‹ Le duelChapitre 72 sur 102 · ACTE III, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE III

Vous allez Têtre aussi. Car vous ne savez rien. Le plus beau n'est pas dit.

L^ÉVÊQUE

Dites-le vite.

LA DUCHESSE

Eh bien . . . inconsolable et furieux de voir que 5 j'échappais à sa conquête, M. Morey n'a pas craint, dans la démence de ses reproches, de mettre en doute l'honorabilité de ma foi, de m'accuser de coquetterie sacrilège, d'aller jusqu'à croire que le désir de Dieu n'était pas seul à me précipiter aux pieds de son repré- 10 sentant.

l'êvêque Alors?

LA DUCHESSE

Je faillis tomber, mourir devant lui de révolte et de honte! Et puis, dans mon âme, l'ivraie des insinuations scélérates a sourdement levé! Bien que je sache,

15 à en être certaine, que le docteur a menti, je frissonne à la seule idée qu'il aurait pu dire vrai. Et s'il avait, par hasard, prévu, devancé l'avenir? Si j'étais sur le point de rouler dans ce gouffre? Ah! alors, ma raison chancelle et me quitte, j'ai peur de tout, des hommes et du

20 ciel, et ma pensée n'arrive pas à se détacher de ce prêtre, noble et pur, que je n'ai pas osé revoir.

l'êvêque Vous n^aimez donc plus M. Morey?

LA DUCHESSE

Si. Mais il n'est plus seul, comprenez-vous? Il a un frère. Dissemblables en tout, ils se ressemblent. Leurs deux voix se mêlent, exprès pour m'égarer. La nuit, elles retentissent et, dans les ténèbres, je les confonds! . . . C'est celui qui m'aime, l'athée, qui me relève, m'absout ... et c'est l'autre qui m'implore avec des mots d'ivresse. . .

l'évêque

N'écoutez pas.

LA duchesse J'entends. xo

l'évêque

Cherchez un refuge,

la duchesse

Dans la chambre de mon mari, peut-être . . . cette chambre oii, sous l'œil interrogateur des portraits de chanceliers, de légats et de maréchaux, leur dernier descendant, une seri^ngue de morphine à la main, parmi des 15 draps tachés de sang, délire à la lueur d'une lampe? Ignominie! Je rentre chez moi, je sanglote, je mords ces mains déchues qui ne savent plus se joindre et j'ap-

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