ACTE PREMIER
L'ÉVÊQUE
Comment cela ?
Pour que je daigne bien prier Dieu, il faut qu'il soit crucifié dans un heureux mouvement au fond de quelque tragique retable du quinzième; les vols d'hirondelle font partie de mon goût des clochers, et, en admirant la splendeur du vitrail, j'oublie la décollation du martyr.
La voix des orgues m'amollit, les chants liturgiques me distraient de leurs sévères paroles latines, l'encens m'est un parfum profane, enfin, les exaltations de mon âme sont toujours fiévreuses, exemptes de gratitude et de sérénité. J'aime Dieu païennement!
L'ÉVÊQUE
On l'aime comme on peut! Mais qui est-ce qui vous a décidé à venir aujour-
d'hui chez ce frère avec lequel vous n'êtes plus en rapport depuis si longtemps ?
L'ABBÉ
J'ai deux services à lui demander que lui seul peut me rendre. Une force m'a poussé. Je suis venu sans le prévenir, au hasard de la rencontre. Qui sait! Peutêtre est-ce aujourd'hui, tout à l'heure, que nos cœurs vont s'aborder, trouver les mots... s'ouvrir?
L'ÉVÊQUE
Oui, oui, je l'espère!... Je m'en vais vite, vous viendrez me voir?...
L'ABBÉ
Où cela, monseigneur?
L'ÉVÊQUE
A la maison des franciscains, rue de Varenne. J'y serai à partir *de demain.
C'est un vieil hôtel du siècle passé. Il y a des arbres qui ont verdi sous la Révolu-