ACTE II, SCÈNE IV
LA DUCHESSE
Oui. . . . Mais je ne sais pas comment cela se fait, c'est toujours Dieu le dernier!
Eh non! Puisqu'en cette minute, vous êtes avec moi!
LA DUCHESSE
5 Je suis chez le prêtre.
LE DOCTEUR
Mais il n'est pas là ! Il est à la chasse ! . . . à Taffût d'un mourant! Tandis que nous, nous vivons, nous sommes jeunes, impatients de sentir, de cueillir la joie!
LA DUCHESSE
Parlez pour vous! Moi je veux croire.
LE DOCTEUR
10 Vous croirez plus tard! Et bien mieux!
LA DUCHESSE
En attendant, je ne me laisserai jamais tourmenter par l'amour!
LE DOCTEUR
Mais vous ne faites que cela!
lOO LE DUEL
LA DUCHESSE
Justement! Voyez donc? Vous n'avez rien obtenu de moi, je ne vous ai rien donné, nous ne sommes même plus amis! et parce qu'il a été question, tout à coup, de ce terrible sentiment, voilà que nous sommes comme deux bêtes féroces, que nous nous déchirons? ... Et s ce n'est qu'avant! Que serait-ce pendant? Que seraitce après?
Oh! ne parlez pas d'après? Répondez? Pensez- vous à la mort?
LA DUCHESSE
Souvent. lo
LE DOCTEUR
La mort en général . . . oui ! . . . Il est aisé de dire que nous mourrons tous! Mais à la vôtre, à celle de Marie-Thérèse-Antoinette, duchesse de Chailles, de cette personne qui est là . . . qui est unique et ne vivra qu'une fois — et puis c'est tout! — Y songez- vous la 15 nuit, quand vous ne dormez pas? C'est cela, madame, qui s'appelle: Après! C'est quand vous serez vieille et puis flétrie, et puis dans le tombeau!
LA DUCHESSE
Oh! taisez- vous!