‹ Le duel depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 1 sur 16 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Ce liyre est placé par Tauteur soas la saoyegarde de [tous ceux qui croient en Dieu y de tous ceux qui prient, et de tous ceux qui aiment

THft--Àu6. Mbndbi.

PRËFAGE DE L'ÉDITEUR.

Notre préface sera presque aussi brève que celle de M. Mendez^ eu ce qui nous sera propre. Nous nous bornerons à dire qu'il en est de certains livres comme de certains hommes : ils ont du bonheur. De tous les rangs de la société est sorti un cri d'approbation qui assure au livre sur le Duel une place parmi les œuvres qui restent dans le souvenir des hommes.

Nous transcrirons ici l'opinion de quelques journaux.

Il a été publié plus de trois mille volumes sur le duel. Les brochures ne se comptent plus. Tout le monde a voulu produire son opinion pour ou contre. Parmi ceux qui ont agité cette questionne trouve des papes^des jurisconsultes, des rois, des philosophes, des évoques, des médecins, des maîtres d'armes, des généraux et des gens du monde. La querelle est toujours pendante. Du livre, on a passé à la pièce de théâtre, à la chanson, à Tépigramme qui court les rues, à la caricature qui se colle sur tous les murs; on^fei tonné du haut de la tribune, on a jeté l'anathème du haut de la chaire; on a fait des lois inexorables. Le débat n'est pas encore vidé. Arrivera-t-il jamais à sa fin ?

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Il est peu aisé d'avoir à répondre. Ce qu'on peut dire, c'est que de temps en temps, une sorte de lutte bibliographique s'établit tout à coup ; les livres sur le duel, déjà si nombreux, se mettent à reparaître et à refleurir: le procès recommence de plus belle.

Il faut bien croire que nous sommes à Tune de ces époques-là. Jamais il n'y a eu tant de calme dans les esprits. Toutes les propositions contraires chôment. Toutes les colères d'hier^ qui armaient le tribun contre l'écrivain, et le soldat contre le penseur, sont, sinon mortes, du moins apaisées.

On ne se bat plus aujourd'hui, Dieu en soit loué ! Pour un oui ou pour un non, six hommes ne courent pas au bois afin d'y mettre flamberge au vent. Mais les jours ne sont pas encore bien éloignés de nous où l'objet le plus frivole amenait deux champions à se couper la gorge sous l'œil de leurs meilleurs amîB. Dans ces dernières années, qui ne sont plus, je le sais, qu'un point dans l'histoire, que de rencontres souvent fatales, et pour des mots aussi vite oubliés que prononcés !

Avant d'entrer en matière, il n'est passuperflu défaire remarquer que l'auteur est renommé à bon droit pour un des meilleurs tireurs d'épéc de notre pays ; c'est même à son habileté qu'il faut attribuer l'idée qu'il a eue de publier cet ouvrage. Dans les temps que je viens d'indiquer, M. T. -A. Mendez a eu à descendre en personne sur le pré ; il a assisté à plus d'un drame émouvant ; il a vu et touché à plusieurs reprises un fer rougi par le sang de ses semblables ; ce sang des

combats singuliers, tache sinistre et vive, produit toujours sur les âmes généreuses l'effet que celui de Duncan amenait sur les yeux consternés de Macbeth. Yoilà comment il a été conduit à condamner purement et simplement la coutume du duel. Oui, dès ses prémisses, M. T.-A. Mendez fait voir en peu de mots qu'il est désormais systématiquement hostile au duel. Il demande qu'il soit proscrit de nos mœurs. II voudrait, si la chose était en son pouvoir, communiquer à la législation aujourd'hui en vigueur une pénalité plus sérieuse et armer les magistrats de mesures préventives plus efScaces. En feuilletant ses premières pages, on voit déjà plus chez lui une affaire de sentiment Peu à peu, en effet, il cède à l'entraînement de la passion. Le duel est traité par lui du haut en bas, sans mesure, comme un crime et comme la pire des infirmité sociales. Ne se contentant pas, pour soutenir victorieusement sa thèse, des motifs qu'il peut tirer de la morale, de la religion et de la philanthropie, il va puiser ses autorités dans les œuvres des philosophes humanitaires du dix^huitième siècle. Il cite Montesquieu, Jean-Jacques Rousseau, le grand Frédéric, Napoléon, de Bonald, Chateaubriand, et vingt autres. £n guise de préface, il a déjà, du reste, mis sous les yeux du lecteur trois lignes qui accusent suffisamment le plan de son travail. « Ce livre, dit-il, est placé par » l'auteur sous la sauvegarde de tous ceux qui croient » en Dieu, de tous ceux qui prient et de tous ceux qui » aiment, b On voit tout de suite à quel but doit le pousser ce point de départ.

