ACTE III
je me suis vu, tel que j'étais, toujours corrompu, même après des années de limpidité. Quand ils évoquent le début de leur vie, presque tous les hommes se retrouvent meilleurs... Moi, c'est le contraire. Si je me retourne vers mes vingt ans, ils ne m'inspirent que répulsion et je n'ai pas un souvenir capable de mouiller mes yeux. Voilà mon passé !
L'ÉVÊQUE
J'ai pourtant présentes et vivantes comme au premier jour vos ardeurs idéales quand vous avez revêtu cet habit que vous parlez de rejeter !
L'ABBÉ, ayec un geste évasif et froid.
Quelles ardeurs ?
L'ÉVÊQUE
Vous avez pu les oublier ?
L'ABBÉ
Je ne peux plus les ressentir.
L'ÉVÊQWE
Réveillez-les.
Elles sont mortes.
L'ÉVÊQUjE
Ce passé-là ne meurt pas. C'est le seul qui compte.
L'ABBÉ
Mais non J j'étais bien plus coupable, je me forçais, je n'avais pas la foi.
L'ÉVÊQUE
Ce n'est pas vrai! Vous l'aviez! Souvenez-vous? Quand je vous apprenais à lire les Évangiles ?
L'ABBÉ
Sous les grands arbres du séminaire.
L'ÉVÊQUE
... Et que, le livre fermé, nous rêvions ensemble de Palestine, aux lueurs du