‹ Le duel depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 3 sur 16 · J.*J. 1W)US5EAU · texte numérisé non relu

J.*J. 1W)US5EAU

lation qui a surnagé au-dessus de tous les cataclysmes de la terre!... cri puissant descendu des profondeurs du- ciel pour retentir éternellement dans le cœur de Thumanité!... Ce cri^ qui est le mot de passe pour arriver au ciel :

« Schemangh Israël Àdonat Eloénou A doit nat et hahte ! »

« Ecoute j Israël : le Seigneur est notre « Dieu, et le Seigneur est UN !... »

Si Ton parvenait à prouver que Thomme qui se bat en duel est un assassin, nous en croyons la dignité humaine, il n'y aurait plus de duel, et peut-il être autre chose devant la religion, la morale et la logique ?

Comment! un homme, esclave asservi de l'opinion, allant de sang-froid, avec une froide préméditation^ essayer de toutes ses forces, de toute son adresse, de tuer un autre homme^ ne serait-il pas considéré comme un assassin?

n semble qu'il sort à rinstant de tous les cœurs cette réponse :

Parce que cet homme paie de corps (de sa personne) ; parce qu'il attaque à arme égale, en face, sous les yeux et sous la responsabilité relative des témoins.

Ici, le gracieux vicaire de Wakefield, répond :

« Est-il honnête de tricher en jouant, parce m qu'on a mis son argent au jeu ? n

Xffl.

U nous semble que le vicaire de Wakefield a autant raison que la juridiction de M. Dupin aîné. Si le duelliste n'avait au service de sa raison d'être que ce malheureux sophisme :

« Je donne à l'homme que je vais essayer de

tuer le droit de me tuer, donc je ne suis pas assassin^ > le procès serait bientôt gagné.

On se croit excusable d'avoir tué un homme, parce qœ cet homme pouvait vous tuer? Mais on peut répondre : Tassasûn s'expose mille fois plus que celui qui se bat en duel ; et les dangers qu'il court n'empêchent pas qu'il soit un assassin. Si la main de l'assassin s'égare, la vôtre peut frapper juste. U a l'efiroi du crine^ cet assassin, et vous l'excitation de la défense naturelle. De plus, V opinion applaudit le duelliste ; il a la gloriole de son courage physique ; l'assassin subit la malédiction de tout ce qui prie, croit et aime sur la terre! Et cependant quelle différence entre l'assassin et celui qui se bat en duel : celui-ci essuie son épée sanglante à l'herbe qu'il foule, et tout est dit devant l'opinion. Pour l'assassin, au contraire,

commeiiee la yindicte publique, il alteotd des (ers, la honte..., la toilette, son heure, et le bourreau I...

Comment donc prétendre qu'en exposant sa propre vie, on a droit à la yie d'autrui.

Damions et Rayaillac savaient fort bien qu'ils n'échapperaient pas, et que leurs supplices feraient frémir la postérité (1). Us n'en étaient pas moins assassins.

Mais il y a consentement mutuel entre deux hommes qui se battent, dit-on ; c'est chose convenue, elle prend forme de droit, il n'y a donc pas d'assassinat (2). H n'y a ni embûche

(1) On coonatt lea affreuses tortures auxquelles on livra Fassassia de Louis XY; les trappeurs, les chasseurs de che- Telures , les appachés de la mer du Sud , n'auraient pas été plus loin.

(2) An moment où nous écrirons cette page, nous lisons dans ia Presse: «Le 7 décembre dernier, une sinistre nou- « Telle se répandit tout à coup à Orthez. M. Léon Larrouy,

ni guet-à-pens. Tout se fait au soleil, et coràm populo.

D'abord^ et avant tout, qui donc a le droit de faire ce droit? Qui l'a donné, octrojé?d'où Textrait-on ce droit?

Buvons et mangeons, nous nous en égorgerons mieux ensuite, disaient les soldats d'Othon et de Yitellins : c'était le même droit.

Battons-nous d'abord, disent les duellistes, nous nous estimerons encore mieux après, si nous vivons... Si l'on s'estimait assez avant, la

« négociant, vient d'être mortellement blessé dans un duel « 'an pistolet avec M. Rémi Lacoste, avoué à Orthez, à qui « l'unissaient les liens d'une étroite amitié. La victime a suc- « combé instantanément à sa blessure. »

10 Février 1854. « Un événement malheureux a pénible, ment affecté, dimanche, la société de Smyrne. Deui officiers des marines étrangères de guerre s'étant battus le matin en duel, la blessure de l'un d'eux était mortelle ; il a rendu le dernier soupir le lendemain, o

superfétation serait superflue, et on répoidnit à la pensée d*un homme de bien.

< Il faut respecter le mystère de la vie hamaine. •

François Ahago.

xvn.

ADez proarer à mie mère que yoos aviez le droitde trouer la poitrine de son fils. Le duel n'a ni droit moral, ni excuse morale (1), ni cause vraie. Le crime, hélas! en a trop souvent; la loi elle-même a été forcée de reconnaître des circonstances atténuantes. Nous sommes de ceux qui croient que le crime est une démence (2) instantanée. Du moins nous avons essayé de le prouver autrefob.

<K n estdes situations irrésistibles qui brisent

(1) Le fameux mot de Périclès : La nécessité 1... De saurait jamais être admise en morale. Quel usage n'a-t-on pas fait à Rome de lèse-majesté, et, dans notre histoire, de la raison d*Ëtat? Il n'y a qu'une nécessité : le bien.

(2) Nous expliquons plus loin ce que nous entendons par démence. {Note de l'Auteur.)

« toute liberté de penser; il est des états de « yertige amer ^ de fascination crnelle où c l'homme est» s'il est permis de parler ainsi , a dépouillé avec violence de la responsabilité « de ses actes. Le chrétien le sait, et, dans sa <c prière de chaque jour^ il demande à Dieu de a lui épargner de telles épreuves.

« Ballanghb. n

xvni.

Mais il n'y a ni vertige amer, ni folie instantanée dans le duel. On se bat le lendemain de l'offense ; on se bat, parce qu'on a derrière soi la verge de l'opinion, et le sourire qui empoisonne !

