ACTE I, SCÈNE VII
LE DOCTEUR
Eh! non, n'y soyez plus! A présent que vous savez que je vous aime, doutez- vous donc que votre honneur me soit sacré? ...
LA DUCHESSE
Cet honneur-là, on sait le cas qu'en font les hommes!
LE DOCTEUR
5 Non, madame. Vous êtes aussi certaine de mon respect que de votre vertu. La noblesse de votre cœur vous garantit celle du mien. La femme fait elle-même la qualité de Tamour qu'elle inspire, et l'homme ne lui renvoie, comme un miroir, que les rayons qu'elle a
10 projetés sur lui.
LA DUCHESSE
Eh bien, je vous défends de m'aimer. Vous voilà forcé d'obéir!
LE DOCTEUR
Vous pouvez le défendre non l'empêcher.
LA DUCHESSE
Je vous ai dit que je ne veux pas de l'amour, qu'il 15 m'épouvante, que je le déteste,
LE DOCTEUR
Pourquoi?
LA DUCHESSE
Parce qu'il fait trop souffrir.
LE DOCTEUR
Vous souffrirez plus à lui résister qu'à lui céder. D'ailleurs, évite-t-on la souffrance? ... Je ne veux pas souffrir! C'est comme si Ton disait: «Je ne veux pas respirer!» Alors, on étouffe. La souffrance est la respiration des sentiments. Plus ils sont agités, fouettés et déchaînés, plus ils palpitent et halètent . . . plus ils sont beaux ... et plus on souffre!
LA DUCHESSE
Je souffrirai. C'est entendu. J'ai déjà appris. . . . Mais pas des souffrances de l'amour!
Ce sont les seules qui comptent!
LA DUCHESSE
Double!
LE DOCTEUR
Et puis, si vous bannissez l'amour, du moment que vous n'avez pas la foi, comment vivez-vous? Qu'est-ce qui vous soutient? iS^
LA DUCHESSE
Le désir, ardent, infini, supérieur à toutes les réalisations douloureuses et basses. Je repousse et combats l'amour, mais. . . .