ACTE IV, SCÈNE III
lais me donner à moi-même des raisons plus hautes, plus nobles..- Eh bien, j'ai l'instinctcontraire... maintenant... Je n'ai plus... de désir d'elle.. Je n'ai plus que de la colère, de la haine... Je ne veux plus la garder... je veux la renvoyer... Je ne peux plus sentir qu'elle est ici... Finissons-en, finissons-en...
LA DUCHESSE
Il ne s'agit pas de votre instinct, mon fils, mais de votre devoir, dont rien ne peut vous dispenser. Ah ! vous êtes bien excusable de le méconnaître. Mais moi, moi votre mère, je suis auprès de vous pour vous le rappeler : il est précis, il est simple. Vous n'avez pas le droit... non, pas le droit de vous débarrasser de votre femme. Si elle est coupable, cela ne vous impose que plus de charges. Vous devez la garder, la mettre, fiit-ce par force, dans l'impossibilité de faillir. Soyez chrétien, pardonnez-lui, et soyez homme, matez-la.
LE PRINCE
Mais je ne suis pas chrétien, vous le savez bien ! J'ai ma morale à moi, qui n'est pas la vôtre. C'est déjà bien joli si j'arrive à remplir tous les devoirs dont je reconnais, moi, le bien fondé. Je ne peux pourtant pas, par-dessus le marché, m'astreindre aux obligations de votre foi, que je ne partage pas !
LA DUCHESSE
Vous avez vos idées à vous, soit, mais vous n'êtes pas li])re de ne pas tenir compte des nôtres.
LE PRINCE
Par exemple !
LA DUCHESSE
Vous croyez donc sérieusement que vous êtes détaché de nous ? Indépendant ?
Quelle naïveté ! Avez-vous déserté votre famille? Kst-ce que vous ne nous aimez pas ? N'êtes-vous pas resté lié à nous tous
nom portez-^'ous .-■ ueiui que vos ancêtres vous ont laissé... Que pensez-vous que votre père vous ordonnerait, s'il était là?
Vous le savez bien... Vous ne pouvez pourtant pas risquer de lui désobéir, puisqu'il n'est plus là pour vous pardonner...
Et moi, Alain, moi votre mère, moi qui vous pardonnerai, quoi que vous croyiez devoir faire, je vous prie... Je vous prie de respecter ma foi... mes idées, mes préjugés si vous voulez... Je vous prie de m'épargner un chagrin mortel et ce que je considère comme une tare.
LF. PRINCE, profondément cmu.
31a mère... ma mère... Oh !... (Un temps.) Non, je ne peux pas, je ne peux pas... Je vous demande pardon... Mais je ne peux pas, vous sentez bien que je ne peux pas!...
LA DUCHESSE
Alain...
LE PRINCE
Mais VOUS ne comprenez donc pas que...
si je suis capable de... ce... sang-froid relatif... si je puis supporter de... discuter avec vous. . . pendant que. . . oh ! . . . c'est que je sens que j'ai ce moyen d'en finir, qui est... net, simple après tout... propre...
Vous ne comprenez donc pas que... si je n'étais pas absolument décidé à employer ce moyen-là... je tuerais !
LE DUCHESSE
J'aimerais mieux cela.
LE PRINCE, avec stupeur.
Oh !... Oh!... C'est vous qui dites ça!...
LA DUCHESSE
Oui... Que Dieu me pardonne!
LE PRLNCE
Vous voyez bien... ce n'est pas la peine... A quoi bon... parler?... Nous ne