‹ Le duelChapitre 55 sur 102 · ACTE II, SCÈNE IV lOl · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IV lOl

LE DOCTEUR

Pouvez-vous dire alors et m'affirmer que si, dans ce temps-là, on repasse vous interroger aux derniers soirs de la vie, vous ne trouverez pas au fond de vos yeux desséchés des larmes de bile et de sang pour déplorer

5 d'avoir laissé couler et se gaspiller, sans en jouir, Tamour et la jeunesse? Oii seront alors votre orgueil? la vertu? cette volonté? ces scrupules? Vous les maudirez? Trop tard! Gardez-les pour vos cheveux blancs. Et vivez d'abord. . . . Vivez! Aimez! . . .

lo Rien ne vaut cela! Rien! . . .

Vous perdez votre temps. Je ne vous crains plus.

LE DOCTEUR

Ainsi rien ne vous émeut? ne vous ébranle? Vous n'avez pas pitié de moi? de l'amour immense que vous m'avez inspiré?

LA DUCHESSE

15 Je vous en prie, vous me torturez.

LE DOCTEUR

Eh bien, madame, non seulement vous n'avez pas la foi, mais vous n'en avez même pas le désir et l'élan! Votre âme n'obéit qu'à des curiosités de femme et c'est une sorte de perversité mystique et impie qui vous jette

à genoux contre la grille derrière laquelle quelqu'un — qui n'est pas Dieu! — vous écoute et vous plaint!

LA DUCHESSE

. . . Me traite plus durement que vous!

LE DOCTEUR

Oui, pour vous faire revenir! Et vous, c'est votre enchantement de vous accuser de la faute avant même de l'avoir commise! Innocente ou coupable, il vous est si doux de parler du péché! Quand vous dites: « Je l'ai fait ... je ne le ferai plus »... vous le faites encore! Vous le faites toujours! Les mots: «C'est ma faute» ... ne réprouvent pas, ils revendiquent! Et lo tous les mea culpa dont vous vous frappez la poitrine, au lieu d'en arracher l'amour, l'y enfoncent, à coups de marteau! Ainsi, laissez cela ... ne vous obstinez plus. ...

Si. C'est à vous de renoncer. ... i$

LE DOCTEUR

Ou alors . . . prenez garde? ... Je croirai . . . (H la fixe avec intensité.)

LA DUCHESSE

Quoi?

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