La patience honorable de M. Mendez lui fait faire à chaque pas dans l'hisloire les découvertes les plus précieuses. De ces glanes ramassées toujours avec inteiligence^ il est facile de composer ensuite un faisceau de preuves et une réunion d'arguments contre lesquels on ne pourrait guère lutter. Quelques citations, prises au hasard, donneront une idée de ces recherches et (lu bonheur avec lequel elles ont été groupées. « On dit: Le duel est dans nos mœurs. Cependant, il ne faut jamais invoquer les mœurs comme excuse d'un fait quelconque. Alexandre-le-Grand défendit aux Bactrians de faire dévorer leurs pères, devenus vieux, par les chiens. C'était dans les mœurs, et ces mœurs étaient atroces. » — Et plus loin ; « L'homme est un monstre incompréhensible, a dit Biaise Pascal. Il prie avant d'aller se battre en duel. Et quelle peut être cette monstrueuse prière adressée à Dieu? « Seigneur, » fais que le cœur de cet homme sente le fer, et que B ce fer lui donne la mort ! d

J.-J. Rousseau est le réservoir où M. T,-A. Mendez aime surtout à puiser ses faits et sa dialectique. A une certaine époque on a jeté beaucoup de ridicule sur le citoyen de Genève à cause de ses .opinions sur le duel, qu'il était de mode alors dq traiter de paradoxe. Mais, chose assez remarquable, l'argumentation de c^.-J. Rousseau se trouve en très grande partie confirmée par les philosophes chrétiens qui sont venus après lui. Mais de ce qu'il a une grande prédilection pour les citations, jM. Mendez ne renonce point à argumenter ni à prouver par lui-même. Dans l'Essai sur le Duel,

divisé par petits chapitres et par apborismes, comme V Esprit des Loù, on rencontre çà et là beaucoup de vérités très courageuses et très fièrement formulées^ dont on doit faire exclusivement honneur à Técrivain. 11 veut, par exemple^ démontrer que le combat singulier n'est presque jamais une chose irréfléchie, spontanée, rapide, et il dit : « Mais il n'y a ni vertige tt amer ni folie instantanée dans le duel. On se bat le c lendemain de l'offense ; on se bat parce qu'on a dert rière soi la verge de l'opinion, et le sourire qui em- « poisonne. • Les faits qu'il cite sont aussi parfois très concluants. 11 s'évertue à amener sans cesse une analogie sans doute un peu outrée entre le duelliste et l'assassin. Il est très certain qu'un prévôt de salle d'armes, qui se bat contre un homme inhabile à tenir une épée, est cent fois en passe d'assassiner son adversaire. C'est justement pour cela que le nom de spadassin est une flétrissure et comme un acheminement à l'autre mot. Cependant M. T. -A. Mendez me semble trop outré qpand il veut à toute force qu'un homme qui égorge sur la voie publique, le soir, à la corne des bois, soit absolument semblable à un homme qui tue par-devant témoins, pour des faits discutés, avec des armes convenues.

Hais, je l'ai dit, l'auteur y met de la passion, presque de la ferveur. Celui qui tue en duel lui devient un objet de dégoût insurmontable. Il le désigne du doigt, il veut qu'on le marque au front comme un des descendants de Caln.

Ce qui ofiense le plus l'auteur de l'Essai sur le Duel

c'est qu'on vole rhumaaité toutes les fois que, pour une dispute souvent futile, on lui arrache violemment un de ses membres peut-être les plus distingués. Qui sait, en effet, si celui qui vient de tomber n'aurait pas imaginé quelqu'une de ces grandes découvertes qui font marcher les sociétés vers la réalisation du bonheur terrestre 7 Franklin aurait pu être tué, Jenner aussi» Fulton et Papin aussi, et lord Byron, et \yalter Scott, et Homère, et Sophocle, et Shakespeare, et Rossini. Qui vous dit que l'homme qu'un imbécile, fin tireur, va jeter sur l'herbe n'aurait pas inventé l'art de diriger les ballons, une recette contre la goutte ou contre la phthisie, ou le moyen d'implanter en Europe l'arbre à pain de Taïti. — M. T.-A. Mendez répond à tout cela par ces mots : « Ne tuez plus ! 9