Nous avons connu quelqu'un qui avait bravement, loyalement (en terme de duel) tué

ringt-sept hommes à ce jeu 1 Le vingtrseptième passa sous nos yeui avec ses témoins ; il allait sur le terrain^ où il resta. (Le 23 juin 1835.)

Le délire de l'ivresse, de Tamour, les fanatismes de l'esprit et les fanatismes du cœur; la calenlure de la faim et celle du vice, se trouvent à chaque pas dans les annales du crime.

Mais le duel n'a pas cette excuse {si le crime peut jamais en avoir). Dans le duel, tout est bien calculé, chiffré^ réfléchi, pesé. Le vainqueur se glorifie. Le criminel, quand revient sa raison, frissonne, prie et pleure ; l'un se grandit dans son faire, l'autre s'annihile dans le sien !

On verra plus tard que Sully compare les duellistes aux gladiateurs. Ceux*-ci se bat-

--^ 20 — taient pour de l'argent ; ceux-là, par servage, sans faire entrer en ligne de compte les assas* sinate cachés sous le masque du duel. Nous pourrions en citer grand nombre que l'histoire

xxn.

Prétendre qu'on n'est pas un assassin , parce que celui qu'on a tué pouvait nous tuer, nous semble quelque chose comme ceci :

« S'excuser d'une mauvaise action par une c mauvaise action. »

« Vous m'avez volé ma bourse, je vous ai « volé votre montre ; prêté-rendu , il n'y a « pas de vol.)> Au lieu d'un voleur il y en a deux : voilà tout.

xxni.

Mais on persiste ; et Ton crie : et le consentement mutuel ? C'est en vain que la

religion, la philosophie, la conscience, cette réyerbération de la Providence répondent :

c< Et le droit I »

Ck>nsentement, convention, droit I Mais en donnant une semblable élasticité à la morale, qui n'en comporte aucune, on arrive aux contrats des brigands, aux droits qu'ils se donnent, aux raisons qu'ils invoquent 1...

n n'y a pas de convention valable contre les lois éternelles de la Providence! Il y a crime.

Moïse chassait des villes libres jusqu'à l'homicide involontaire^ parce que Dieu lui-même a dit : < Tu ne souffriras pas de meurtriers de- « vaut ma face. »

Prenons à son berceau le duel ; c'est bien la peine de chercher son origine, et de connaître son lignage.

c On trouve des énigmes dans les codes « des lois barbares. La loi des Frisons « ne donne qu'un sou de composition à « celui qui a reçu des coups de bâton, et il « n'y a si petite blessure pour laquelle elle <c n'en donne davantage. Par la loi salique, si c< un ingénu donnait trois coups de bAton à un « ingénu, il payait trois sous; s'il avait fait « couler le sang, il était puni comme s'il avait a blessé avec le fer, et il payait quinze sous. « La peine se mesurait par la grandeur des « blessures. La loi des Lombards établit diffé- « rentes compositions pour un coup, pour t deux, pour trois, pour quatre. Aujourd'hui, « un coup en vaut cent.

c< La constitution de Charlemagne, insérée a dans la loi des Lombards, veut que ceux à m qui elle permet le duel combattent avec le « bâton. Peut-être que ce fut un ménagement c< pour le clergé ; peut-être comme on éteni< dait Vusage des combats, on Youlait les « rendre moins sanguinaires. La capitulaire « de Louis-le-Débonnaire, donne le choix de (c combattre avec le bâton, ou avec les armes. « Dans la suite, il n'y eut que les serfs qui c combattirent avec le bâton.

« Déjà je vois naître et se former les articles M particuliers de notre point d'honneur.

€ L'accusateur commençait par déclarer c devant le juge, qu'un tel arait couHnis une a telle action, et celui-ci répondait :

c Qu*U en avait menti. •

ce Sur cela, le juge ordonnait le duel. La H maxime s'établit que lorsqu'on avait reçu a un démenti, il fallait se battre. »

Montesquieu.

Si bien qu'un menteor, un calomniateur, pris en flagrant délit de calomnie ou de mensonge, et, parce qu41 recevait un démenti, ne pouvait faire mieux que de tuer ou de se faire tuer.

xxvra.

Quoil parce que des barbares^ buvant dans les crânes de leurs ennemis tués par eux, adorant des dieux atroces, instituaient le duel, dans leurs mœurs et dans leurs lois, il faut, comme conséquence rigoureuse, que les nations civilisées, qui adorent le Dieu étemel et bon, qui défend de tuer, se battent et tuent, quand même !

Des steppes de la Russie, des marais de la Scandinavie, s'échappe une lave qui dévore

la moitié de l'humanité. Oest rinyasion des Barbares, et Rome qui avait étouffé le monde dans les serres de son aigle, tombe dans sa corroption et dans ses crimes !

L'herbe sèche sous les pieds des cheyaux, et où passe le fléau de Dieu, tout disparaît!... Noos nous trompons I Parmi les cendres et le sang, ils semèrent le duel et le senrage, cela resta seul I

On ne comprend pas comment les communes, quand elles achetèrent leur affranchissement, ne se débarrassèrent pas du duel comme elles le faisaient du servage, et qui était luimême un servage auquel nul ne pouvait se soustraire, comme on le verra.

La Constituante, elle-même, Ta oublié dans

la nuit du i août, et la France qui, depuis, a vaincu le monde, conserve, dans ses mœurs, ce lambeau sanglant de la législation de ses vainqueurs.

C'est que les lois étaient venues prêter main-forte aux mœurs, et, cependant, dit M"' de Staël, « c'est bien assez d'abandonner c( ses actions à l'erreur, sans y abandonner le ('jugement. »

Et quel texte légal, bon Dieu ! Sur quelle base il était formulé I L'assassin condamné à mort avait le droit de provoquer le duel!...

Un père, qui eût refusé sa fille à un brigand, ne pouvait lui refuser le duel 1 Et voilà où ont été puisées ces détestables coutumes qui, traditionnellement et légalement, nous sont parvenues avec tous les désordres qui accusent leur origine.

