ACTE III
L'ABBÉ
Où donc alors?
L'ÊVÊQUB
Dans les prisons du sacrifice et sous les verrous du devoir. Le devoir de M™ de Chailles est de vivre la vie de la femme, de toute la femtne, et le vôtre la vie du prêtre, et rien de plus.
L'ABBÉ
Soit. J'obéirai. Je resterai l'enfant soumis. Mais autrement! Ce facile habit ne me satisfait plus. Je veux porter alors l'âpre robe du moine, fuir le tumulte des cités, m'ensevelir dans la vallée funéraire d'une trappe, et là, pleurer, lire V Imita" tion 9 m'enivrer de néant, l'œil fixé sur le sablier, m'exténuer de prières en étreignant les tempes d'une tête de mort et, la bêche à la main, creuser ma tombe, à la sueur de mon front.
L'ÉVÊQUB
Égoïste! Voluptueux!
L'ABBÉ
Vous ne le voulez pas?
L'ÉVÊQUE
Non.
L'ABBÉ
Vous ne m'en jugez pas digne ?
L'ÉVÊQUE
Ce n'est pas votre devoir.
L'ABBÉ
Alors... vous partez dans quelques jours pour l'Asie... Emmenez-moi?
L'ÉVÊQUE
Vous?
L'ABBÉ
Ne me laissez pas seul! Arrachez-moi de mes tourments. Vous avez fondé làbas une léproserie ? Vous m'y attache-
rez! Je soignerai les lépreux! J'aimerai leurs ulcères!
L'ÉVÊQUE
Sybarite ! Épicurien !
L'ABBÉ
Emmenez-moi ! Ayez pitié ? J'aurai tous les courages. Comme vous, je me sens capable d'endurer le martyre, le supplice du confesseur!
L'ÉVÊQUE
Mais on ne martyrise plus, mon pauvre petit ! C'était bon dans le temps !
L'ABBÉ
Ce temps peut revenir! Oh! par un jour de triomphant soleil, voir jaillir de partout mon sang, sous le fil des couteaux !
L'ÊVÊQUE
Artiste !
L'ABBÉ
... En chantant le Magnificat]
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; " • ' L'ÉVÊQUE ' • * ^ l
Musicien! Poète!
L'ABBÉ, aéchlttant le genoux.
Emmenez-moi !
. . L'ÉVÊQUE, avec décision.
.* Eh bien, oui!.*. Je vous prends.
* ' ' - L'ABBÉ
Ah! Merci! Ah! '
L'ÉVÊQUB
Mais à: une condition ?
L'ABBÉ
"• Elle e$t acceptée! Tout!
L'ÉVÊQUE
C'est qu'avant de partir, vous reverrez M me de Chailles. ' - " ' , .
L'ABBÉ
C'est là ce que vous me demandez?
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