‹ Le duel depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 2 sur 16 · LE DUEL · texte numérisé non relu

LE DUEL

VUam (mpendêfê vero,

• Quand on a fliit dans le siècle passé •« des lois contre le duel, peut-être au- <t rait-il sufli d'ôter à un guerrier sa

• qualité par la perte d'une main « n'y « ayant rien ordinairement de plus triste M pour les hommes que de survivre à la n perte de leur caractère. »

MONTBSQVIBU.

« A ce compte , un fripon n'a qu'à se

• battre pour cesser d'être un fripon. »

J.-J. Rousseau.

Pour que le duel pût exister sans être un crime, il faudrait la suppression de Dieu du milieu de son univers, la suppression de la religion, de la philosophie, de la raison et de la conscience humaine.

L'AUTEUB.

Qaand la société propage elle-même de mauvais enseignements y dans toute sa puissance collective, comment exiger de l'individu une valeur morale plus grande que celle de la

- 2 ^ masse? Cette vertu semble dépasser les forces d'un homme. Autant serait à la terre de ne vouloir pas graviter vers le soleil , ou aux hommes de refuser à la terre de la suivre dans son mouvement de rotation qui les emporte.

n n'y a donc rien d'étonnant à ce qu'il n'y ait pas d'homme en France assez courageux pour briser les fers de l'opinion, à l'endroit du duel. Chacun courbe la tète sous son joug sauvage, et l'esclave obéit à ses décrets sanglants I ce Va y lui crie l'opinion, va tuer ou mourir y » et l'esclave val... Que sa conscience se révolte, que le sang versé revienne sur sa main, comme sur celle de Macbeth, que les lois sévissent, que les larmes d'une mère, d'une épouse tombent sur son cœur comme du plomb fondu , n'importe! l'esclave de l'opinion s'est battu aujourd'hui; il se battra demain , il se battra toujours! parce qu'en France la mort n'est que la cessation de l'existence, tandis que la honte est la cessation de la vie! Telle est la situation que la société fait à l'individu.

Ces quelques roots expIic[ueDt toute notre pensée. Dans cet écrit sur le duel, nous n'attaquons nullement Thomme qui se bat , c'est Pœuvre de ceux qui ont mission de sauvegarder la société (1), mais nous attaquons l'opinion sauvage qui le force de se battre.

Nous voudrions détruire cette opinion, en appelant à elle contre elle-même. Nous n'en n'avons pas l'espoir heureux. Mais d'autres, plus forts que nous, viendront. Humble ouvrier, nous charrions des matériaux : cette tâche suffit à nos forces ; nous aurons servi à l'ouvrage dont parle Antonin :

« Quelque parti que tu prennes, celui qui

(1) Ce n*est pas la juridiction existante qui, quelque coërcitîve qu*e1l6 puisse ôtre , arrêtera le duel. Du reste, rinitiaiivo prise par les tribunaux est incomplète : il y a une lacune immense, il manque la majesté d'une loi disculée, Tolée et promulguée ; on semUe marcher sur un terrain glisFant, on semble chercher le droit, et de là, toutes les hésitations en maticVe de duel. (Noie di CA uicur,)

« gouverne Tunivers saura bien se servir de « toi : il te mettra toujours parmi les coopérac teurSy et au nombre des êtres qui servent « utilement à l'ouvrage.

c MaroAurèle Az^tonin. »

« Je prie Hnspirateur suprême de « mettre lui-même sur mes lèyrcs quel- « ques-unes de ces vérités qui ne passent « pas avec le Jour. »

Lamaetinb.

Un général anglais a dit :

oc Si le diable sortait de Tenfer pour se a battre en duel, le premier qui se présente-

« rait pour faire sa partie, serait assurément

tf un Français. »

Nous sommes bien forcés de convenir que

c'est une des maladies les plus cruelles de

l'esprit français.

Les pragmatiques sanctions , les ordonnancesy les lois, Tautorité despotique des empereurs et des rois; les châtiments les plus atroces, les peines les plus cruelles, la corde, le feu, le fer, les bastilles , rien dans la nuit des temps , rien dans la contemporanéité n a pu vaincre cette coutume barbare, insensée et ridicule I La religion elle-même n'a pu triompher de cette sauvagerie aveugle, et c'est en vain que Dieu a dit :

c Tu ne tueras point. »

Décaiogub.

Ad disstpandas génies quœ hella volunL

C'est aussi en vain que la philosophie a secoué son flambeau, T ignorance et la barbarie ont surnagé, et pragmatiques sanctions, ordonnances, lois, tortures, empereurs, rois, raison, logique, religion, la parole de Dieu elle-même ont été impuissants, et le duel a survécu.

