ACTE II, SCÈNE VI
LE DOCTEUR
Tu ne comprends pas?
l'abbé Nullement.
LE DOCTEUR
. . . Alors, si affranchi que tu sois des réalités! tu ne
peux pas ne pas remarquer que cette femme est impres-
5 sionnante ... et douloureuse et belle! ... car tu as
le sentiment de Fart et de la beauté. . , . C'est une
justice à te rendre.
l'abbé Poursuis? Achève?
LE DOCTEUR
... Et brusquement, tu retombes sur terre! . . . 10 L'âme? Où est Tâme? . . . Elle a pris corps! . . . Au vent d'une robe de femme un frisson te passe et tu t'épouvantes d'être homme!
l'abbé
Non, ce n'est pas cela qui m'épouvante, mon ami . . . c'est la monstruosité des moyens déloyaux que tu ne 15 crains pas de ramasser pour arriver, coûte que coûte, à l'assouvissement de ton désir! Voilà ce que l'amour contrarié peut faire commettre à un honnête homme! Car c'est là ce qu'il y a d'affreux. Tu ne penses pas ce que tu dis!
Ii8 LE DUEL
LE DOCTEUR
Je le pense.
l'abbê
Alors, tu es fou! Plus fou que le plus fou de tes malades! Mais non! . . . J'ai percé ton jeu. . • . Tu veux me suggestionner? Sois franc! Tu prétends par tes insinuations gêner mon esprit, dérouter mon s cœur? . . .
LE DOCTEUR
Dans quel but?
l'abbê
Comment? dans quel but? ... Ne fais pas l'innocent? . . . Pour que je perde conscience de ma foi, de mes devoirs . . . que dans ma détresse je n'aie plus lo qu'une idée: fuir cette pénitente maudite qui menace mon honneur, mon repos . . . pour que je l'abandonne, et qu'alors, le lendemain, une fois qu'elle sera seule et à ta merci ... tu la prennes tout à ton aise? Voilà le plan! Et je parierais que tu as dû déjà l'essayer auprès 15 de la duchesse?
LE DOCTEUR
Je n'ai point de si vils calculs. Je dis ce qui est.
l'abbê Non!