‹ Le duel, pièce en trois actes (volume 4)Chapitre 30 sur 118 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

enfant pervers. Mon père, homme d'argent, athée, excusait mes défauts et me choyait pour mon irréligion, tandis qu'il se montrait d'une froideur hostile envers mon frère Henri.

LÉVÊQUE

Le docteur?

L'ABBÉ

Oui, qui était alors — c'est étrange ! — d'une excessive dévotion. De là naquit entre nous une espèce de rivalité jalouse qui ne fit que grandir. L'esprit de guerre est entre nous.

L ÉVÊQUE

Oui, c'est le mot d'Euripide : Ka)*ei?oi tcoXejaoi Y a P aSeXwv. Les guerres de frères sont terribles!

L'ABBÉ

J'ai souvent essayé d'aller à lui, toujours il s'est écarté de moi. Et chaque

fois, je l'avoue aussi, qu'il m'a fait une avance, irrésistiblement je l'ai mal accueillie ou repoussée. Enfin, quand je suis revenu à Dieu... il s'en est détaché!

Il y a des moments où je me suis sérieusement demandé si ce n'était pas ma conversion qui l'avait rendu impie ou le désastre de sa foi qui avait suscité la mienne.

L'ÉVÊQUE

Peu importe !

L'ABBÉ

Mon père irrité, rendu fou de chagrin par ma vocation, me ferma sa porte, en me défendant de déshonorer son nom dans le clergé!... C'est alors que j'ai pris ce nom d'abbé Daniel sous lequel tout le monde, et vous-même, monseigneur, m'avez connu jusqu'ici. Mon frère suivit sa voie, moi la mienne, et, sauf à l'enterrement de ma mère, nous ne nous sommes pas revus.

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