La Constituante aurait dû, sans respecter

ni l'usage, ni les lois que réprouvent la morale, à l'heure ou elle décrétait un second affranchissement, compléter l'œuvre, et relire ce passage de J.-J. Rousseau , qui eût été le noble exposé des motifs de son projet de loi contre le duel :

<c Me direz-TOus qu'un duel témoigne qu'on (T a du cœur , et que cela suffit pour effacer «c la honte ou le reproche de tous les autres « vices? Je vous demanderai quel honneur u peut dicter une pareille décision, et quelle « raison peut la justiGer. A ce compte^ un « fripon n'a qu'à se battre pour cesser d'être « un fripon. Les discours d'un mepteur de- « viennent des vérités sitôt qu'il sont soutenus d à la pointe de l'épée, et, si on vous accusait (' d'avoir tué un homme^ vous en iriez tuer un <( second pour prouver que cela n'est pas vrai.

c Ainsi, vertu, vice, honneur, infamie, vé- « rite, mensonge, tout peut tirer son être de u l'événement d'un combat ; une salle d'armes c est le siège de toute justice.

a 11 n'y a d^autre droit que la force; d*au- « très raisons que le meurtre : toute la répa- « ration due à ceux que Ton outrage est de les « tuer ; et toute offense est également bien c( layée dans le sang de roSensé.

« Dites, si les loups savaient raisonner, ce auraient-ils d'autres maximes?

c< J.-J. Rousseau. »

n y a du courage à s'excuser, de la bravoure à se battre , de la vertu à pardonner.

Combien aurons-nous besoin qu'il nous soit pardonné, bon Dieu !

€ Et dimitte nobis debitanostraj sicut et nos « dimittimus debitoribus nostris. »

Chancelant à chaque pas que nous faisons dans la vie, si faibles et si sujets à Terreur, et à côté de cette faiblesse avouée Timplacabilité de la mort , donnée à l'homme par l'homme.

xxxn.

Encore Rousseau :

« Vous, qui voulez qu'on profite pour soi de a ses lectures, profitez donc des yAtres, et « cherchez si Ton ylt un seul appel sur la ce terre^ quand elle était couverte de héros. (c Les vaillants hommes de l'antiquité songéu rent-ils jamais à venger leurs injures per- « sonnelles par des combats particuliers?

• César envoya-t-il un cartel à Caton , ou « Pompée à César, pour tant d'afironts réci-

• proques?Et le plus grand capitaine de la « Grèce fut-il déshonoré pour s'être laissé « menacer du bâton. »

XXXIU.

Rapprochez les causes presque générales de nos duels ridicules et sanglants. Nous y

trouverons les Phrynés, les cafés, l'argent, la bourse, le bois de Boulogne, TOpéra, un lorgnon, une brutalité involontaire mêmel Et rapprochez ces causes, ces futilités, des raisons qu'avaient César, Pompée , Caton , Thémistocles... Et prononcez :

Ridiculum acri.

On conçoit facilement qu'en présence d'un pareil état de choses, Montaigne ait dit :

c< Détourne-toi de la société. »

Mais non, il ne faut pas s'en éloigner, il faut la servir.

Consignons ici un duel dont l'authenticité nous est garantie, et qui fit tant de bruit en 1825.

Goo^q:

<c De la part de Tagresseur, dit rhislorien, H il constituait tous les genres de crimes. Le i( marquis X...^ ruiné et vivant sur un grand « style, trouvait dans le jeu une ressource, # c'est-à-dire qu'il trichait. Il avait, un soir, « en face de lui, un prince italien, connu a pour son immense fortune. Le marquis imac< gina de réaliser le mot : La bourse ou la M vie, sans que la loi eût à s'en mêler. Il ff tricha maladroitement et avec intention, ac Le prince le vit, et le lui dit.

a Ceêt possible^ répondit le marquis, mais a je n* accepte pas qu'on me le dise. Vous m'en « rendrez raison. » «c Stupide exigence de ce « qu'on appelle le point d'honneur. Une proa vocation suffisait pour couvrir un voleur. Le « prince va sur le terrain. On devait marcher a l'un sur l'autre jusqu'à bout portant. Le « marquis consent volontiers à jouer sa vie c< contre une fortune ; il essuya le feu, et trana quillement, lentement, marcha jusqu'à la a poitrine de son adversaire.

€ Prince, lui dit-il, il y a dans ce pistolet € une halle que je vous vends deux cent mille ^i francs, n Le prince se récrie; les témoins c< veulent intervenir, a Je suis dans les conven- « tiens du duel , leur réplique le marquis ; « j'use de mon droit. Je tue le prince s'il me c refuse, et c'est générosité isi je lui offre un < moyen de salut. Le prince accepta. Il faut c( le dire, le marquis fut chassé de Florence, « mais comme il s'était exposé dans le duel, il c échappait à la justice. » Yoilà cette institution, sa morale, ses conséquences. En voici une autre morale I

« Trois ou quatre pauvres femmes du bon « Dieu avaient six œufs pour toute ressource, « et elles avaient deux jeunes incurables à c< nourrir. Dieu« l'honorable abbé Moret (1), € et l'amour ardent de la charité, ont extrait « de ces six œuCs un établissement où une € foule de jeunes filles pauvres et incurables,

(1) Et M. Alexandre Dumas.

- 33 ^ u reçoivent la consolation des soins et la c< consolation de la religion, cette grande coii- «solationl »

Ah ! si désormais les témoins jugeaient que tout agresseur sera tenu de payer la rédemption de sa faute au profit des malheureuj, cela ne serait-il pas mieux que de verser le sang!

« On s'est toujours récrié, et avec raison, « contre cette coutume barbare des duels.

« Les papes, les évèques, les conciles ont c< souvent condamné ces désordres. Ils ont « prononcé anathéme contre les duellistes, « entre autres, le concile de Valence^ tenu en a 835. Les empereurs, les rois et autres prince ces ont aussi fait tous leurs efforts pour dé*c raciner cette odieuse coutume. Luithprand, c< roi des Lombards,

c L'appelle impie. »

— 34 ^- « et dit qu'il n'avait pu l'abolir parmi ses su- « jets, parce que F usage avait prévalu.

c Frédéric V\ dans ses constitutions de Site cile, défendit l'usage des duels, i^

(Dicîùmnmre de l'Encyclapééie.)

