‹ Le duel, pièce en trois actes (volume 4)Chapitre 53 sur 118 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

LE DOCTEUR

Mais le désir exclusif, éternel, devient la pire des souffrances. Avoir soif et ne pas boire !

LA DUCHESSE

Et n'avoir plus soif après qu'on a bu sans joie ! Être désaltéré dès qu'on trempe sa lèvre, mourir de sécheresse et de désillusion près de la fontaine où Ton brûlait de s'abreuver, d'aspirer le bonheur, et dont l'onde amère ne vous laisse qu'un goût de larmes ! Non ! non ! Tout, excepté cela! Jamais l'amour ne m'asservira! Le désir est parfois cruel, mais l'amour a un joug. Je ne veux pas de joug !

LE DOCTEUR

Trop tard, madame!... Vous le portez, ce joug! Vous pliez sous son poids. Ces derniers cris sont de vains appels... Tenez!... Vous tremblez!... Vous chancelez !... vous aimez ! Vous m'aimez !

LA DUCHESSE, toute troublée, à voix basse,

Monsieur!...

LE DOCTEUR

Vous m'aimez ! Ne dites rien, ne dites pas non. Nous sommes emportés par quelque chose de plus fort que nous, qui va plus vite que nos regards et nos paroles...

Ne le sentez-vous pas ? Depuis un quart d'heure c'est un torrent d'années!... de l'irréparable!... En cinq minutes nous avons éprouvé au centuple...

LA DUCHESSE

De nouvelles douleurs!...

LE DOCTEUR

Des joies inconnues !... Le destin s'accomplit. Ne me repoussez pas, ou vous allez me désespérer.

LA DUCHESSE

Laissez-moi, je vous en prie, laissezmoi ! . . .

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