ACTE III, SCÈNE V
n'écrivent point. Les uns, les rédacteurs, sont les chevaux qui traînent la voiture; les autres, les propriétaires, sont les entrepreneurs ; ils donnent aux uns de l'avoine, et gardent les capitaux. Je serai propriétaire. On se pose dans sa cravate! On dit : — «La question d'Orient... question très grave, question qui nous mènera loin et dont on ne se doute pas! » On résume une discussion en s'écriant : — « L'Angleterre, monsieur, nous jouera toujours! » Ou bien on répond à un monsieur qui a parlé longtemps et qu'on n'a pas écouté : — «Nous marchons à un abîme. Nous n'avons pas encore accompli toutes les évolutions de la phase révolutionnaire! » A. un ministériel : — « Monsieur, je pense que sur celte question il y a quelque chose à faire. » On parle fort peu, on court, on se rend utile, on fait les démarches qu'un homme au pouvoir ne peut pas faire lui-même... On est censé donner le sens des articles... remarqués!... Et puis, s'il le faut absolument... eh bien! l'on trouve à publier un volume jaune sur une utopie quelconque, si bien écrit, si fort, que personne ne l'ouvre, et que tout le monde dit l'avoir lu! On devient alors un homme sérieux, et l'on finit par se trouver quelqu'un au lieu d'être quelque chose !
MÉR1C0URT.
Hélas! ton programme a souvent eu raison de notre temps.
Mais nous en voyons d'éclatantes preuves! Pour vous appeler au pariage du pouvoir, on ne vous demande pas aujourd'hui ce que vous pouvez faire de bien, mais ce que vous pouvez faire de mai ! Il ne s'agit pas d'avoir des talents, mais d'inspirer la peur! On est très craintif en politique, à cause des tas de linge sale qu'on a dans des petits coins, et qu'on ne peut pas blanchir... Je connais parfaitement notre époque. En dînant, en jouant, en faisant des dettes, je faisais mon cours de droit politique; j'étudiais les petits coins : aussi, le lendemain de mon mariage, aurai-je un air grave, profond, et des principes ! Je puis choisir. Nous avons en France une carte de principes aussi variée que celle d'un restaurateur. Je serai socialiste. Le mot me plaît. A toutes les époques, mon cher, il y a des adjectifs qui sont le passe-partout des ambitions! Avant 1789, on se disait économiste; en 4805, on était libéral. Le parti de demain s'appellera social, peut-être parce qu'il est insocial : car, en France, il faut toujours prendre l'en vers du mot pour en trouver la vraie signification !...