L'ABBÉ MITRAUD
« Les religions païennes, filles de l'intérêt et de «l'orgueil, ainsi que la souveraineté humaine, « n'ont été inventées que pour servir de base aux «législations. Toutes les fois que j'entends un c< homme proclamer la souveraineté humaine, et a affirmer que le droit en émane, j'étudie cet « homme, je l'observe pour voir si je découvrirai « dans le jeu de s?, physionomie le caractère d'un « trompeur ou d'un trompé; car il est évident que, « dans le déplacement de l'origine du droit, il n'y a « rien à gagner que pour les malhonnêtes gens. » £t pour le bourreau, dit Voltaire.
Donnez à l'homme l'instruction et le travail productif, et votis n aurez pas à le guillotiner !...
L'ABBÉ MITRAUa
« Tous les intérêts en harmonie avec le souveraii « bien, sont légitimes et s'élèvent à la hauteur d'ui « devoir. La légitimité dans les rapports sociaux m comme dans les rapports domestiques, n'est pa € autre chose que l'harmonie des intérêts propre a et du souverain bien , la satisfaction de tous le « besoins de création, en un mot :
« le Droit, »
Ici rhomme disparait. C'est le vassal de Dieu^ c'est l'esclave de la religion, c'est le défenseur de la morale, c'est le {urêtre qui, reculant de quinze siècles, ramasse la parole dç Saint-Augustin, la tradition de L'Église primitive^ et qui, en présence de rÉtemel, rappelle les . législations à la vérité de la nature humaine.
L'ABBÉ MITRAOD.
« Hors de là (le droit), » dit-il « iln'jamdrot^ « ni légitimité. Pour satisfaire le désir de dominaa tionet le vœu de souveraineté, chez quelques-uns, « et laisser souffrir chez le plus grand nombre les • besoins de création, il a' fallu détruire V ordre et c( r harmonie naturelle dans les rapports des hommes, a détruire la momie, fausser la religion, manifes- « tation trop éclatante du droit de tous, il a fallu a enfin altérer Vidée de Dieu. De là Tidolâtrie ou la « rupture de la convenance des intérêts propres « avec le souverain bien ; de là une législation illé- « gitime, et une législation qui ne futplui^ Fexpresc( sion vraie des rapports des hommes entre euk. « De sorte que les religions ayant interverti tes i( rapports des hommes» les législations les ont éga- |( lement intervertis ; d'où il suit que les religioîis L et les législations qui en émanent, loin de consti-
« tuer le droit, sont une conspiration permanente (< contre le droit, sont un obstacle au développement it de toutes les facultés qui constituent la plénitude de « la vie des êtres (1). Toutes les entreprises humaine nés qui contrarient ce développement sont des « crimes. Or, le caractère propre du paganisme « étant la préférence du bien particulier au souve- « rain bien, ne pouvait pas ne pas amener le déserte dre dans les affections humaines, le dérangement « de rbarmonie dans le monde moral, ou la désor- (( ganisation dans l'ordre social. Et par la même tf raison que l'établissement de l'idolâtrie a été le <c renversement de la vraie religion, les législations a païennes ont été le renversement de la vraie légiste lation.
« Lex iniqua perversitas legis. »
c< A peine aurais-je besoin de prouver celte pro- « position. Je la trouve consignée dans les annales (f même du paganisme ; le droit de domination y est « appelé un droit contre la nature (2). S'il s'est peri< pétué dans les traditions humaines, il ne faut pas « s'étonner de trouver parmi les peuples beaucoup « de lois qui sont le renversement du droit et de la
(1) Telle était Topinion bien réfléchie de Napoléon .
(2) Florentin a dit : « L'esclarage est le droit des nations contre la « nature. »
(Notes d§ ("Auteur.)
« loi. Il m'a fallu bien du temps, bien des efforts < pour me délivrer des préveutions^ des préjugés « que nous donne llnstruction telle que nous la « recevons tous; l'Egypte, par eiemple, Rome, € Athènes dont la sagesse est si vantée, m'avaient « a]q^ani dès ma première enfance comme des moa dèles de jw^ce, et j'ai tu plus tard qu'elles n'a- • vaient élé que des centres d'nreur et de corrup- « tion, et leur gouvernement despotique qu'une « dure et permanente iniquité.
ce Depuis Osiris ou Menés, arrière-petit-fils de « Noé, et le premier législateur dont l'histoire nous « ait parlé, jusqu'au czar de Russie, qui compte c< autant de serfs que de paysans, et au sénat des « Etats-Unis f qui maintient l'esclavage dans toute « sa cruauté, on ne trouve que rarement le principe (( de l'éternelle justice appliqué aux législations hua maines. L'histoire du genre humain n'est que la c peinture de ses douleurs^ et ses douleurs ne sont a que les tristes monuments de ses iniquités et de « l'abandon des lois de la nature!... »
Nous ne commenterons pas, de crainte d'affaiblir la profonde émotion que cette éloquente protesta^ tion doit produire sur les âmes honnêtes.