SCÈNE I
BABET
Pardi! de revenants! de lutins et de fantômes!
BASTIEN
Allons, bon! Depuis ce matin elle ne me parle pas d’autre chose ! C’est une malice d’avoir peur à celle fin de faire peur aux autres.
BABET
Moi ? je répète simplement ce que j'entends dire. :
QU JT u OR.
BABET
Ce vieux moulin est fait exprès Pour les lutins, les farfadets!
LAUKETTE.
Eh quoi ! tu crois à ces caquets De revenants, de farfadets?
LE BAILLI et BASTIEN.
Au diantre soient tous ces caquets De revenants de farfadets !
le bailli, à Babet.
Point de discours si ridicule !
Obéis-moi, songe à ma mule.
BABET
Allons, ne prenez pas d’humeur;
Allons, j'y vais : mais j’ai bien peur!
LE BAILLI, à Bastien.
Elle est vraiment insupportable !
BASTIEN
Partout elle croit voir le diable.
Ensemble.
LE BAILLI et BASTIEN.
Au diantre soient tous ces caquets De revenants, de farfadets !
De faire peur dans le village Ils ont toujours, toujours la rage!
Au diantre soient tous ces caquets De revenants, de farfadets !
LAURETTE
Ah! pourquoi donc tous ces caquets De revenants, de farfadets!
Bastien n’a pas un grand courage.
Ici l’on est loin du village!
Ah! pourquoi donc tous ces caquets De revenants, de farfadets!
BABET, sortant par la porte du fond et allant à droite.
Ce vieux moulin est fait exprès Pour les lutins, les farfadets.
D’après les bruits du voisinage,
Ici, souvent ils font tapage.
Ah! ce moulin est fait exprès Pour les lutins, les farfadets !
LE BAILLI, après la sortie de Babel, a Bastien et Laurette. A tous ces bruits n’allez pas croire,
Dans le pays on est menteur :
Et je vais vous dire une histoire Où l’on voulut me faire peur.
LAURETTE et BASTIEN, se serrant près de lui.
Voyons, voyons votre frayeur.
LE BAILLI
Un jour, loin du village,
Etant seul en voyage,
Je m’égarai le soir ;
Et dans un bois sauvage Je vis sous le feuillage Un vieux château tout noir!
LAURETTE et BA8T1EN.
Un vieux château tout noir?
LE BAILLI
Tout noir!
LAURETTE et BASTIEN.
Tout noir ?
LE BAILLY
Soudain, la châtelaine,
Qui comptait la centaine,
Vint pour ine recevoir.
Dans une chambre immense,
Je commis l'imprudence De coucher au manoir.
Sur la tapisserie Un géant Sarrazin Me tenait compagnie Un poignard à la main!
Ce rut un triste augure,
Et j’eus toute la nuit Cette grande ligure En racé de mon lit!
Je n'y voyais qu’à peine,
Ma lampe éclairait mal,