SCÈNE PREMIÈRE
• BASTIEN
Oh ! mais, il faut chanter plus gaiement que ça. Vous allez voir. A nous deux, Babet. (On se lève de table.)
5 e COUPLET.
BABET et BASTIEN.
Sans avoir d’autre recette,
Tout le jour notre savant Vit tomber dans sa pochette Pièce ronde et croix d'argent;
Car Nanon, Rose et Louise,
Marguerite avec Jenny,
Et Nicette avec Denise Voulurent entendre aussi !
Allons, mes fillettes,
Gentes bergerettes,
Voici le devin.
Voyons votre main.
Je prédis aux belles Tendres et fidèles Que leur doux ami Sera leur mari!...
Un mari Bien genti;
Son ami Pour mari,
Est- il rien plus joli?
On reprend à quatre voix.
Un mari Bien genti, etc.
( Ritournelle pendant laquelle Bastien et Babet rangent ta table contre le mur, à droite. Les deux flambeaux restent dessus.)
le bailli, gaiement, à Bastien et Laurelte.
A merveille, mes enfants ; et votre chanson était de circonstance le soir même de vos fiançailles. Je suis enchanté de mon souper et de mon ouvrage. N’oubliez jamais, ma gentille Laurette, que j’ai fait votre bonheur. Votre tante la meunière était avare, méchante et vous laissait languir au village sans s’occuper de vous et sans vouloir vous donner asile, elle n’est plus de ce monde et vous a laissé, bien à contre cœur, un héritage fort agréable et que j’ai recueilli pour vous. J'ai voulu, dès ce soir, vous installer dans votre joli moulin sur les frontières de la Navarre et de nos belles Pyrénées. Prenez-en possession.
Passez -y paisiblement la nuit avec Babet que voilà, fidèle servante que je vous ai choisie ; et demain, mon enfant, nous irons à la chapelle de l’ermite ; voici un joli garçon qui vous ramènera en vous appelant sa petite femme, et qui m’a promis d’ôtre pour vous un vaillant et fidèle garde-moulin.
BASTIEN
Et je n’en veux pas d’autre. Toute la besogne de la maison ne regardera que moi.
BABET
Ah ! oui, joliment. Un paresseux qui venait me voir sur la montagne quand j’y gardais les chèvres du village, et qui s’endormait toute de suite au grand soleil.
LE BAILLI
Taisez-vous, Babet, et allez donner un picotin d’avoine à ma mule, avant de l’atteler à la carriole qui doit nous transporter au château.
LAURETTE
Celte visite est donc bien nécessaire, monsieur le Bailli ?
LE BAILLI
Indispensable! L’usage veut que nous allions rendre hommage à Monseigneur. Il vous attend pour apposer sa signature sur votre contrat de mariage que voici, et pour vous faire son présentde noces. Allons, il faut nous presser : j’ai vu tout-à-l’heure un éclair, et nous pourrons bien avoir de l’orage.
Mais, mon parrain, il n'y a, tout au plus, que deux places dans votre carriole.
LE BAILLI
Sans doute. Tu iras au château de ton pied gaillard par le sentier de la colline qui raccourcit d’un quart-d’heure. Babet, dépêchons-nous.
BABET
Et vous allez me laisser comme ça, par la nuit close, toute seule dans ce moulin et malgré toutes les horribles histoires qu’on en raconte dans le pays !
LE BAILLI
Et quelles histoires, idiote ?