‹ Le duel; pièce en trois actes (volume 3)Chapitre 64 sur 92 · ACTE U IJQ · texte numérisé non relu

ACTE U IJQ

Kines que ta as des droiu sur M— de Outil*?

Certes. Et plus que toi.

LB DOCTEUR

Lesquels?

L'ABBÉ

Ceux qu elle m'a donnes.

LB DOCTIL'fc

Que tu t'es arrogés !

L'ABBÉ

Nullement. Je ne la connaissais pas. Tu le sais bien? Je n'ai pas été la chercher. C'est elle qui est venue a moi, librement. Devais-je la repousser ? Quand un malade va te trouver, tu le soignes ?

LB DOCTEUB

C'est possible , il ne s'agit pas de cela 1 ni de devoir, de morale et de messe! Il

s'agit d'une chose devant laquelle tout se prosterne et tout plie...

L'ABBÉ

De quoi donc ?

LE DOCTEUR

D'amour. Tu ne peux comprendre...

L'ABBÉ

Mai si ! L'amour n'est pas un mot profane...

LE DOCTEUR

Ah? Pardon?... Je croyais...

L'ABBÉ

... C'est un mot profané.

LE DOCTEUR

Comprends donc, alors? Ce n'est pas, comme tu te l'imagines, un caprice de séducteur, la passion charnelle d'un jour que j'ai pour Mme de Chailles, c'est l'amour le plus noble et le plus profond, l'amour de toute ma vie.

l'eu m'importe la qualité de ton amour. Quel qu'il soit, il est coupable. Il ne compte pas pour moi. Est-ce que je te donne les raisons qui m'interdisent de l'écouter ) Je ne te dis pas que je suis prêtre, que cette femme est mariée, qu'il y va de son salut éternel, toutes choses qui te feraient rire ou hausser les épaules Puisque je ne t'inflige pas mes sermons épargne-moi donc tes soupirs.

Lt DOCTIl K

C'est bon, tu n'as plus rien d'humain, je m'en tiendrai au fait. J'aime une femme qui m'aime, que j'aurais obtenue déjà, que j'obtiendrais tout de suite... tu m'en* tends?... s'il n'y avait pas près d'elle quelqu'un qui l'empêche de ae donner a ■loi, quelqu'un qui s'oppose à son bon* heur, au mien, à nos deux fins...

L'ABBÉ

Et ce

quelqu'un...

LE DOCTEUR

C'est toi.

L'ABBÉ

Oui.

LE DOCTEUR

Tu es

donc de trop !

L'ABBÉ

Tue-moi.

LE DOCTEUR

Oh ! Je t'en supplie, ne raille pas. Si, au lieu d'être prêtre et fils de ma mère tu étais, comme tout le monde, un homme à l'honneur susceptible auquel on puisse poser, sur un certain ton, de ces questions qui ne restent pas sans réponse, je t'aurais déjà parlé un autre langage...

Mais tu as endossé un habit qui te met à couvert des injures...

L'ABBÉ

Tu veux dire : qui m'aide à les par* donner ?

Ll DOCTBt'K

. Tu n'as donc rien k craindre de mot !

I VltRft

Ce n'est pas pour mot que je crains.

LB DOCTBl K

C'est pour ta cliente ? Tu as raison. Une dernière fois... es- tu toujours résolu à t' interposer entre mot et M~ de Chai lies ?

L'ABBÉ

Mais plus que jamais !

Lt DOC TE t* K

Prends garde !

L'ABBÉ

Mais oui! N 'écume pas! Sérieusement...

tu as pu penser que, lorsqu'une femme vient se jeter à mes pieds, me dire : « Sau-

vez-moi ! je suis en butte aux persécutions d'un homme qui va me faire commettre une faute irréparable... » tu as pu croire que je n'allais pas d'abord mettre tout mon génie à la protéger ?... et qu'ensuite, si cet homme apprenait la chose, il suffirait qu'il accourût me menacer pour qu'aussitôt je m'avilisse à lui obéir? Ah ! ça ? quelle idée te fais-tu donc de la conscience d'un prêtre et de son caractère?

Tant que cette âme se réfugiera en moi, je la défendrai.

LE DOCTEUR

Eh bien !... de cet instant, je ne te connais plus. Tu deviens mon ennemi mortel ! Je te hais !

L'ABBÉ

Je te plains.

LE DOCTEUR

Tu veux lutter? Nous lutterons !

ou

Tu 10 briseras.

LB DOCTIt K

J apprendrai d'abord à At~ de Chaillcs ce que tu vaux, d'où tu viens... ton passé de libertinage et de vice,., tout ce que tu as apporté en cadeau à ton Dieu, que tu n'aimes pas!... que tu crains I,

L'ABBÉ

Tu commettras là une vilaine action et dont la honte ne rejaillira que sur toi ! La partie n'est pas égale, va!... tu ferais mieux de î'abandonn r

LB DOCTRtR

Oui, l'abbé.

kBBt

C'est 4 la hauteur du but qu'on juge une cause. Moi je n'ai en vue que le salut d'une âme et toi la capture d'un corps.

LE DOCTEUR

Non, j'aime tout en elle.

L'ABBÉ

Et à supposer même que, par force ou ruse, tu l'obtiennes, ce périssable corps... cette pauvre poussière de demain ? qu'en feras-tu ? Réponds ? Lui seras-tu fidèle ? Combien de jours ?... de nuits ?

LE DOCTEUR

Ne t'en mets pas en peine.

L'ABBÉ

Tu rempliras ton égoïste devoir d'amant! et puis tu t'en iras recommencer ailleurs . .

LE DOCTEUR

Jamais !

L'ABBÉ

... Laissant dans le dégoût, l'amertume et l'oubli la malheureuse à laquelle tu

ACTB II 147

garantissais U veille l'éternité de u teo •

Ll DOCTIt K

Tu confonds. Ce n'est pas moi qui joue de l'éternité... C'est toi qui la promets !

L'ABBÉ

Et Dieu qui la tient. Et tu t'imagines que ce crime je vais te laisser le réaliser ? que je te permettrai de ressaisir cette âme qui vient de ai loin, que longuement, au prix de lents efforts, j'ai pu tirer et sortir à moitié des mailles rompues de ton filet ?

ta DOCTEUR

Je ne l'ai pas prise au piège. Elle m'aime !

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