CHAPITRE XXXVIl
Q9E l'ÉGHAFAUD INSPIRE LE GRIME.
« Le san^ appelle le sang, » a dit Napoléon, c La « rue du supplice donne l'impulsion homicide,» dît le docteur Pierquin.
« Les supplices sont-ils destinés à redresser et à c( perfectionner les mœurs d*un peuple? Comment « obtenir ce résultat par des spectacles qui outra- « gent rhumanité, et qui/ par leur répétition, enc durcissent le cœur contre tous les nobles sentiments, «< bien plus propres â garantir la sûreté sociale et c( individuelle, que les gibets et leséchafauds.
(RoscoÉ.)
« Puisque Teiemple est un puissant aiguillon <c pour rhomme^ parce qu'il y a en lui un instinct c( d'imitation, que la répression soit exemplaire, « mais dans le sens où elle peut utilement le devec( nir, en ne donnant à l'homme, dans le mal même, « que le spectacle du bien à imiter, à la vue du re- « pentir et de la conversion du criminel, et non en et faisant tourner cet instinct d'imitation au profit M et à la propagation du crime, si le crime estpré-- « sente aux regards dans toute sa crudité. »
(Chàelbs Lucas.)
n y a plus de vingt ans que nous nous occupons de cette terrible question de la peine de mort, nous avons soutenu de fortes luttes, trouvé des hommes aussi ardents à soutenir la nécessité de eette répression , que aous étions ardents à en prouver Finefficacité, Tinutilité, l'impuissance et les dangers;
mais nous n'avons jamais trouvé, dans aucun écba« faumane, la possibilité de soutenir que les suppli* cesptAlics n'étaient pas dangereux quant à V imitalion, quant au malheur immense d- endurcir les cœurs, et de les prédisposa, par Vex$mple, à verser k sang. Ceci est dans la nature de l'homme même, non seulement dans l'espèce, mais en toutes choses.
Tous ceux qui^ depuis le fatal couteau de 93 (1); se sont élevés contre la peine de mort, ont fait ressortûr avec grand soin l'observation de Yolney sur l'infloence immense qu'a exercée notre révolution sur les esprits. Pierquin, Charles Lucas, d'autres ont répété ces paroles de Yolney.
€ Lorsque j*écrivais ces leçons, dit-il, en ventôse « an 3, je venais de traverser la France, depuis a Nice, et f avais vu souvent les enfants lanternant « les chats, guillotinant les volailles, et imitant « les tribunaux révolutionnaires. » Disonsrle hautement^ il a été une époque où la déesse de la France a été la guillotine I Jusqu'aux malheureuses victimes que, d'heure en heure, les bourreaux venaient réclamer, au. fond de leur cachots, ces victimes s'amusaient à jouer à la guillotine, à faire des échafauds avec les chaises, à singer Fouquier-Tin-
(1) Ce qu'a fait 93 dure encore et durera longtemps, et les crimies, bieo bip de diminuer, croissent chaque jour d'une manière effrayante.
ville, et la pièce jouée, montaienl sar la charrette II!...
Nous pourrions coUiger <lix mille preuves^, qui prouveraient la dépravation que jette dans le cœur et dans l'esprit Faspect de la décapitation I c'est le supplice le plus dangereux I On dirait que ce sang qui coule à flots, cette tète qui tombe, ce bruit sourd qui retentit au loin, la sérénité du bourrieau qui exécute, dégagent un besoiri soudain, instantané, de Verser le sang I Le fer qui est dans ce sang, monte au cerveau! « Je vois rouge, » dit le Corse dans sa colère; le peuple voit rouge aussi quatad la tète tombe I
Tout le monde sait ce que le crime de la fille Cordier a produit de démences homicides ; tous les journaux en ont rendu compte ; M. Charles Lucas a coUigé plusieurs preuves ; nous les citerons concisément:
« Celte répétition d'atrocités doit porter à de sé- € rieuses réflexions sur le danger de l'extrême pu- « blicité qu'on leur donne. La* monomanie homi- « cide, comme une foule d'affections, peut devenir « contagieuse par imitation. »
{Le Globe.) « M. Esquiros rapporte que, depuis le crime
<K d'Henriette Cordier, il a reçu six ou sept femmes a atteintes de monomanie Iiomicide.
H Le rapport de M. Barbier à rAcadémie^ établit a les mêmes faits.
<c Un membre de TAcadémie fait une communi- (( cation du même genre. »
a Un homme mélancolique ayant assisté au sup- « plice d*un criminel , en ressentit une émotion si « violente, qu'il fut saisi tout-à-coup du désir le « plus véhément de tuer, quoiqu'il conservât en « même temps l'aj^réhension la plus vive de com- « mettre un tel crime. »
(GÀLL,t. lV,page99.)
« La peine de mort est encore funeste à la so- « ciété, par les exemples de cruautés qu'elle donne « aux hommes. »
(Beccaru.)