‹ Le duel; pièce en trois actes (volume 2)Chapitre 40 sur 106 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

parles de duels ! Mais, mon ami, les tiens ne sont que jeux d'enfants et assauts pour rire à côté des miens. Mes duels, à moi, sont autrement acharnés, terribles et affolants que tes attaques et parades d'une heure. Et, dans ma pauvre petite église déserte, je vis mille fois plus que toi dans tes hôpitaux et tes salons pleins.

LE DOCTEUR

Je ne vois pas!...

L'ABBÉ

Regarde mieux! (s© rapprochant.) Écoute, j'ai parmi mes pénitentes une femme dont je peux parler sans le moindre scrupule de conscience. Je ne la connais pas. Je n'ai jamais vu son visage qui est toujours couvert et sa voix de conversation pourrait demain frapper mon oreille que cette voix ne me dirait rien. En effet, tous ces chuchotements de la pénitence, brisés et confidentiels, sont sans personnalité pour

le prêtre qui les entend dans l'ombre. Ils ont beau défiler par centaines, c'est toujours le même homme et la même femme que nous écoutons gémir!...

LE DOCTEUR

Alors, tu dis que ta pénitente ?..•

L'ABBÉ

Elle est mariée, malheureuse et elle aime un autre homme que son mari. Jamais, à cet homme — avec lequel elle est tenue d'avoir, dans le monde, des relations fréquentes — elle n'a laissé soupçonner son amour bien qu'elle se sache aimée de lui. Dix fois, sa passion, comprimée, a été près d'éclater, au point qu'elle est sortie pour courir chez celui qu'elle nommait déjà tout bas son amant et, chaque fois, c'est à mon confessionnal t qu'elle est venue s'abîmer, en pleurs, et d'où elle est repartie victorieuse et rassérénée.

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