ACTE I, SCÈNE II
sous, prêtez-les moi? » Vous me les donnez, je ne vous les rends pas , je suis gêné , je vous les rendrai plus tard ; vous devenez ma créancière! Comprenez-vous, la Picarde?
VIRGINIE
Non. Si je n'ai mon argent ni d'une manière ni d'une autre, que m'importe! Ah! mes gages me sont dus, je vais demander mon compte et faire régler mon livre de dépense. Mais c'est que les fournisseurs ne veulent plus rien donner sans argent. Et donc je ne prête pas le mien.
THÉRÈSE
J'ai déjà dit deux ou trois insolences à madame, elle n'a pas eu l'air de les entendre!...
JUSTIN
Demandons nos gages?
VIRGINIE
Mais est-ce là des bourgeois? Les bourgeois, c'est des gens qui dépensent beaucoup pour leur Cuisine...
JUSTIN
Qui s'attachent à leurs domestiques...
VIRGINIE
Et qui leur laissent un viager! Voilà ce que doi-
vent être les bourgeois, relativement aux domeslitiques...
THÉRÈSE
Bien dit, la Picarde! Eh bien! moi, je ne m'en irai pas d'ici. Je veux savoir comment ça finira, car ça m'amuse ! Je lis les lettres de mademoiselle, je tourmente son amoureux, ce petit Minard qu'elle va sans doute épouser ^ elle en aura dit quelque chose à son père. On a commandé des robes, des bonnets, des chapeaux, enfin des toilettes pour madame et pour sa fille; puis, hier, les marchands n'ont rien voulu livrer,
VIRGINIE
Mais s'il y a un mariage, nous aurons tous des gratifications , il faut rester jusqu'au lendemain des noces.
JUSTIN
Croyez-vous que ce soit à ce petit teneur de livres, qui ne gagne pas plus de 1,800 francs, que Monsieur Mercadet mariera sa fille? (Justin lit les journaux.)
THÉRÈSE
J'en suis sûre! Ils s'adorent. Madame, qui sort tous les soirs sans sa fille, ne se doute pas de cett,e