‹ Le duelChapitre 63 sur 102 · ACTE II, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VI

moi! Nous nous étions perdus de vue depuis dix ans! Elle, toi et moi, tout nous tenait éloignés, à d'infranchissables distances: condition, fortune, milieux sociaux . . . nous devions mourir s^ns jamais nous ren- 5 contrer! . . . Mais Dieu dirige, et alors tout nous rapproche, tout se précipite! et nous voilà serrés ensemble dans cet étau! ... Eh bien, penses-en ce que tu voudras? Moi je dis que cela est lumineux . . . que cela parle! ... et j'en reste frappé de joie! . . .

LE DOCTEUR

lo Tu te frappes de peu! Mais tu prêches très bien et tu es mûr pour Notre-Dame! Seulement ce n'est pas moi, mon pauvre petit, qui m'illusionne . . • c'est toi!

l'abbé En quoi?

LE DOCTEUR

Tu planes dans les hauteurs du spirituel et tu n'as que 15 l'âme à la bouche! . . . Tu te fatigues à me donner de ta conduite de belles raisons détachées et divines? . , . Tu ne dis pas les vraies!

l'abbé Lesquelles?

LE DOCTEUR

A l'ardeur avec laquelle tu défends trop bien ta 20 pénitente, à l 'espèce d'âpreté jalouse qui saigne à

Ii6 LE DUEL

travers ta plainte ... à ta colère, à ton geste, à ta voix ... il est aisé de sentir le tressaillement d'une passion!

l'abbê Qu'est-ce que tu veux dire?

LE DOCTEUR

Que la cause de la créature t'est aussi chère que celle s du Créateur!

l'abbé Les deux n'en font qu'une.

LE DOCTEUR

D'accord, pour commencer. Mais voici que peu à peu l'amour du Rédempteur passe au second plan et l'intérêt de la pécheresse au premier ... tu te com- lo plais à cette noble lutte. . . . Avant même de ne rien savoir de la personnalité de ta précieuse fidèle tu as cependant déjà conscience d'être en commerce intime et privilégié avec une créature exceptionnelle, d'une intelligence et d'une sensibilité supérieures, et quand, 15 enfin, tu la connais, qu'elle vient ici, lève son voile et que vos deux pâleurs se trouvent face à face! , . . Alors. . . . Ah! . . .

l'abbé Eh bien, quoi?

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