Avant de finir, je reprocherai pourtant à l'auteur d'avoir un peu trop négligé le côté historique et anecdotique dans son livre. Que de témoignages à recueillir contre le duel ! Dans les premières années de sa majorité, Louis XV renouvela, mais inutilement , les édits contre les duels. Le bretteur de cette époque qui attira le plus les regards par l'importance de sa position sociale, c'est le duc de Richelieu, le roué par excellence, celui qui vit des femmes se battie en champ clos pour l'amour de lui. Et il disait: c Au fond, c'est bête! » On connaît l'histoire du beau Létorières, appelé Monsieur le C/umnant , aussi redouté des hommes que des femmes, et qui, blessé, mourant des suites d'un duel, vint exhaler son dernier soupir aux pieds de M^^« de Soissons. Et il disait : c C'est beau et triste de

mourir ainsi ! » Tarpin, Saint-Foix, Tauteur des Es^ sais, Saint-Evremond» la Maugerie, le clievalier ou la chevalière d'Eon^ le mulâtre Saint-Georges, Alexandre de TiUy, le duc de Lauzuo , le chevalier de Boufflers, tous ceux-là se sont battus , tous ceux-là ont conclu contre le duel. L'Encyclopédie arrivait^ J.-J. Rousseau écrivait; un ordre nouveau commençait; 89 était à deux pas. Vainement le comte d'Artois ( depuis Charles X) et le duc de Bourbon se battaient à cause d'un coup de canif dans un contrat de mariage, le ridicule attaquait le duel. Voilà Beaumarchais qui s'écrie : € Je ne me suis pas battu avec Goêsman, parce que je c n'aurais pas trouvé chez lui de cœur à percer. »

89 est venu. Le duel va se reproduire avec une phy^ sionomie nouvelle^ grâce aux discours de la tribune, à l'ardente polémique des journaux et aux scènes de la place publique. Un peu avant, pour se battre, il fallait être gentilhomme. L'épée maintenant brillera dans les mains plébéiennes si longtemps avilies par le bâton du moyen-âge. Dès septembre 1790, la juridiction du point d'honneur a disparu avec tous les autres tribunaux d'exception. Une figure quf domine toutes les autres figures si puissantes de la révolution, Mirabeau, redouté duelliste avant d'avoir été purifié par les suffrages du peuple, a le bon esprit de refuser les provocations qui lui arrivent de toutes parts, en les ajournant après la session. Le duel de MM. de Lameth et de Castries irrite au plus haut point la fureur populaire. Dans le même temps, Baroave se bat au pistolet avec Cazalès, son rival d'éloquence, pour une frivole

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questioo de politique. Tout à coup le duel fait sileuce devaot la Convention ; non, la France soutient un due' contre toute l'Europe coalisée, et l'Europe est vaincue. Un jour, en présence de cette Convention » si peu étudiée encore et si mal jugée, on présente un projet de loi sur le dueL — La majorité déclare qu'il n'y a pas à délibérer. — Napoléon, comme Louis XI, comme le cardinal de Richelieu^ comme Louis XIY et comme la Convention, n'aimait pas le duel. On se rappelle que le roi de Naples l'ayant provoqué à Tépée, il fit répondre au Bourbon imbécile : « J'aime mieux conquérir votre royaume, » et il le conquit

Si ces documents historiques manquent à VEsmi sur le Duel^ de IL Hendiv, en revanche la plus belle philosophie et les principes de la morale la plus nette et la plus brave y abondent. Ce sera on succès.

PmUBERT AUDEBRANO.

( ExtraU du Housqubtaibe, niunéro 27 Jnla 1854).

c Ce livre est placé par l'auteur sous la sauvegarde de tous ceux qui croient en Dieu, de tous ceux qui prient et de tous ceux qui aiment. »

