il ne fallut rien moins que des décrets^ rien moins que leur emprisonnement I

Partout, dans les temps primitifs du Christia-nisme, vous voyez le chrétien reculer épouvanté devant l'idée de la mort donnée à l'homme par rhomme. Beccaria le signale, et Tertullien dit que les chrétiens avaient pour maxime * de souffrir « plutôt la mort eux-mêmes que de la donner à per- H sonne.» Et, dans son Traité de l'Idolâtrie, il condamne toute espèce de charge publique^ commue interdite aux chrétiens y parce qu'on ne pouvait pas les exercer sans être quelquefois obligé de prononcer la peine de mort contre les criminels.

Elisabeth de Russie a-t-elle seule aboli la peine de mort, et comparue devant Dieu comme Périclès? Mais Isaac l'Ange jura, comme jure l'Israélite, devant la face de Dieu,

« Vivat Dominus, »

sur le Dieu vivant, qu'il ne ferait jamais mourir personne durant son règne. L'empereur Maurice a-t-il fait défaut à cette grande mesure religieuse^ morale et politique, et Périclès, en mourant, n'a-til pas dit :

c( Je n^ai fait porter le deuil à aucun citoyen. » Et, au rapport de Diodore, Sahacon, roi d'Egypte,

w s'est-il pas fait admirer en commuant la peine de mort €«i(?âlle ^e Vesolam^e^ et les Romains fureoMIspUi/s roauYAi^ après la loi Porcia? Quand une loi ast ^onde en choses mauvaises, qu'elle ne produit que le mal, qu'elle y pousse, qu'elle révolte le cœur] Quand une loi cherche à retenir l'homme dans le bien par un i^it égal à celui qui fait le mal ; quand d'une part touC est dangereux dans une loi, et que dans la destruction de cette loi se trouve le bien, piouivquoi maintenir eette loi ?

Inutile pour défendre la société, inutile pour punir ies méchants, elle reste menaçante et terrible, suspendue sur la tète des innacents, par Terreur où la justice humaine peut t omber •

Cop^ignonfi ici uae de ces aboipinations que les siàclejs m font pas oublier. Elle es}; d'hier, et nous n'avons rien à reprocher aux cannibales.

Nous sommes heureux de dire que ce n'est pas un acte légal I

Au Kix* siècle (1), sous l'œil de Dieu, devant le monde de Moïse, dé Jésus et de Mahomet , cette grande abomination a été commise I

(1) Ce grand crime a été commis vers les premiers jours de févf jer 1^54.

« Nous trouvons dans une correspondance de i< Natchez (Mississîpi) le récit d'un drame aussi ef- « frayant que ce que les annales antiqaes nous « ofirent de plus terrible.

« Un nègre avait frappé un blanc ; il a été immé- « diatement arrêté. La justice de TÉtat était prête c( à sévir contre le coupable ; mais les habitants, « exaspérés, n'ont pas voulu se soumettre aai délais « des fribunaoï. Une foule s'assemble, s'empare de « l'esclave «t le traine à quelque distance dans la « campagne. On décide bientôt que, pour faire un « grand exemple, et frapper les nègres de terreur, « it faut brûler le coupable vif.

« Pendant tous ces préliminaires^ les planteurs « des environs accourent sur la scène du drame^ tt suivis de tous leurs domestiques noirs, et, lorsque c< les apprêts de l'exécution commencent, plus de « quatre mille esclaves se trouvent rassemblés pour a assister au martyre de leur infortuné compagnon. « Cependant la victime est entraînée au pied d'un « arbre , et de gros fagots s'ammoncèlent autour « d'elle. Soit courage héroïque, soit stupidité, le € condamné ne laisse apercevoir aucim signe d'é- < motion. On lui demande alors si, avant sa mort, « il n'a rien à dire. Et lui, jetant un regard indiffé-^ (( renl sur la foule des nègres^ leur conseille de se € seuvenir de sa fia malheureuse cùamiA d'une ter*-

c< rîble leçon ; il leur demanda aussi de prier pour « lui. Se tournant ensuite vers un des exécuteurs, il « le supplie de lui donner un verre d'eau. Après « avoir bu à longs traits, la victime s'écrie : Maince tenant , mettez le feu , je suis prêt à partir en « paix! La flamme pétille aussitôt dans le bois sec, « elle s'élève en tourbillons, s'approche du con- « damné, le lèche, Fétreint d'une ceinture de dou- « leurs, et le dérobe enfin aux regards des specta- < teurs. Le cruel supplice qu'il endure fait enfin fi disparaître de son cœur les dernières traces de son « stoïcisme. Il se tord dans ses chaînes, pousse « d'horribles rugissements, se ramasse, ébranle « l'arbre, brise les nœuds qui l'attachent, et bondit « tout flamboyant hors du cercle infernal. Dès ce qu'on le voit paraître , courant vers rassemblée, c( comme une boule de feu^ vingt carabines se diri- <i gent contre lui, une grande détonation se fait ence tendre, et le supplicié tombe mort, percé de plu- (( sieurs balles. Des hommes se jettent à l'instant « sur le cadavre à demi consumé, et le repoussent a dans le bûcher, où les flammes ne tardent pas à ce le dévorer entièrement. »

c< Cadent super eos carbones, in ignem dejicies a eos; in miseriis non subsistent (t). »

(1) Voilà deux fois que nous écrivons cette malédiction biblique. Personne ne se méprendra sur quelle chose nous la jetons; ce n'est

DIOGLËTIEN.

Vous venez de voir l'esclave dans les mains odieuses des maîtres, voyez les chrétiens dans les mains odieuses de Dioctétien ! Des profondeurs de la corruption romaine^ un cri est poussé au nom du dieu du voly au nom de la déesse impudique, et il est répondu à ce cri par regorgement de dix-sept mille innocents chrétiens, dont pas un ne recula devant le glaive des bourreaux!... Dioclétien lance son décret.

« Dioclétien, trois fois grand, toujours juste, em- « pereur éternel, à tous les préfets et proconsuls (( du romain empire, salut.

« Un bruit qui ne nous a pas médiocrement <( déplu, étant parvenu à nos oreilles divines, c'est- « à-dire que l'hérésie de ceux qui s'appellent (( chrétiens, adorent comme dieu ce Jésus enfanté c( par je ne sais quelle femme juive, insultant par « des injures et des malédictions le grand Apollon, « et Mercure, et Hercule, et Jupiter lui-même, « tandis qu'ils vénèrent ce même Christ, que les a Juifs ont cloué sur une croix, comme sorcier.

nullement sur les hommes les plus coupables , les plus cruels, nous n'avons pas mission de maudire; c*est contre la peine de mort que nous lançons l'anathôme, contre le droit de tuer Thomme.

(Note de l'Auteur)

« A cet efiFet^ nous ordonnons que tous les chré- (( iiens, hommes ou femmes^ dans toutes les villes « et contrées, subissent les supplices les plus atroees^ « s'ib refusent à nos yeux d'abjurer leur erreur, (( Si, cependant, quelques-un^ parmi eux se mon- '( trent obéissants, nous voulons bien leur accorder « leur pardon ; au cas contraire, nous exigeons « qu'ib soient frappés par le glaive^ et punis par « la mort la plus cruelle : morte pessimâ. »

Et c'est ainsi que, d'abomination en abominalion, le droit épouvantable d'arracher la vie a rhomme n'a fait de l'histoire humaine qu'un charnier qui ferait reculer d'horreur les bêtes que l'homme appelle féroces, et qui le sont moins que lui.

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