ACTE II
LE DOCTEUR
Et voilà donc pourquoi vous faisiez l'esprit fort ?
LA DUCHESSE
Je croyais que cela me donnait de la force ! Insensée ! Cela m'en retirait ! Et maintenant, plus de mensonge ! Plutôt que de passer à vos yeux pour une Célimène dévote, je préfère me montrer telle que je suis. Tant pis si je me fais du tort!
Eh bien, oui, sous ma fierté, je suis faible, tendre, incertaine, ballottée par l'orage de l'amour terrestre à l'amour divin. Ils me prennent, me reprennent... Aucun ne me garde. Mon cœur est l'éternel champ de bataille où, saccagée par eux deux, je suis toujours vaincue... et je ne cesse pas de souffrir.
LE DOCTEUR
Et c'est pour éviter la souffrance que vous souffrez dix fois plus !
LA DUCHESSE
Je vous parais indéchiffrable, odieuse ?
Oh ! plaignez-moi ! Je ne m'explique pas moi-même ! Quand je suis avec vous, que je ne veux pas aimer, que je n'aime pas...
Eh bien ?
LA DUCHESSE
... Par quelle magie de vos regards...
quel sortilège de vos paroles ? Voilà qu'aussitôt, j'oublie tout! et je goûte un alanguissement profond... pareil à ces félicités meurtrières qu'éprouve mon mari dans l'ivresse de la morphine. Et alors, je glisse, je promets, je consens...
LE DOCTEUR
Comme hier !
LA DUCHESSE
Mais vous n'avez pas plutôt disparu de mes sens que ma vertu s'émeut, mon hon-