ACTE n, SCÈNE VI II
sière de demain? qu'en feras-tu? Réponds? Lui seras-tu fidèle? Combien de jours? ... de nuits?
LE DOCTEUR
Ne t'en mets pas en peine.
l'abbé
Tu rempliras ton égoïste devoir d'amant! et puis tu S t'en iras recommencer ailleurs. . . .
LE DOCTEUR
Jamais!
l'abbé
. . . laissant dans le dégoût, l'amertume et l'oubli la malheureuse à laquelle tu garantissais la veille l'éternité de ta tendresse.
10 Tu confonds. Ce n'est pas moi qui joue de l'éternité. . . . C'est toi qui la promets!
l'abbé
... Et Dieu qui la tient. Et tu t'imagines que ce
crime je vais te laisser le réaliser? que je te permettrai
de ressaisir cette âme qui vient de si loin, que longue-
15 ment, au prix de lents efforts, j'ai pu tirer et sortir à
moitié des mailles rompues de ton filet?
LE DOCTEUR
Je ne l'ai pas prise au pi^e. £De m'aime!
l'abbê
Tu t'illusîonnes! Non, ce qui, au fond, t'irrite et tliumilie et te fait déliier, je vais te le dire, c'est que je sois ton frère! Voilà le drame!
LE DOCTEUK
Cela ne te fait donc rien que je sois le tien? 5
l'abbé
Nullement. Dans un parefl conflit, veux-tu me dire ce que ça pèse? Mais je marcherais sur mon père! . . .
LE DOCTEUR
C'est beau, la religion!
. . . Nous sonmies frères? Après? Tant pis! . . . ou tant mieux! C'est bien fait! Ah! tu es athée? tu es 10 savant? Tu ne crois pas aux mirades? et sans doute tu as quelquefois ricané: «J'en demande un?» Tu es exaucé. Il y a id, à Paris, des centaines de prêtres. . . . Le seul que n'aurait pas dû découvrir M°** de Chailles, c'est celui-là même que, sans le vouloir, sans le savoir, 15 elle discerne et choisit! . . . celui qui, prédsément, se trouve, entre tous, le mieux placé pour l'arracher à l'homme qui la convoite. . • . son propre frère . • •