Remarquons que dans ces temps barbares, c'était pour une province ou pour une ville, une grande immunité que d'être exonéré du duel.

« Frédéric accorda aux habitants de Vienne « le privilège de ne pouvoir -être forcés d'ac- < cepter le duel.

c< Edouard 111, roi d'Angleterre, accorda le c< même privilège à certaines villes de son c( royaume.

« En France, Louis VII fut le premier qui ce commença à restreindre l'usage des duels a (1168). Saint Lodis alla plus loin : après

c avoir défendu les guerres prîyées, en 1245, « il défendit absolument les duels.

« Les sei^eurs refusèrent longtemps de se « conformer k ce que saint Louis avait ordonné a dans ses domaines ; le molif qui les retenait <i est qn'ils gagnaient une amende de 60 sous « ^and le vaincu était un roturier, et 60 iicc .vues quand ^c'^tait un gentilhomme. »

{Bieîionnaire de PEneyclopédie.)

xxxvra.

On va voir combien sont mesquins et ridicules les duels de la contemporanéité, placés en regard de ceux qui avaient lieu pendant la féodalité. Sous Henri /F, plus de quatre mille gentilshommes restèrent sur le pré, et l'on comprendra facilement si son grand ministre Sully était en droit de flétrir le duel.

« Il est vrai, dit-il, que les duels sont fort cr anciens en France et même en Europe ;

c mais seulement dans cette partie de l'Euc< rope où l'inondation des barbares^ qui sert « d'époque à cette odieuse coutume, prouve « en même temps leur méprisable source, et « si les histoires des temps les plus reculés, « comme celle de l'empereur Othon 1*' et du « divorce de Lothaire, en fournissent des • exemples, on peut répondre par des défenses a moins anciennes, soit ecclésiatiques, comme c dans le concile de Valence , en 855 , soit a séculières.

« Nous avons en France une très belle or- « donnance royale qui les interdit dans toutes « les causes civiles, et les réduit aux crimia nelles, et seulement dans cinq cas : lèse- « majesté, rapt, incendie, assassinat et vol de a nuit.

a Pour mieux faire sentir par la différence « des duels de ce temps-là d'avec ceux qu'on a vit s'exécuter de nos jours^ que dans une « chose qui était elle-même

t Un abus dès sa première origine »

— 37 ~ « il s'y en est glissé tant d'autres qu'on ne « sait plus de quel nom on doit se servir : il <c suffit d'une simple exposition des circon- « stances et des formalités qui s'y observaient. <x En premier lieu, personne, quelque odense ce qu'on lui eût faite^ ne pouvait en chercher H la vengeance y

« De son droit (1), »

« et, comme on le voit, par un premier mouc< ment de fantaisie et d'emportement, en- « core moins par pure bravade^ ce qui est à ce mon sens tout ce qu'on peut imaginer de ce plus contraire aux lois de la société.

« Ils avaient leurs juges, devant lesquels (( celui qui se croyait lésé dans son honneur^ « allait expliquer son grief , et demander la ce permission de se justifier par la voie des « armes, qu'il n'attaquait point son ennemi

(1) De son autorité privée : comme on le verra , il n'y avait que le juge qui pouvait décider le duel.

« par une caloiDnie. Il semblait qu'il y avait 4c de la honte à paraître

« Chercher le sang pour le sang même. »

« Ce jvge, qui, assez communément, était le « seigneur du lieu^ ne manquait pas aussitôt « de faire venir l'accusé, et n'admettait cette « preuve par les armes, dont le défi se faisait « en jetant par terre un gant ou quelque gage, « que quand il ne pouvait tirer d'ailleurs la < preuve du crime ou de l'innocence (1). Les c gages étaient reçus; le juge renvoyait la dér< cision de la querelle à deux mois de là, penu dant le premier desquels les deux ennemis <( étaient livrés chacun à des amis communs,

(.) Si Napoléon a dit de la guerrei qui quelquefois a sa raison d*étre : « Qu*estrce que la guerre ? un métier de barbare « où tout l'art consiste à être le plus fort sur un point donné.» Que dira-t-on du duel, cette guerre privée d'homme à homme, i

qui n*a pas sa raison d*ètre, et qui laisse à la merci du premier i

bravo la vie des citoyens, le repos et la sécurité des familles? |

Mais qu'on ouvre donc l'histoire des duels, et on y verra presque toujours Tinconsistance, souvent la soif du sang, quelquefois Tépée salariée.

« ayec^caotion de les représenter. Ceux-ci « s'attachaient par toutes sortes de moyens à « découvrir le coupable, et à lui faire sentir a l'injustice de soutenir une fausseté , dont il « ne pouvait attendre que Tinfamie, la perte « de son âme et celle de sa vie ; car ils étaient « persuadés, de la meilleure foi du monde^ « que le ciel donnait toujours la victoire à la c bonne cause, et par là, l'action du*duel dece venait, dans leur esprit, un événement ou « l'homme n'avait pas de part.

c( Les deux mois expirés (1), on mettait les « deux complaignants en prison fermée, mais « là, ils tombaient dans les mains des ecclé- <i siastiques, qui n'oubliaient rien de ce qu'ils « jugeaient capable de les détourner de leur a dessein. Si, malgré tout cela, ils y persista taient, on fixait enfin un jour.où ils devaient H vider leur querelle.

c< Ce jour venu, on amenait, dès le matin,

(l) Nous laissons subsister h faute.

«c les deux champions à jeun, devant \% même «r juge, qui les obligeait encore, tous deux, à ce assurer par serment qu'ils disaient ta vérité, « après quoi, on leur donnait à manger. Ils u s'armaient ensuite en sa présence. La qua- (« lité des armes avait été aussi réglée. Quatre « parrains (1), choisis avec la même cérémo-

(1) En France, depuis 92, les hommes ont subi de craelles épreuves. Révolutions océaniques qui ont bouleversé le monde, guerres civiles, guerres k l'étranger, invasions, formes gouvernementales plus mobiles que les idées, idées qui devenaient un crime à heure fixe, et qui étaient vertu la veille.

