ACTE U IJQ
Kines que ta as des droiu sur M— de Outil*?
Certes. Et plus que toi.
LB DOCTEUR
Lesquels?
L'ABBÉ
Ceux qu elle m'a donnes.
LB DOCTIL'fc
Que tu t'es arrogés !
L'ABBÉ
Nullement. Je ne la connaissais pas. Tu le sais bien? Je n'ai pas été la chercher. C'est elle qui est venue a moi, librement. Devais-je la repousser ? Quand un malade va te trouver, tu le soignes ?
LB DOCTEUB
C'est possible , il ne s'agit pas de cela 1 ni de devoir, de morale et de messe! Il
s'agit d'une chose devant laquelle tout se prosterne et tout plie...
L'ABBÉ
De quoi donc ?
LE DOCTEUR
D'amour. Tu ne peux comprendre...
L'ABBÉ
Mai si ! L'amour n'est pas un mot profane...
LE DOCTEUR
Ah? Pardon?... Je croyais...
L'ABBÉ
... C'est un mot profané.
LE DOCTEUR
Comprends donc, alors? Ce n'est pas, comme tu te l'imagines, un caprice de séducteur, la passion charnelle d'un jour que j'ai pour Mme de Chailles, c'est l'amour le plus noble et le plus profond, l'amour de toute ma vie.
l'eu m'importe la qualité de ton amour. Quel qu'il soit, il est coupable. Il ne compte pas pour moi. Est-ce que je te donne les raisons qui m'interdisent de l'écouter ) Je ne te dis pas que je suis prêtre, que cette femme est mariée, qu'il y va de son salut éternel, toutes choses qui te feraient rire ou hausser les épaules Puisque je ne t'inflige pas mes sermons épargne-moi donc tes soupirs.
Lt DOCTIl K
C'est bon, tu n'as plus rien d'humain, je m'en tiendrai au fait. J'aime une femme qui m'aime, que j'aurais obtenue déjà, que j'obtiendrais tout de suite... tu m'en* tends?... s'il n'y avait pas près d'elle quelqu'un qui l'empêche de ae donner a ■loi, quelqu'un qui s'oppose à son bon* heur, au mien, à nos deux fins...
L'ABBÉ
Et ce
quelqu'un...
LE DOCTEUR
C'est toi.
L'ABBÉ
Oui.
LE DOCTEUR
Tu es
donc de trop !
L'ABBÉ
Tue-moi.
LE DOCTEUR
Oh ! Je t'en supplie, ne raille pas. Si, au lieu d'être prêtre et fils de ma mère tu étais, comme tout le monde, un homme à l'honneur susceptible auquel on puisse poser, sur un certain ton, de ces questions qui ne restent pas sans réponse, je t'aurais déjà parlé un autre langage...
Mais tu as endossé un habit qui te met à couvert des injures...
L'ABBÉ
Tu veux dire : qui m'aide à les par* donner ?
Ll DOCTBt'K
. Tu n'as donc rien k craindre de mot !
I VltRft
Ce n'est pas pour mot que je crains.
LB DOCTBl K
C'est pour ta cliente ? Tu as raison. Une dernière fois... es- tu toujours résolu à t' interposer entre mot et M~ de Chai lies ?
L'ABBÉ
Mais plus que jamais !
Lt DOC TE t* K
Prends garde !
L'ABBÉ
Mais oui! N 'écume pas! Sérieusement...
tu as pu penser que, lorsqu'une femme vient se jeter à mes pieds, me dire : « Sau-
vez-moi ! je suis en butte aux persécutions d'un homme qui va me faire commettre une faute irréparable... » tu as pu croire que je n'allais pas d'abord mettre tout mon génie à la protéger ?... et qu'ensuite, si cet homme apprenait la chose, il suffirait qu'il accourût me menacer pour qu'aussitôt je m'avilisse à lui obéir? Ah ! ça ? quelle idée te fais-tu donc de la conscience d'un prêtre et de son caractère?
Tant que cette âme se réfugiera en moi, je la défendrai.
LE DOCTEUR
Eh bien !... de cet instant, je ne te connais plus. Tu deviens mon ennemi mortel ! Je te hais !
L'ABBÉ
Je te plains.
LE DOCTEUR
Tu veux lutter? Nous lutterons !
ou
Tu 10 briseras.
LB DOCTIt K
J apprendrai d'abord à At~ de Chaillcs ce que tu vaux, d'où tu viens... ton passé de libertinage et de vice,., tout ce que tu as apporté en cadeau à ton Dieu, que tu n'aimes pas!... que tu crains I,
L'ABBÉ
Tu commettras là une vilaine action et dont la honte ne rejaillira que sur toi ! La partie n'est pas égale, va!... tu ferais mieux de î'abandonn r
LB DOCTRtR
Oui, l'abbé.
kBBt
C'est 4 la hauteur du but qu'on juge une cause. Moi je n'ai en vue que le salut d'une âme et toi la capture d'un corps.
LE DOCTEUR
Non, j'aime tout en elle.
L'ABBÉ
Et à supposer même que, par force ou ruse, tu l'obtiennes, ce périssable corps... cette pauvre poussière de demain ? qu'en feras-tu ? Réponds ? Lui seras-tu fidèle ? Combien de jours ?... de nuits ?
LE DOCTEUR
Ne t'en mets pas en peine.
L'ABBÉ
Tu rempliras ton égoïste devoir d'amant! et puis tu t'en iras recommencer ailleurs . .
LE DOCTEUR
Jamais !
L'ABBÉ
... Laissant dans le dégoût, l'amertume et l'oubli la malheureuse à laquelle tu
ACTB II 147
garantissais U veille l'éternité de u teo •
Ll DOCTIt K
Tu confonds. Ce n'est pas moi qui joue de l'éternité... C'est toi qui la promets !
L'ABBÉ
Et Dieu qui la tient. Et tu t'imagines que ce crime je vais te laisser le réaliser ? que je te permettrai de ressaisir cette âme qui vient de ai loin, que longuement, au prix de lents efforts, j'ai pu tirer et sortir à moitié des mailles rompues de ton filet ?
ta DOCTEUR
Je ne l'ai pas prise au piège. Elle m'aime !