On a tué, on tivera eneorel...

ff Jasques à quand, Seigneur?... »

David.

On comprend , da reste , ce que ponrra la logique du plus faible de la terre , contre un acte toujours combattu, et sanâ ce^e renaissant?

Si, cependant, èû déniontrâfit le crime, les désordf(î^ ti le ridicule de cet acte, on pouvait faire descendre dans tous les esprits la conviction profonde qu'il y a réellement crime ^ désordre et ridicule, ce serait une bîen grande victoire ; un jalon de salut planté sur un chemin sanglant^ une voix qui crierait : Assez.

Un de nos plus illustres capitaines (1) a

(I) Le maréchal Clausel.

dit : m Quiconque se bat » ayant tort , est un c< assassin, s'il n'a fait ce que doit faire tout (( homme de cœur quand il a tort. »

Ceux qui ont pris à charge de défendre le duel, ont repoussé avec indignation l'assimilation qu'on a voulu établir entre l'assassin et le duelliste (!)•

Ne descendons pas jusqu'au duelliste de profession; son règne est passée et le mépris public a marqué sa place.

n semble, tout d'abord, qu'il y a quelque chose d'odieux à faire un assassin d'un homme qui se bat en duel.

Cependant^ M. Dupin aine, au rapport de M. Béranger (de la Drôme), M. Dupin aine.

(1) Par duelliste, nous entendons seulement quiconque se bat en duel, et nous n'entendons nullement confondre cet indîTidu avec le duelliste de profession.

(Note de l'Auteur.)

interprète éloquent de la religion et de la morale , a rempli, autant qu'il était en lui, une lacune dans nos lois modernes , et a obtenu de la cour de ca^ation l'esprit et la lettre de cette juridiction:

'< Le duel est considéré comme homicide « volontaire (1). »

n y manque seulement le consentement de nos mœurs , pour que cela soit une vérité acquise.

Cependant , il ne faut jamais invoquer les mœurs comme excuse d'un fait quelconque.

Alexandre le Grand défendit aux Bactrians de faire dévorer leurs pères, devenus vieux, par \eê chiens. C'était dans leurs mœurs, et ces mœurs étaient atroces.

(1) Art. 295, 296, 301, 301, 321, 324 du Code pénal.

Les mœurs» en consacrant le duel^ ne consacrent que le paralogisme, l'aberration, Tirrationalité, beaucoup d'ignorance du vrai vrai, beaucoup d'ignorance de la valeur morale des mots, de l'acception réelle , Une confusion incompréhensible de paroles sans aucun sens, sans entente; de sentiments, d'idées qui hurlent de se trouver ensemble : Voilà nos mœurs sur le duel ^ et c'est ce qu'il faut démontrer jusqu'à la dernière limite de l'évidence humaine.

Vffl.

L'antique civilisation, dans son naturalisme effrayant, avec son paganisme désordonné, n'a pas connu le duel. Cet héritage sanglant des Goihs, des Visigoths, des Lombards, des An-

— bogies et des Francs, ne souilla ni Israël, ni Sparte, ni Athènes, ni Rome!

Quand , nous ne savons pas bien quel Brenne gaulois fit offrir à Marins un combat singulier : Marins ^ qui laissait trois cent mille hommes sur ses champs de bataille, répondit :

« Si cet homme est fatigué de la vie, qu'il 4c se pende. »

Et Napoléon répondit au duel que lui demandait le roi de Naples, par cette campagne immortelle d'Italie, qui l'a rendu plus grand qu'Alexandre^ qu' Annibal et que César.

L'homme est un monstre incompréhensible, a dit Biaise Pascal. Il prie avant d'aller se battre en duel.

Et quelle peut être cette monstrueuse de-

mande adressée à IMeu? Seigseiir^ fois qw le cœur de cet homme sente le fer, et qiie ce fer lui donne la aKNrt(l)!

Pense-t-on que si J.-J. Rousseau eût mi le malheur de tuer un homme en duel, ou deux, ou dix, comme d'autres l'ont fait, il aurait pu, il aurait osé léguer à la postérité ces sublimes paroles qui VoaA rapproché de Moïse, d'Épictète et de Socrate.

<x Être des êtres, je suis parce que tu es ; (( c'est m'éleyer à ta source que de te méditer c sans cesse ; c'est le ravissement de mon esprit ir que de me sentir anéanti par ta grandeur. »

Et Dieu n'eût pas élu Moïse, le plus grand des législateurs, le plus sublime des philosophes, le premier des historiens, selon l'expression de Bossuet , pour léguer à la terre la révétation de son éternité, s'il eût eu sur les mains le sang des duellistes !••. Cette révé-

(1) Que veux-tu faire de ce sang? Le boire.

Page 1