ACTE III, SCENE V
Oh! le jeu n'est une ressource certaine que pour certains chevaliers, et je ne suis pas assez fou pour risquer le déshonneur contre quelques gains qui, toujours, ont leur terme. La publicité, mon cher, a perdu toutes les mauvaises carrières où jadis on faisait fortune. Donc, sur cent mille francs d'acceptations, l'usure ne me donnerait pas dix mille francs argent. Pierquin m'a renvoyé à un sous-Pierquin, un petit père Violette, qui a dit à mon courtier que ce serait acheter des timbres trop cher... Mon tailleur se refuse à comprendre mon avenir... Mon cheval vit à crédit. Quant à ce petit malheureux si bien vêtu, mon tigre, je ne sais pas comment il respire ni où il se nourrit. Je n'ose pénétrer ce mystère. Or, comme nous ne sommes pas assez avancés en civilisation pour qu'on fasse une loi semblable à celle des Juifs, qui supprimait toutes les dettes à chaque demi-siècle, il faut payer de sa personne. On dira de moi des horreurs... Un jeune homme, très compté parmi les élégants, assez heureux au jeu, de figure passable, qui n'a pas vingthuit ans, se marier avec la fille d'un riche spéculateur... laide, dis-tu?...
MÉR1C0URT.
Comme ça!...
C'esi un peu leste! mais je me lasse de la vie fainéante... Je le vois! le plus court chemin pour
amasser du bien, c'est encore de travailler!
Mais... notre malheur, à nous autres, est de nous sentir aptes à tout et de n'être en définitive bons à rien! Un homme comme moi, capable d'inspirer des passions et de les justifier, ne peut pas être commis ni soldat. La société n'a pas créé d'emploi pour nous. Eh bien! je ferai des affaires avec Mercadel. C'est un des plus grands faiseurs. A nous deux, nous remuerons le monde commercial. Tu es bien sur qu'il ne peut pas donner moins de cent cinquante mille francs à sa fille?
MÉKICOURT.
Mon cher, d'après la tenue de madame Mercadet... enfin... tu la vois à toutes les premières représentations, aux Bouffes, à l'Opéra, elle est d'une élégance J...
DELA BùIVE.
Mais je suis assez élégant, et je n'ai...
MÉKICOURT.
C'est vrai, mais vois tout annonce ici l'opulence. Oh ! ils sont très bien !