Ces quelques lignes simples et touchantes en sont l'unique préface, et elles siifiBsent, en effet, pour en faire nettement entrevoir l'esprit; car c'est là une de ces rares œuvres, dont on peut dire qu'elles respirent à chaque page la foi, la piété et l'amour. H. Hendez a développé, dans une suite de pensées, d'observations^ de maximes, d'aphorismes, qui rappellent la manière

de Pascal^ de la Rochefouca^lt, e^c. > ces éternels priucipes de rçUgioo, de justice et de morale, dont les générations se montrent si oublieuses. Il s'est appliqué surtout à combattre ce fatal préjugé du duel, dernier legs de la barbarie à la civilisation, puissance monstrueiise pQntre laquelle Ufut est ven,u se briser, depuis les (^its de Richelieu jusqu'à la jurisprudeqce moins terrible de M. Dupin. M. Augu&te Mandez traite ce grave sujet avec la hauteur de pensées de Montesquieu et l'éloquence de Rousseau; aifs^i sop livre fera-t-ii plus coQtre le dlMc'» f^ws l'esprit de ceu^ qui l'auront lu, qqe les sévères prohibitions dpn^ nous venons de rappeler le sppi,venir.

{Extrait de la Retue Bibuoqraphique, numéro da 25 Juin IBM).

Un bien honorable bommage vient d'être rendu à un livre, récemment publié. Un jeune lieutenant de cavalerie, achevant un congé de convalescence, h Paris, a eu mercredi dernier une querelle violente, avec un jeune médecin. Rendez-vous donné; témoins indiqués. Le duel devait avoir lieu jeudi. Le mercredi soir, un des témoins du lieutenant, fit déposer, dans la chambre de son ami, un volume in-8% Essai sur le Dttelj par M. Théodore-Auguste Mendez. Ce livre est à la fois un très bon livre et une bonne action : la pensée qui y domine, c'est l'assimilation du duel à YassassinaL Cette donnée, fortement établie dans son

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ouvrage, H. Mcndez prend la société sous toutes ses fonues ; les querelles, sous tous les aspects ; il énumëre, il accepte toutes leurs causes, et avec une fermeté saisissante il arrive à cette conclusion terrible : assassinat !

L'âme qui a répandu son feu sur ce livre, est une âme bonne et courageuse ; Tesprit qui en a dirigé les idées, est un esprit nourri des textes, au courant de son histoire, et observateur sérieux des mœurs de son pays.

Le lieutenant, voyant ce livre, le lut aussitôt puisqu'il entrait dans sa propre situation. Sa raison fut déconcertée par ce cri de chaque page : assassin! Il arrivait d'Afrique^ il va partir pour Gallipoli ; il a envoyé, jeudi matin, ses témoins, près de son adversaire, désignant, pour lieu de rendez-vous, une allée des Tuileries..., et en] apercevant le jeune médecin, il s'est jeté dans ses bras en s'écriant :je ne serai jamais un assassin ! — J'engage les lauréats académiques à produire, par leurs œuvres, de tels résultats! M.

{Extrait de rSuaoPE ABtistb, naméro du 25 Juin 185ft0

A propos des erreurs qui sont la loi du monde, un livre vient de paraître qui combat victorieusement et chaleureusement un des plus terribles préjugés qui existent. Ce livre est un Essai sur le Duel, et jamais la logique et la raison ne se sont montrées plus éloquentes. L'auteur de cet essai, M. Théodore Mendez, s'est inspiré des plus hautes et des meilleures pensées.

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Dans une forme originale, vigoureuse, pleine de chauds élans, il a massé les arguments les plus puissants.

IL Th. Mendez s'élève contre cette coutume barbare qui place en face Tun de Tautre, le fer à la main, deux hommes, deux membres de Thumanité. Il dé* montre que, lorsque les résultats du duel ne sont point ridicules, ils sont presque toujours funestes; enfin il proteste avec toute l'énergie d'un cœur honnête, d'une âme loyale contre ces combats inégaux où d'avance on peut désigner la victime et le bourreau. Ce livre est une des œuvres les plus vigoureusement trempées que je connaisse. L'auteur n'a point voulu entrer dans des détails qui ne pouvaient qu'affaiblir la portée morale de son œuvre; il s'est astreint, au contraire, h n'aborder que la question purement philosophique, et de cette tâche il s'est tiré à son très grand honneur.

iSxtr£di <U rEsTAinn, naméro du 29 mai 18M J

M. Auguste Mendez vient de faire parattre, sur le Duel, un livre dont le style nerveux et coloré produit une grande sensation dans le monde littéraire. Pour que le duel pût exister, dit M. Mendez, il faudrait la suppression de Dieu du milieu de son univers, la suppression de la religion, de la philosophie, de la raison et de la conscience humaine.

{Extrait du Pats, naméro du 28ioii1eL)

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