VINCENNES
Tout le monde — à Paris du moins — a ouï parlé de TÉcole militaire de gymnastique de Vincennes, Joinville-le-Pont, la Faisanderie, comme vous voudrez. On sait que c*est là que l'armée se pourvoie des Professeurs et des Moniteurs qui doivent répandre et conserver, tout à la fois, les bonnes et saines traditions; mais ce que l'on connaît peu ou point du tout, c'est cette importante
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division de FEscrime qui pourrait s'appeler : rÉcole normale supérieure d'escrime de l'armée.
Ce n'est que depuis la guerre que TEscrime a conquis sa nouvelle situation. Autrefois à l'École, la Gymnastique et l'Escrime c'étaient tout un. Les régiments prenaient partout où ils les rencontraient leurs maîtres et leurs prévôts. Chacun avait sa théorie, sa méthode, son enseignement; tant mieux quand c'était raisonné, tant pis quand la fantaisie individuelle se donnait libre cours.
Tout cela a été changé. On a compris que l'Escrime méritait mieux que cela, et on a décidé qu'il y aurait unité dans l'enseignement ; partant, une sorte d'académie où se composerait le véritable dictionnaire d'escrime devant seul avoir force de théorie dans l'armée.
Cette Académie a sa coupole en plein camp de Saint-Maur, au grand air, et les futurs immortels de i'Escrime militaire, eux, n'ont pour étaler leurs palmes et abriter leur gloire que des baraques en planches I Ils sont là
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huit cents sous le commandement d'un capitaine et d'un sous-lieutenant, relevant du chef de bataiHon, commandant TÉcole de la Faisanderie:
Ces huit cents hommes sont envoyés par les régiments. L'infanterie a trois délégués par régiment; la cavalerie, l'artillerie^, le train, deu:t. La durée du cours est de six mois. Au bout de ce temps, il est fait un choix; chaque régiment laisse un seul candidat qui suit un second cours de six mois.
 la fin de Tannée, à la suite d'un examen, quarante sujets sont choisis; ils ont alors titre et rang de Moniteur, et prolongent de six mois leur séjour à l'École. Avant d'aller rejoindre leurs régiments, ils passent de nouveau un examen pour l'emploi de Chef de salle pour lequel vingt places sont ouvertes. Les Chefs de salle complètent la seconde an* née et sont placés dans les vacances ou se tiennent à la disposition du Ministère dans tours régiments respectifs avec le titre de Maître-adjoint.
. MONITEURS GENERAUX DE l'eCOLE. -« IlS SOût
quatre.
Ce sont de forts et brillants tireurs*
OFFICIERS. — Les officiers, chargés de préserver Tescrime dans Tarmée de tout contact impur, sont au nombre de trois :
Le Commandant de l'École qui centralise les deux pouvoirs, Gymnastique et Escrime,
Le poste est délicat, car il y a rivalité. La Gymnastique, il n'y a pas longtemps encore, voulait que l'Escrime ne fût considérée que comme un exercice relevant d'elle et non.
comme un art complètement distinct.
Cette bizarre prétention, qui est une véritable hérésie, avait trouvé faveur près de Tautorité supérieure, c'est pourquoi les ofQciers chargés spécialement de l'enseignement de l'escrime étaient pris parmi les ofliciersprofesseurs de gymnastique, sans qu'il leur soit demandé d'autres précédents. Qu'est-il arrivéainsi ?— Que ces messieurs tout dévoués à la Gymnastique lui ont sacrifié l'Escrime.
Ils ont cherché à l'assimiler par tous les
moyens en leur pouvoir. Us ont imaginé les mouvements d'ensemble, Tescrime en bloc, les assauts par compagnie, toute une théorie aussi malencontreuse que pernicieuse pour l'armée. L'opinion publique s'en est émue,.
La presse jeta les hauts cris, et certain jour nous avons appris que TËscrime, dite simultanément, avait vécu dans l'armée!...
Aujourd'hui, le commandement de l'École est confié à M. Ganonnier.
Cet officier supérieur a compris de prime abord les erreurs du passé. Il a vu que l'escrime militaire était sur une pente fatale qui menaçait de l'engloutir. Il a voulu qu'on lui rendit son prestige, son indépendance, que l'art si noble de tenir une épée ne fût plus désormais confondu avec l'exercice des barres parallèles ou du cheval de bois.
Mais, pour cela, il lui fallait un homme d'épée et non un officier de gymnastique.
Ils ne sont pas, hélas ! communs dans l'armée les hommes d'épée. Oh ! je le sais, on la tire du fourreau avec une crâne désinvolture et sa pointe acérée ne provoque qu'un
sourire sur les lèvres du combattant. Mais de là à en avoir fait une étude approfondie — et il faut .dix années consécutives pour cela — il y a loin.... comme souvent de la coupe aux lèvres.
...Enfin, on le trouva. Ce fut une salle d'armes de Paris qui procura le phénix.
Il appartenait à la cavalerie. On en prit bien un peu ombrage dans certains bureaux du ministère favorables à l'infanterie ; mais la presse s'empressa d'applaudir, le général de Geslin se prononça et le capitaine Dérué, du 4* dragons, fut nommé capitaine commandant l'Escrime à l'École militaire de Yincennes.
Celui-là^ si vous êtes un habitué des assauts publics, vous le connaissez ; nous le connaissons tous. Il est convaincu, il est à la foi le chauvinisme, le fanatisme poussés jusqu'à la troisième puissance. Parlez-lui de l'escrime^ il s'enthousiasme ; parlez-lui d'autre chose, il ramène tout doucement la conversation sur Tescrime. U en rêve, il en a le cauchemar, il en perd le sommeil...
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Le capitaine Dénié est secondé par un sous-lieutenant, M. Lagouarde.
QUELQUES MODIFICATIONS. — TOUt OSt dOUC
pour le mieux actuellement à l'École normale supérieure d'escrime de Yincennes.
Toutefois, il me semble qu'il y aurait profit à introduire dans Torganisalion de rÉcole les quelques modifications suivantes, qui, je me hâte de le dire, me sont toutes personnelles :
Réduction du nombre de sujets envoyés par les régiments : deux hommes par régiment d'infanterie et un par régiment de cavalerie et autres, ce serait suffisant et porterait à 400 au lieu de 800 le contingent de l'École d'escrime.
Conserver ces sujets trois ans : un an comme élève, un an comme moniteur et un an comme chef de salle. Alors ceux qui auraient mérité le brevet de chef de salle resteraient hors cadre, à la disposition des colonels des régiments.
Les Moniteurs généraux resteraient quatre
ans comme titulaires et seraient envoyés ensuite dans les Écoles militaires, ou même ils alterneraient avec leurs collègues placés dans un emploi de confiance, équivalant au leur.
PBOVIMCE
Les villes 'de province ou Tescrime est le plus en honneur sont : Bordeaux, Lyon Nantes, Lille, Le Havre, Montpellier.
Bordeaux
Cette ville possède un Cercle d'escrime très-fréquenté où a professé Vigeant et où professe actuellement Chavet.
L'escrime est très-goûtée à Bordeaux.
Les principales Salles sont :