La monarchie tombe.

Les Girondins ,

Danton ,

Robespierre ,

Le directoire tombent;

Le consulat passe à l'empire.

L'empire à la restauration,

La restauration h Louis-Philippe,

La monarchie constitutionnelle à la république.

Et la république à l'empire 1

Jamais le devoir , imposé par Dieu et par la société h l'homme, n'a été plus difficile à comprendre qu'en France. Les idées» sans cesse renversées , laissent flotter la conduite au gré du trouble général. Au milieu de ce choc, cahotique, l'individu a senti le besoin, quand la société lui faisait défaut, de ne compter que sur soi seul pour faire face à tant d'orages. — L'homme le plus reépectable, du reste, méprisé ou haï pour

ce nie, le! faisaient dépouiller, oindre le corps « d'huile, couper la barbe et les cheveux en « rond. Us étaient conduits dans un camp ce fermé et gardé par des personnes armées^ € après qu'on leur arait rappelé une dernière M fois leurs dits et leurs accusations^ pour voir c s'il 7 persistaient^ et s'ils n'avaient rien à

ses opinions , haï et méprisé pour les opinions qu'ibne professait pas, rendant haine et mépris pour mépris et haine, se trouve jeté dans un désordre d'idées continu i Quatre à cinq partis, s'entre-choquant et se partageant la France, devaient continuer la tratnée de poudre déposée par les Barbares, et incessamment épaissie par nos mœurs Cet état des choses devait infailliblement conduire sur le terrain des milliers de cœurs ulcérés! Et depuis les duels de Mirabeau, le frère du constituant, jusqu*à nos jours, on imprimerait è nouveau les bibliothèques du monde avec le sang des victimes i

Quatre de ces dueb sont restés gravés dans la tête et dans le cœur de nous tous! Ces quatre duels ont fait quatre cadavres.

Ne réveillons aucune cendre endormie, aucun regret amer, aucun remords cruel ; mais déplorons hautement que nos luttes tribun itiennes , quelque plus larges qu'elles aient été à côté même de celles d'Athènes et de Rome, déplorons qu'elles aient conduit sur le terrain les plus hommes de bien dont la France s'honore è juste titre, et remarquons que cet exemple a été donné à la jeunesse française, la plus incandescente et la plus irritable du monde, par des législateurs qui lui devaient d'autres enseignements.

11 7 a encore quelque chose de fort malheureux h faire re-

« changer ; cm ne les quittait pas, même en ce « moment. Les parrains se tenaient à côté H d'eui^ aux deux bouts du camp, pour une « autre cérénenie^ capable, à eUe seub, de a leur faire tomber les armes des mains, sur- « tout s'ils ayaient eu ensemble quelque liaison « d'acnitié. Cesè que les pamkis les faisaient « mettre à genoux^ en cet endroit, l'un deyant a Vautre ; ils se prenaient parles mains, en se « croisant leurs doigt^ entrelacés, se deman-

marquer, et nous sommes payés pour le savoir. Autrefois , on le voit par Thistoire que fait le grand SuUy du duel, les témoins avaient une pleine autorité pour agir : c'est è peine, aujourd'hui, si, en imposant h l'amitié une mission si cruelle, on lui laisse le droit de s'enquérir, d'étudier et de s'opposer. Le mot sacramentel, i*'est aujourd'hui : a Point d'explication I »

Le seul bonheur que nous ayons eu dans la traversée de la vie, c'est d'avoir, dans bien des circonstances, pu faire tomber les armes de la main à plus d'un noble coeur 1 Et quand nous ne l'avons pas pu, nous avons triché, au risqr.e de voir les rôles intervertis, et, de témoin, devenir batailleur, une fois entre autres, pour avoir substitué des balles intwcmtts aux balles qui pouvaient tuer.

Si l'on ne veut pas permettre à ses amis d'ôtre hommes de bien, qu'on se batte è la chinoise, et l'on ne compromettra personne devant Dieu et devant les hommes.

(Note tU V Auteur.)

tf daient l'un à Tautre jaslice ; se conjoranl de M ne point soutenir une fausseté ; protestaient •f d'agir avec toute la bonne foi possible, et se c( juraient de ne chercher la victoire, ni par H la fraude, ni par la magie.

i< Les parrains visitaient leurs armes pièce « a pièce, pour voir s'il n'y manquait rien , < et les ramenaient aux deui bouts du camp, c et leur disaient faire leur prière, à genoux, tf et leur c(mfession. Enfin, après leur avoir c< demandé s'ils n'avaient aucune parole à faire c< porter à leur adversaire (1)^ ils les faisaient « en venir aux nains, ce qu'ils disaient après

(1) A l'armée , on est devant rennemi, le droit des gens disparaît; affaiblir Tennemi, tuer autant qu'on peut, c'est le but.

Dans le duel, Tennemi a un autre nom, il s'appelle adversaire. Autrefois on essayait de saisir Tépée de l'adversaire de la main gauche, et la chose la plus belle du monde consistait à lui donner un coup avec cette épée et un second coup avec sa propre arme à soi. Aujourd'hui, on serait réputé assassin; on se refuse mdtne de parer avec sa main gauche sans prendre le fer, mouvement si naturel que nous-mdmes, qui tenons l'épée è la main plus que qui que ce soit au monde depuis notre enfance, nous n'avons jamais pu nous défaire de ce mouvement instîDcUf.

<< le signal du hérault, qui criait de dessus <( les barrières, par trois fois :

« Laissez aller les bons combattaDts. »

u II est vrai, qu alors, on se battait sans « quartier^ et que le vaincu,

Mort ou vif

« encourait toute l'infamie du crime et du châ- « timent.

c( Il était tratné sur la claie, et ensuite pendu H OU brûlé (1),

« pendant que Tautre s'en retournait honoré (( et triomphant, avec un arrêt qui lui don- « nait gain de cause et toute autre sorte de « satisfaction.

