LA >*I
Vous m'outragez !
LB POCTKt k
C'eût été plus vrai ! pi un humain ! Moins déloyal, surtout! Vous m'accusiez hier de fOOl avoir trompée? Qui donc a manqué de franchise.' Vous me faisiez gratuitement des déclarations d'athéisme et ce faux étalage d'indépendance ne servait qu'à masquer de pauvres petites pratiques religieuses expédiées dans l'ombre, en tremblant, comme une mauvaise action!
Vous vous seriez moins cachée pour aller chez moi ... et c'est la visite à l'église qui devient le rendez-vous! I\n me quittant, l'esprit troublé, la bouche sans paroles, le cœur à moitié investi par l'amour que je m'efforce d'y faire entrer... vous vous et toute chaude encore de
émois et de ces luttes, chez l'homme du paradis, le marchand d'éternité, pour lui raconter l'histoire ! . . . En sa présence, vous retrouvez vos mots... et nos secrets, nos abandons, nos tendresses, nos résistances., vous jetez sans regrets toute cette moisson dans le pli de sa soutane !... Ah ! non ! Jamais je n'aurais cru cela de vous ! Sans doute, j'aurais dû me méfier, quand vous avez, hier, baisé la main de cet évêque ? Il avait vu clair, lui! Moi, j'ai les yeux crevés, je vous aime !... Enfin, en jouant ce double jeu, vous avez commis une profanation, madame! et qui reste inexcusable!... Si vous m'estimiez, vous me deviez la vérité! Il fallait me dire : « Taisez-vous ! J'ai une religion qui me défend de vous aimer. Je ne la quitterai pas pour vous. Quittez-moi! »
LA DUCHESSE
M'eussiez -vous quittée?
II DOCTEUR. g««to ém («U» \mtmim**u LA DL'CH*S»R
Vous vojei bien? Allons! je pensait que vous me connaissiez mieux! Vous nsvez rien compris à la femme que je sais et c'est une nouvelle preuve que vous n'en êtes pas digne Vous me reprochez d'avoir joué une comédie misérable sans songer que ma conduite, qui vous échappe, a peut-être son mystère, set raisons, ses excuses sacrées ? Vous réclames la vérité, je vais vous la dire Pourquoi je ne vous ai pas parlé de mes croyances? Hélas! Et d'abord, c'est que je ne crois pas.
LE DOCTSCR
Vous ne croyez p.»
LA ni'CHE5St
Si j'avais la foi, vous eusse- je écouté ? Je ne l'ai pas. Je l'attends, j«- la veux, j'y
aspire. Et c'est tout! Je vous ai dissimulé les élans de mon âme, dont je ne dois compte à personne, à vous moins qu'à tout autre... je vous ai menti, oui, j'en conviens, parce qu'il ne me plaisait pas de vous faire savoir d'où j'espérais toujours, jusqu'à la suprême minute, un secours... qui ne m'a jamais manqué! Et puis, j'avais deviné que, si je la commettais la faute de vous découvrir ma piété fragile et toute sentimentale, vous en ririez?
LE DOCTEUR
Jamais !
LA DUCHESSE
... Enfin que votre science essayerait de m'entamer par là ?
Qu'elle y réussirait?
LA DUCHESSE
Peut-être.
LE DOCTIt K
Et voilà donc pourquoi voua faisiez leeprù fort ?
LA Dl'CNtS»!
Je croyais que cela me donnait de la force ! Insensée ! Cela m'en retirait ! Et maintenant, plus de mensonge ! Plutôt que de passer 4 vos yeux pour une Cclimène dévote, je préfère me montrer telle que je suis. Tant pis si je me fais du tort! Eh bien, oui, sous ma fierté, je suis faible, tendre, incertaine, ballottée par l'orage de l'amour terrestre a l'amour divin Ils me prennent, me reprennent.. Aucun ne me garde. Mon cœur est l'éternel champ de bataille où, saccagée par eux deux, je suis toujours vainc k je ne cesse pas
de souffrir
LE DOCTIt R
Et c'est pour éviter la souffrance que vous souffrez dix fois plus !
tt
Je vous parais indéchiffrable, odieuse ? Oh ! plaignez-moi ! Je ne m'explique pas moi-même ! Quand je suis avec vous, que je ne veux pas aimer, que je n'aime pas...
LE DOCTEUR
Eh bien ?
LA DUCHESSE
... Par quelle magie de vos regards...
quel sortilège de vos paroles ? Voilà qu'aussitôt, j'oublie tout! et je goûte un alanguissement profond... pareil à ces félicités meurtrières qu'éprouve mon mari dans l'ivresse de la morphine. Et alors, je glisse, je promets, je consens...
LE DOCTEUR
Comme hier !
LA DUCHESSE
Mais vous n'avez pas plutôt disparu de mes sens que ma vertu s'émeut, mon hon-
mur te réveilla! Je court chci le prêtre. Il li faut ! J'y tuit projetée par cet forces mêmes qui, devant voua, me paralysent!
LE DOCTEUR
Et une foit là ?
LA DUC Mr.
C'est la lumière. Elle m'inonde. Je ne tuit plut femme. Lee détirs qui m etreignaient te relâchent et tombent comme des serpents morts. La vérité luit, éclate... Elle est partout! C'est l'air que je respire Je voit le néant des spasmes d'un jour .. et mon cœur se rompt de joie de te retrouver pur!
LS DOCTEUR
Vout ne dites pat la suite ? Le lendemain, vous me recherchez! Je vous reprends! Et c'est le dernier qui parle qui a rai ton.
LA DUCHESSE
Oui... Mais je ne sais pas comment cela se fait, c'est toujours Dieu le dernier !
LE DOCTEUR
Eh non ! Puisqu'en cette minute, vous êtes avec moi !
LA DUCHESSE
Je suis chez le prêtre.
LE DOCTEUR
Mais il n'est pas là ! Il est à la chasse ! . . . à l'affût d'un mourant! Tandis que nous, nous vivons, nous sommes jeunes, impatients de sentir, de cueillir la joie !
LA DUCHESSE
Parlez pour vous ! Moi je veux croire.
Vous croirez plus tard ! Et bien mieux !
t.A DVcmw I n attendant, jr ne me laisserai jamais tourmenter par l'amour |
Lt DOCTKt'k
Mais vous ne faites que cela !