L^ABBÉ
Si. Je te gêne. Tu as honte de moi.
LE DOCTEUR
Pas plus que toi de moi. Nous n'avons ni à rougir, ni à nous parer l'un de l'autre. Tu as dirigé ta vie comme il t'a plu, moi aussi. Nous avons cessé de nous 5 voir. ...
Avons-nous donc cessé de nous aimer? /
LE DOCTEUR
Mais nous ne nous sommes jamais aimés, voyons, tu
le sais bien ! . . .
l'abbé
Un peu, autrefois . . .
le docteur
10 Tout petits, oui, sans le faire exprès. Mais depuis? ... A présent? ... Il m'est impossible de séparer les personnes des idées! Or, que veux-tu, je hais tes idées comme toi les miennes. Maintenant . . . nos personnes . ,f. évidemment que tu es un peu plus pour
15 moi qu'un étranger/ . . .
l'abbé Ou un peu moins.
6o LE DUEL
LE DOCTEUR
Tu crois que je te déteste? Pas du tout! C'est un autre sentiment que ta présence me fait éprouver. Une colère mêlée de pitié . . . oui . . . quand je songe à la médiocrité et au néant de ton existence. Tu ne vis pas. Tu ne sers à rien! ... 5
Je n'aurai pas l'injustice de penser la même chose de toi!
LE DOCTEUR
Tu y es bien forcé par l'évidence. Je bataille, moi, je lutte avec la maladie et la douleur, et quelquefois je les fais prisonnières et je les désarme. Il n'y a que cela de lo passionnant et qui vaille la peine d'être homme: ce duel de toute minute avec la souffrance et la mort. Aussi, je pleurerais de voir une jeune et belle force comme la tienne qui se gâche à confesser des cuisinières.
l'abbê y'
Essuie tes yeux! Pour un savant, tu m'étonnes! Tu 15
viens de prononcer le mot de confession. Tu n'as donc i jamais réfléchi qu'un simple petit abbé, au bout d'un I an de confessionnal, en sait plus long sur l'humanité L que tous les philosophes. Tu parles de duels! Mais, mon ami, les tiens ne sont que jeux d'enfants et assauts 20 pour rire à côté des miens. Mes duels, à moi, sont autrement acharnés, terribles et affolants que tes attaques