« Il y a dans toute cette cérémonie quelque

(1) Le vaincu, fûtril Tinnocent, n'en était pas moins brûlé ou pendu, et le yainqueur, fût-il le coupable, se retirait triomphant aux acclamations de la foule. Est-ce bien oui ou non ce que nous avons dit?

« Airocùas et ridiculum acrt »

Nous reviendrons sur ceci. (Note de l'Auteur.)

« chose de bizarre, mais du moins, la religion, « rautorité et la prudence y sont écoutées, (< quoique tout à fait mal entendues, au lieu « qu*il n*y a rien que de monstrueux dans la (c démarche de deux petits maîtres, qui s'en « vont furtivement sur le pré, tremper dans le a sang Vun de Vautre, des mains poussées par un « instinctpareil à celui des bêtes cartiassières. • « Si Ton s'y présentait avec le même sangtf froid qu'autrefois, croit-on qu'il y eût la

centième

H partie des duels qu'on voit arriver aujour- « d'hui. Mais on a jugé à propos de bannir la € réflexion de l'action du monde la plus sé- H rieuse. Les uns s'y portent en aveugles , les a autres applaudissent d'être nés pour la des- € truction de leur semblable, ressuscitent le « vil métier de gladiateur, et sont en effet plus € méprisables et plus redoutables que ceux ce qui ont autrefois porté ce nom.

« SULLT. »

XXXÏX,

c< Il y a du tigre dans rhomme, >» a dit Frédéric le Grand.

Non, il y a oubli de Dieu^ folie et ranité, cette folie de la sottise.

Qu'on réfléchisse un nâornent à toute Tatrocité de cette juridiction! Linnocent vaincu^ était traîné sur la claie, pendu, ou brûlé vif ou mort, et le coupable se retirait triomphant.

Le courage animal, la force du poing, mettait à la di^osition de la calomnie l'homme paisible et faible. U fallait combattre ou s'avouer coupable, quoique innocent : la torture n'allait pas plus loin.

xu.

Quelle place restait-il à la moralité dans un

semblable renversement du juste et de Tin-

uste? et à la potence et au bûcher près, les

duels gardent aujourd'hui ce même caractère.

XLU.

Est-ce que dans aucun Etat légalisé, il peut appartenir à quelqu'un de se régir en dehors du droit commun? Vous vous octroyez le droit de disposer de la vie d'un homme au gré de vos passions, au profit de vos vanités, pour une cause quelconque, toujours sans raison d'être, toujours privée de la sanction morale. Vous outragez quelqu'un, et pour réparation vous le tuez! Et cela peut avoir un nom honnête?

Oh ! ce nom a été donné par Sully, et les lois

ont bien le droit de garantir la société contre ses propres égarements, et de ramener l'opinion à la morale et à la raison.

XLin.

Nous lisons dans Xénophon :

« On convient qu'aucun homme dont on u ait conservé la mémoire, n'a mieux soutenu c( les approches de la mort que Socrate, dans « l'attente du supplice qui dura un mois, n Si Socrate eût tué Alcibiade ou Périclès en duel, il eût perdu le droit de léguer ces belles paroles à la postérité.

(( Ânitus et Militus peuvent me faire mou- « rir, mais ils ne peuvent me faire de mal! »

« Mais c'est prêcher la lâcheté, nous diraa t-on ! Mais c'est arracher à l'homme la ga«* c rantie de sa dignité personnelle! C'est clouer « l'offensé sous la verge de l'offenseur, que de « briser l'épée dans la main de l'homme. »

Nous verrons bien , et nous examinerons avec un soin extrême.

D^abordy nous avons essayé d'établir que le duel ne trouvait pas d'excuse dans ce paralogisme.

« Je ne suis pas un assassin, parce que celui <( que j'ai tué pouvait me tuer. »

Nous avons établi que l'assassin s'exposait mille fois davantage, et que cependant il n'en était pas moins un assassin* De ce point de vue donc, rien ne détruit la similitude, et si l'on définit l'assassinat et l'agression, on arrive. logiquement à une conséquence invinciblement identique, et, en effet, qu'est-ce que l'assassinai?

« C'est un guet-à-pens, pour tuer quel-

« qu'un. )»

£t qu'est-ce qu'un agresseur qui insulte»

sachant fort bien que l'opinion, le guet-à-pens du duely forcera bien Tinsulté à se battre pour échapper à la honte, qui a son fer rouge tout prêt? N'est-ce pas un guel-à-pens^ et si cet agresseur tue, n'est-ce pas tin assassinalf Vous étiez bon, paisible, crojant, studieux; vous accomplissiez la loi de votre Etre :

« Prier, aimer, travailler. »

Un homme surgit, flétrit votre femme , vous flétrit par un soufflet (1), selon Vopinion ; puis, il vous tue : si ce n'est pas un assassinat, ditesnous ce que c'est (2).

(l) La loi des douze Tables condamnait à une amende de vingt cinq sous quiconque donnait un soufflet à un citoyen.

v2) Voici ce que La Bruyère dit de la guerre: « Si Ton nous » disait que tous les chats d'un grand pays se sont rassemblés « par milliers dans une plaine, et qu'après avoir miaulé tout « leur saoul, ils se sont jetés avec fureur les uns sur les autres « et ont joué ensemble de la dent et de la griflTe ; que de cette t mêlée il est demeuré de part et d*autre neuf à dix mille « chats sur place, qui ont infecté lair à dix lieues de Ib par c leur puanteur, ne dirîez-vous pas : Voilà le plus abominable

La plupart des hommes se battent pour prouver qu'ils ne sont pas lâches; pour prou-

« sabbat dont on ait oqï parler I Et si les loups en faisaient de « même, quels hurlements, quelle boucherie I Et si les uns « ou les autres vous disaient qu'Us aiment la gloire , conclu- « riez-TOus de ce discours qu'ils la mettent h se trouver à ce « beau rendez-vous, è détruire ainsi et anéantir leur propre k espèce/ou après l'avoir conclu, ne ririez-vous pas de lout « votre cœur de l'ingénuité de ces pauvres bêtes?»

