ACTE I, SCÈNE II
JUSTIN
Nous ne faisons pas autre chose ici!...
VIRGINIE
Tanlôt il faut prendre un air étonné, comme si Ton tombait de la lune, quand un créancier se présente ici. — « Comment, monsieur, vous ne savez pas?. . — Non. — Monsieur Mercadet est parti pour Lyon. — Il est allé?... — Oui, pour une affaire superbe; il a découvert des mines de charbon de terre. — Ah! tant mieux. Quand revient-il? — Mais nous l'ignorons! » Tantôt je compose mon air comme si j'avais perdu ce que j'ai de plus cher au monde...
Justin (à part).
Son argent.
VIRGINIE
— « Monsieur et sa fille sont dans un bien grand chagrin. Madame Mercadet, pauvre dame, il paraît que nous allons la perdre, ils l'ont conduite aux eaux... — Ah! »
THÉRÈSE
Moi, je n'ai qu'une manière. — « Vous demandez monsieur Mercadet? — Oui , mademoiselle. — »I! n'y est pas. — Il n'y est pas? — Non; mais si
monsieur vient pour mademoiselle. . . Elle est seule ! » Et ils se sauvent! Pauvre mademoiselle Julie, si elle était belle, on en ferait... quelque chose.
JUSTIN
C'est qu'il y a des créanciers qui vous parlent comme si nous élions les maîtres.
VIRGINIE
Mais que gagne-t-on donc à se faire créancier? Je les vois tous ne jamais se lasser d'aller, venir, guetter monsieur et rester des heures entières à l'écouter.
JUSTIN
Un fameux métier! Ils sont tous riches.
THÉRÈSE
Mais ils ont cependant donné leur argent à Monsieur qui ne le leur rend pas?
VIRGINIE
C'est voler, ça!
JUSTIN
Emprunter n'est pas voler. Virginie, le mot n'est pas parlementaire. Ecoutez! Je prends de l'argent dans votre sac, à votre insu, vous êtes volée. Mais si je vous dis : — « Virginie, j'ai besoin de cent