ACTE III, SCÈNE VI
altérée de joie, de lumière, d'espoir, m'envahit, me soulève toute. . . . Quelle révélation! Eh bien, à présent, je le crie et il faut que vous le sachiez! Jamais je n'ai cessé d'aimer votre frère.
l'abbê
Ah!
LA DUCHESSE
/jamais! quand je croyais le détester, je l'aimais! \ Quand je me repentais . . . jusque sous votre absolu^ — tion! je l'aimais! D'ailleurs, vous aviez raison. Noir ou blanc, le voile n'est pas pour moi! Je n'en suis pas 10 digne. Non! Je ne suis décidément pas une détachée des choses de ce monde. Je ne suis qu'une femme! rien que cela! tout cela! . . . une femme attachée à ses sens et à son cœur, et glorieuse de l'être! Mais . . . non! . . . ah! . . . qu'avez- vous fait?
l'abbé 15 Que voulez-vous dire?
LA DUCHESSE
Qu'à l'instant où je vous suis à jamais reconnaissante de m'avoir restituée à moi-même, j'ai presque envie de vous le reprocher éternellement! Car vous m'avez lancée en plein espoir sans réfléchir qu'il ne pouvait se 20 réaliser. Pendant que vous organisiez l'avenir, j'oubliais le présent. . . . Le réveil! l'amour! Allons donc!
i66 LE DUEL
(Depuis un instant la porte du fond s'est ouverte. Mgr. Bolène et le docteur paraissent.) Je ne sais même plus si votre frère m'aime encore! . . . et je sais que le duc de Chailles vit toujours.
L'abbé, qu'elle regardait, lui fait signe de la main tendue de se retourner et de regarder vers la porte. Elle suit l'indication de son geste, voit l'évêque et le docteur, silencieux, graves. Elle a peur de deviner, devine . . . Au moment où elle va ouvrir la bouche, l'évêque prend la parole.