C'est ainsi que La Bruyère parle de la guerre et delà gloire qui, cependant, est sainte et sacrée quelquefois, comme les Tht^rmopyles et Valmy ; elle est le tribunal des peuples, mais seulement quand elle a pour cause de repousser l'agression , et la défense nationale indique sa raison d*être. Malgré cela, c'est la subversion de toute croyance, de toute morale, de toute piété : c'est la boucherie, Tatrocité, le vol, Tîncendie, le viol, c'est la guerre eniin ! Et sous la protection des lois, dans nos cités, sous le bénéOce de la paix, on tient pour honnête de perpétuer, en petit, ce mépris de la vie de l'homme , cette subversion de toute justice et de toute morale.

La peine de mort, ce droit terrible que la société s'octroie pour se préserver contre les entreprises de ceux que la loi nomme meurtriers, et que nous tenons , nous, pour des insensés, en proie à une démence douloureuse, la peine de mort, même dans les cas définis par le Code pénal, n*est administrée pour punir un grand coupable qu'avec une prudence, des soins, des recherches, des enquêtes les plus minutieuses ; on

Ter qu'ils ont du courage, et qu'ils ne craignent pas de mourir. D'abord :

préfère innocenter On coupable, su moindre doute, que de frapper un innocent; on a môme des circonstances atténuantes; des avocats pour la défense et pour élucider la question , et il est question d*un meurtrier 1 et c*est la loi qui prononce, froidement, sans passion, sans haine, sans colère; ce sont des magistrats, croyant en Dieu, des pères de famille, Tieillis dans des études sérieuses, qui prononcent l'arrêt, des citoyens qui déclarent Texistence du fait ! Le condamné a droit de rappeler de cet arrêt ; il peut implorer la grâce du chef de l'État Quand on YOit toutes ces précautions, toute la prudence humaine employée à ne rien décider h la légère, quand il est question de la vie d'un homme, n'est-il pas scandaleux de voir deux insensés aller s'égorger pour des vétilles 1... Et même devant toute la réserve des lois et des magistrats en cour d'assises, la peine de mort, appliquée h l'assassin, au meurtrier, a soulevé contre elle de bien nobles, de bien grandes protestations. Nous extrayons d*nn ouvrage sur cette matière, et que Louis-Philippe approuva , les lignes suivantes :

« En n'admettant pas, avec les partisansde la peine de mort, « que le criminel soit un insensé (a) , alots même existe-t-il « quelque chose, dans le cercle immense des choses humaines,

(a) Sans aborder aucune discussion psychologique qui n'entre pas dans notre sujet, mais pour expliquer notre pensée quand nous disons que le meurtrier est en état de démence, nous n'entendons pas dire que le criminel soit fou dans le sens médical, nous entendons parler de la grande intelligence morale, de la conscience, qui, ne réverbérant plus sur les actions des hommes, les laisse à quelques lignes de la brute. Le lion sait fort bien quand il déchire, et l'éléphant ne frappe que quand il veut frapper. L'assassin sait fort bien aussi qu'il frappe ; l'assassin sait fort bien ce qu'il fait, comme le lion et l'éléphant, mais il n'a pas plus qu'eux le sentiment moral de ce qu'il fait, tout en ayant l'intelligence de ce qu'il fait.

« Quiconque feint de ne pas craindre la c< mort, ment, » a dit J.-J. Roosseau , « et

• de plas sabrerslf que le droit que prend la société dans sa « peur et dans sa juste indignation , dlmrooler nn crimmel ! « Comment 1 un crime priré autoriserait une représaille paît blique? Ce qui est forfait chez l'individu peut-il ôtre vertu r chez les masses? Non, sire, mille fois non; le sang de

• l'homme est toujours le sang de Thomme, et le couteau u intelligent de l'assassin ou la hache que la société croit né» « cessaire, aux yeux de la morale, est toujours la dernière « raison de Toubli de Dieu ! Quoi, l^assassin sera réputé atroce, « et il est atroce, en répandant le sang d'un homme, et la soit dété pourra, religieuse et sans trouble, répandre le sang de « cet assassin dans un effroyable appareil.

« Si la société n*ayait au service de sa conservation que la « peine de mort, jamais une société ne se fftt constituée; si au a faite de sa raison d'être ne planait la sainteté de Dieu , la M vitalité de la morale et l'attache sacrée de la famille , Tédia fice croulerait h chaque minute, et une des mille raisons de « sa chute serait, avec la guerre et le duel, cette même peine « ^le mort I »

L'ouvrage auquel nous empruntons ces lignes a donné lieu h bien des controverses, h une foule d'incidents remarquables, et dont, sans doute, nous ne nous rappellerons pas toutes les circonstances. Une gageure fut faite par l'auteur dans un r«>> pas où, si nos souvenirs ne nous font pas défaut, se trouvaient réunis MM. de Martignac, Rossini , Boieldieu , plusieurs avocats , et grand nombre de fonctionnaires publics; l'auteur s'engagea à prouver l'inutilité de la peine de mort. Dans sa conscience, il crut avoir atteint le but qu'il s'était proposé. Quoiqu'il en soit, le premier exemplaire fut présenté à un homme de bien, à un premier président de cour, qui avait habitué l'auteur à toutes ses bontés. Ce jour, il le reçut, non

<c l*hamine peut aTOuer sans honte cette < crainte, qui n'est pas son œoyre, maisToeu- « Tre de Dieu.

froidement , mais séTèreroent : Vous avez discuté votre livre avant de récrire , lui dit-il; vous avez reçu des applaudissements et de sévères objections ; ^uets bien Jmtén, moussu, (<) pour ébranler ainsi la justice humaine, la conscience des magistrats ; pour porter la main sur ce qui a toujours été considéré comme le frein le plus puissant pour retenir le criminel. Vous avez dit, n'est-ce pas, qu'on ne se faisait pas assassin par luxe et par recherche de volupté ? Et pensez*vous que des hommes religieux, des hommes qui n'ont jamais faibli dans la vie, des magistrats, des jurés, froidement, sous l'oBil de Dieu, dans le désespoir de leur cœur, envoient un homme à Téchafaud par luxe et par recherche de volupté ? J'en appelle à vous-môme contre vous-même; vous étiez au tribunal avec Hntendant ; le criminel qu'on jugeait s'attendait à une condamnation à mort : il l'avait méritée. Condamné aux galères à perpétuité, vous l'avez vu bondir de joie, comme si on lui eut annoncé le plus grand bonheur. La peine de mort était donc terrible è ses yeux ? Elle l'est aux yeux de tous ; elle est un salutaire avertissement au vice qui commence le crime et qui y conduit. — Discutez maintenant. — Et l'auteur discuta, et resta ferme dans sa conviction.

