‹ Le duel; pièce en trois actes (volume 2)Chapitre 93 sur 106 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

sées odieuses qui sont en train de me devenir presque chères! J'ai beau les chasser, vouloir les balayer, leur crier en dedans de moi-même et des entrailles de ma colère : « Allez-vous-en ! Partez ! Mais partez donc ! » toujours elles reviennent bourdonner dans ma tète, comme les mouches sur le fumier 1

L'ÉVÊQUE

Ou sur les blancheurs ! Elles se plaisent aux deux.

L'ABBÉ

Je sens que cette âme de femme, à laquelle je m'étais dévoué avec une piété de combat, m'échappe, va m'être prise et que celui qui est sur le point de nous la dérober à Dieu et à moi, c'est mon frère ! Si encore c'était un autre! J'en aurais autant de douleur, mais moins d'amertume» Car voilà ce qui est abject à dire et qu'il faut pourtant que j'avoue : l'idée que

x8» LE DUEL

M" 9 de Chailles puisse appartenir à mon frère, non seulement dans la faute, mais même dans le mariage, si tout à coup elle devenait libre?... Ah ! cette idée-là, cette idée me transperce et me tue... elle m'est intolérable!

L'ÉVÊQUB

Pourquoi ? Il faudrait s'en réjouir. Votre frère est-il honnête homme ?

L'ABBÉ

Sans doute ! Comme tout le monde.

L'ÉVÊQUE

Aîme-Wl VL m de Chailles ?

L'ABBÉ, avec effort.

Oui.

L'ÉVÊQUE

En est-il aimé ?

L'ABBÉ, avec colère.

Oui. C'est possible. Cela m'est égal I Qu'ils ne soient pas unis !

L'ÉVÊQUE

Ainsi, vous êtes jaloux ?

L'ABBÉ

Je le suis.

L'ÉVÊQUE

Pauvre enfant!

L'ABBÉ

Mais pas comme vous pourriez le penser. Dans mon attachement à cette créature d'élite, il n'entre, je vous le jure, aucun désir coupable.

L'ÉVÊQUE

Jusqu'à présent?

L'ABBÉ

Non. Malgré les basses tentations que je réprouve, si j'aime trop quelque chose en elle, c'est son âme, fière et troublée, qui grandit et monte dans l'abattement.

C'est elle seule, je vous le jure, que je réclame, que je voudrais au moins garder

IQO LB DUEL

parce qu elle est un peu mon œuvre, l'enfant de ma sévérité, de mon absolution, le trésor de sacrifice et de repentir que j'enrichissais ! Moi seul, ici-bas, je sais ce qu'elle vaut, j'en connais les secrets, les chutes, les relèvements, les beautés splendides et cachées, et je dis que personne ne la mérite ! Donc, il ne la mérite pas.

I/ÉVÊQUB

Pourquoi ?

L'ABBÉ

Parce qu'il la perdra !

L'ÉVÊQUE

A moins qu'elle ne le convertisse I

L'ABBÉ

Il sera le plus fort.

L'ÉVÊQTJE

Elle, la plus patiente. En attendant, vous, il faut rester prêtre.

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