ACTE I, SCÈNE VII
LE DOCTEUR
Vous en avez le désir?
LA DUCHESSE
Certainement.
LE DOCTEUR
Vous êtes perdue!
LA DUCHESSE
Sauvée! Par le désir auquel je me tiens, que je veux 5 garder parce qu'il me garde.
LE DOCTEUR
Mais le désir exclusif, éternel, devient la pire des souffrances. Avoir soif et ne pas boire!
Et n'avoir plus soif après qu'on a bu sans joie! Être désaltéré dès qu'on trempe sa lèvre, mourir de séche-
lo resse et de désillusion près de la fontaine oii l'on brûlait de s'abreuver, d'aspirer le bonheur, et dont l'onde amère ne vous laisse' qu'un goût de larmes! Non! non! Tout, excepté cela! Jamais l'amour ne m'asservira! Le désir est parfois cruel, mais l'amour a un joug. Je
15 ne veux pas de joug!
LE DOCTEUR
Trop tard, madame! . . . Vous le portez, ce joug! '^ous pliez sous son poids. Ces derniers cris sont de
vains appels. . . . Tenez! . . . Vous tremblez! . . . Vous chancelez! . . . vous aimez! Vous m'aimez!
LA DUCHESSE, toute troublée, à voix basse Monsieur! ...
LE DOCTEUR
Vous m'aimez ! Ne dites rien, ne dites pas non. Nous sommes emportés par quelque chose de plus fort que nous, $ qui va plus vite que nos regards et nos paroles. . . . Ne le sentez- vous pasy Depuis un quart d'heure c'est un torrent d'annéesJr . . . de l'irréparable! . . . En cinq minutes nous aVons éprouvé au centuple. . . .
LA DUCHESSE
De nouvelles douleurs! ... lo
LE DOCTEUR
Des joies inconnues! ... Le destin s'accomplit. Ne me repoussez pas, ou vous allez me désespérer.
Laissez-moi, je vous en prie, laissez-moi! . . .
LE DOCTEUR
Dites-moi seulement un mot de douceur, de bonté! . . .
LA DUCHESSE
Je vous ai trop écouté! ... Si j'ai été dure avec 15 vous, pardonnez-le-moi! . . . Laissez-moi partir.