‹ Le duel, pièce en trois actes (volume 4)Chapitre 110 sur 118 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

L'ABBÉ

Mais, hier, c'était moi l'inconnu ?

LA DUCHESSE

Oui. Aussi c'est un malheur que vous ayez cessé de l'être.

L'ABBÉ

Ou un bonheur. Écoutez-moi, madame?

Écoutez-moi avec une attention virginale, immatériellement, du meilleur et du plus angélique de vous-même, d'aussi loin de moi que vous en êtes près, de toute l'énergie de votre être détaché du mal, tendu et braqué vers le bien. Oubliez que cette voix est ma voix méprisable et terrestre, celle de mon corps, appliquez-vous loyalement à vouloir que ce soit ma voix spirituelle, celle qui ne peut mentir, celle qu'anime, en ce moment, un souffle inespéré.

LA DUCHESSE

Je vous écoute ainsi.

L'ABBÉ

Dans notre vie étrange, il y a parfois des minutes inattendues et décisives, souveraines sans que Ton puisse dire pourquoi !... On le sent, voilà tout ! des minutes fulgurantes qui jettent sur nos destinées une lueur d'éclair, comme ces météores qui éclatent de loin en loin dans le ciel et dont nul ne sait ce que signifie leur pourpre, si c'est un cataclysme ou une apothéose? Eh bien, j'ai dans l'idée que, nous deux, nous nous trouvons à une de ces minutes-là!

LA DUCHESSE

Je le crois comme vous .

L'ABBÉ

Il faut que ce soit une apothéose I C'est pourquoi je voudrais... Mon Dieu !...

madame... comment vous dire cela? Où vais-je bien aller trouver... les mots choisis, les mots d'or pur, de diamant, les

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