ACTE III
mots immaculés qui soient dignes de nous ? Tout ce que vous êtes , tout ce que vous valez, je le sais et moi seul le sais. Vous avez ouvert, pour que j'y lise, le livre d'heures de vos pensées... je ne suis pas inquiet de vous ni de votre avenir, mais je voudrais cependant, pour être pleinement rassuré, qu'avant que nous nous séparions, vous me disiez, vous m'affirmiez que vous êtes à cet instant même en absolu repos, calme comme un lac. Au fur et à mesure que je suis là, que je vous parle, que je m'entraîne à vous entraîner vers la lumière, je me sens de plus en plus dans cet état glorieux de grâce voulue et enfin conquise où l'on se domine, où l'on franchit les choses humaines, où l'on touche haletant aux sublimes glaciers que l'on croyait inaccessibles, car nous ignorons toujours la portée de nos élans et ne soupçonnons pas les sommets que nous pouvons atteindre ! Eh bien, dites-moi que
vous aussi, au fur et à mesure que vous m'entendez, vous me comprenez, vous ▼ous apaisez, dites-moi que nos deux âmes sont actuellement maîtresses totales de nous-mêmes, qu'elles ont chassé le troupeau des sens, qu'elles nous inondent, nous transfigurent, qu'il n'y a plus qu'elles de vivantes et que c'est la mienne qui vous verse à boire et la vôtre qui se désaltère ?
dites-le moi?
LA DUCHESSE
Je vous le dis.
L'ABBÉ
Je suis heureux. Je voudrais tant votre bonheur !
LA DUCHESSE
Merci. Mais vous allez partir et j'ai un conseil, le dernier, à vous demander.
L'ABBÉ
Parlez.