Le second exemplaire fut donné à un préfet devant l'illustre M. Ampère ; le préfet répondit : « Je ne blâme ni n'approuve. « Je n'ai jamais voulu arrêter ma pensée sur cette affreuse » question. Seulement , aucune puissance humaine ne me • ferait condamner un homme à mort. C*est une affaire de « conscience! »

(a) Vous é(ps bien jeune, monsieur (en béarnais).

« Et toot le inonde serait lâche, si tout le c monde avait le courage de l'avouer. »

« Rien n'est rare comme le courage de ff minuit, » a dit Napoléon, qui â*y entendait. Pénultièmement, nous nions qu'il j ait le moins du monde aucuu courage à se battre en duel- Tous les criminels vont à Téchafaud, à peu près de bon pied , et certes ce n'est ni par luie, ni par volupté. Ils cèdent à la force phj-

Un exemplaire fut remis à un digne prélat» à an ëvêquA, dont la bienfaisance a laissé de bien touchants souvenirs. Il leva ses belles mains blanches vers le ciel, et , avec une émotion profonde, il dit à Tauteur :

« Que Dieu envoie au cœur de Thomme autant d*horreur « pour le crime que vous en avez pour la peine de mort. »

Le frère de Tauteur donna un exemplaire de récrit dont il est question à un simple laboureur. Voici sa réponse, presque intraduisible en français ;

« Escouiftts, Moussu, lou fray, ne s'y hide pas doun. »

Ceci est d'une force, d'une énergie extrême.

« Ëcotttez , Monsieur , le frère ne s*y (le pas donc. » G'est-hdire : « Votre frère n*a pas confiance en lui, il a peur du bourreau. » Nous ne pouvons pas traduire.

Enfin , un ministre du roi Louis-Philippe lui présenta cet ouvrage. On sait que Tabolition de la peine de mort entrait dans ses idées.

sique. S'ils n'allaient pas^ la force publiqne les y contraindrait.

Le daelliste va de bon pied aussi sur le terrain. L'opinion est le gendarme du duelliste. Le criminel cède à la force physique , le duelliste à la force de l'opinion, abrutie, écheveiée, sauvage, mais presque invincible. A ce point que tel homme qu'on empêcherait de se battre, se brûlerait la cervelle. Il y a, pour le criminel qui marche au supplice et pour le duelliste qui va sur le terrain, force et non courage.

Combien d'hommes laissent se noyer un malheureux par peur de se noyer eui-mêmes en se jetant à l'eau pour le sauver , et qui iraient spontanément se battre en duel pour une vétille! c'est que dans le premier cas, on est libre de ne pas exposer sa vie, et c'est là justement ce que l'opinion devrait flétrir, car

là est ta làchelé; le courage consisterail à sauver son semblable.

XLVIU.

Nous connaissons à peu près quarante hommes qui 9 en quarante secondes , tueraient quarante insolents qui leur auraient donné quarante soufflets.

Renversez la proposition^ et dites :

Nous connaissons quarante insolents qui, en quarante secondes, tueront quarante hommes inoffensifs, et auxquels ils auront donné quarante soufflets.

Et ceci posé, rétablissons la première proposition. Cest un de ces quarante hommes, que nous connaissons fort bien, qui reçoit un de ces soufflets, cette offense que le code du duel classe au nombre de celles qui réclament du sang ! Mais, au nom de Dieu, que voulezvous que fasse cet imprudent agresseur de^

-savant un homme mille fois redoutable Tépée à la main. L'agresseur est tué d'avance ! Est^il acceptable devant Dieu , devant la loi, devant la conscience de l'humanité, quelle que soit la faute de l'agresseur, de conduire cet agresseur à Tabattoir? Mais c'est un hochet devant vous, que cet agresseur, mais vous le savez d'avance, à la manière dont il prend le fer, à la manière dont il s'aligne, à la manière dont il s'engage ; et ce n'est pas parce que votre épée ira le tuer aussi rapidement que le ferait une balle, ce n'est pas même par la justesse du coup^d'œil qui vous le fera frapper au cœur, que vous assassinez cet agresseur, c'est qu'un de ces quarante hommes dont nous parlons fera tirer cet agresseur

Dans le vide,

par là science qu'il a des distances, sans courir le moindre danger, sans même daigner donner le fer, et quand la victime se sera fendue, son épée à sii pouces de l'homme

d'aime, cette victime sera égorgée 1 Mais il y aurait de rhumanité à lui brûler la cervelle par derrière, ce serait de Thypocrisie de moins, de rhomanité de plus, et toutes choses seraient égales.

Hélas! c'est de Thistoire que nous écrivons t qui donc Fignore? Que d'assassinats de ce genre nous pourrions consigner ici devant la conscience publique.

Nous avons établi que c'est l'homme d'arme qui est l'offensé^ et la matn sotte l'offenseur ; mais renversez la question, et que ce soit l'offenseur qui , depuis vingt ans , joue de l'épée ; que ce soit l'offensé qu'on égorge, dites :

« Si les loups savaient raisonner, auraient-

« ils d'autres maximes?

H Rousseau. »

n n'y a pas d'excuse, parce qu'on expose sa yie pour attenter à celle d'autrui.

n n'y a pas de courage à se battre en duel^ parce qu'on cède à la nécessité, à la force de l'opinion en l'acceptant, comme le criminel cède au bourreau, à la nécessité, k la force physique.

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