ACTE m, SCÈNE III
LA DUCHESSE
De brusques événements la compliquent. Je traverse une crise terrible. Il faut que je dise à quelqu'un mon trouble et ma persécution.
l'êvêque ^
Parlez.
LA DUCHESSE
5 Le docteur Morey m'aime.
l'êvêque Je le sais.
LA DUCHESSE
Il m'a pressée d'être à lui. J'ai résisté, bien qu'il m'en coûtât. Je l'ai pu, grâce au prêtre qui me dirigeait. Ce prêtre, qu'un hasard m'avait fait rencon- 10 trer . . .
l'êvêque Il n'y a pas de hasard.
LA DUCHESSE
Vous avez raison. Vous le connaissez. C'est l'abbé Daniel.
Le frère du docteur!
LA DUCHESSE
Lui-même. J^ignorais sa parenté jusqu'à ces derniers jours. Ainsi, j'étais à la fois entraînée et retenue, convoitée et protégée par deux hommes qui se trouvaient être deux frères . . .
l'êvêque Ennemis . . • . S
LA DUCHESSE
Ils ne soupçonnaient rien! Et puis tout s'est découvert! Au nom de l'amour humain et divin, ces deux hommes de devoir et de foi contradictoires, ces deux passionnés implacables, ces deux fils d'une même mère se disputaient en une sorte d'inceste, mon corps, mon lo âme, mon bonheur . . . Ils m'écartelaient! Et c'était moi-même qui m'étais niisg dans leurs mains! Vj'aimais l'un, je respectais l'autre.! [je les estimais différemment, j'en avais un égaf enroi, je ne pouvais pas plus me passer de celui qui m'étourdissait par les artifices 15 de l'amour que de celui qui m'initiait aux voluptés du renoncement. ... Je trouvais qu'ils avaient tous les deux raison, tous les deux tort, et je me sentais à jamais leur prisonnière, leur victime, leur obligjée. Je fus terrifiée. 20
l'êvêque, avec une nuance de calme incrédulité A ce point?