ACTE I, SCENE II
D'autant mieux que j'ai été témoin oculaire.
MADF.JIOlSELtË DF. TOL'RXUS
Vous avez vu monsieur votre père...
MARGIT
Comme je vous vois.
LA COMTESSE EPERJES
Raconte ! "
MARGIT
En deux mots, tu sais, parce que je viens dérouler vingt-huit heures, et je meurs de faim... Voilà... Il y a quatre jours, à la Chambre, le comte Arday de Nagi-Ardé a appelé le baron Pécs fédéraliste,
MADEMOISELLE DE TOURNAS
C'est anodin.
SIARGIT
Oui, pourtant le baron Pécs a envoyé ses témoins, dont mon père, au comte de
l6 LE FAUBOURG
Nagi-Ardé. La rencontre était décidée pour hier matin, chez nous, dans le parc, devant la fausse isba russe. Avant-hier soir, je reçois un mot du comte Bêla Féhervary, tu sais...
LA COMTESSE EPERJES
Non, je ne sais pas.
MARGIT
Oh! un si gentil garçon, avec lequel j'ai follement valsé cet hiver.
LA COMTESSE EPERJES
Et il t'écrit !
MARGIT
Oui... pour m 'aviser de la chose. Croirais-tu qu'il n'avait jamais vu de 'duel au sabre ! Et moi non plus ! A la première heure, je vais lui ouvrir la grille du parc.
LA COMTESSE EPERJES
Voilà comme tu es surveillée ! c'est effrayant !
l8 LE FAUBOURG
MARGIT
Pas du tout... Non, c'est drôle, Bêla semblait plus effrayé... ou du moins plus ému, plus énervé que moi... A mesure que Nagi-Ardé marchait sur sa victime, il se rapprochait de moi aussi, jusqu'à me toucher. Je le sentais trembler contre moi.
11 m'a pris les poignets et, quand le sang a jailli, il me les a serrés si fort que j'ai crié.
LA COMTESSE EPERJES, à M"« do Tournas, bas.
Avez-vous lu Casanova ?
MADEMOISELLE DE TOURNUS
Vous plaisantez î (AMarjçit.) Eh bien, et votre père ?
MARGIT
Au moment où les médecins venaient de constater le décès de Pécs...
LA COMTESSE EPERJES
Il est mort?
Moi, j étais moins brave, et dame ! quand j'ai vu les combattants presque l'un sur l'autre, j'ai fermé les yeux. Mais j'ai été obligée de les rouvrir par un grand cri que j'ai entendu. Alorsj'ai vu...
l.A COMTESSE Kl'EKJES
Quoi ?
MARGIT
Nagi-Ardé, son sabre en deux morceaux , brisé par la parade de mon père. Après ■quoi le sabre de papa s'était abattu sur le beau nez de Nagi-Ardé pour le trancher d'un seul coup. Et c'était si drôle, ce visage sans nez, cette main furieuse qui brandissait un tronçon d'arme... c'était si beau, mon père debout, impassible, sans blessure, tout ça au grand soleil du matin... j'ai ctéprised'unrire... d'un rire nerveux... et je suis tombée raide évanouie.
LA COMTESSE lîl'ICRJES
Kt liéla ?
MARorr Ah 1 je ne sais pas ! Quand je suis rêve-