‹ Le Faust de Christophe-MarloweChapitre 33 sur 43 · LA MAISON DE FAUST · texte numérisé non relu

LA MAISON DE FAUST

Entrent Faust et un maquignon.

LE MAQUIGNON

Je supplie Votre Honneur d'accepter ces quarante dollars.

FAUST

Ami ! tu ne peux pas acheter un si bon cheval à si bas prix ; je n'ai pas grand besoin de le vendre, et si tu le veux pour dix dollars de plus, prends-le, car je vois que tu en as grande envie.

LE MAQUIGNON

Je vous en supplie, monsieur, acceptez ceci : je suis un homme très-pauvre, et j'ai perdu beaucoup dernièrement sur la viande de cheval. Cette affaire-ci me remettra.

FJLUST, 467

FAUST

Allons, je ne veux pas marchander avec toi ; donnemoi Fargent. Maintenant, mon garçon, je dois te dire que tu peux le mener, sans le ménager, par-dessus les haies et les fossés ; mais, écoute-moi bien, ne le mène à Teau dans aucun cas.

LE MAQUIGNON,

Z Comment , monsieur, pas à l'eau ? Quoi I est-ce qu'il ne boit pas toutes les eaux possibles?

FAUST

Si, il boit toutes les eaux possibles. Mais ne le mène pas à Feau. Par-dessus les haies et les fossés, où tu viudras, mais pas à Feau. Va, dis au palefrenier de te le remettre, et souviens-toi de ce que je te <Ks.

LE MAQUIGNON

Je vous le promets, monsieur. Oh I le joyeux jour ! Maintenant, voilà ma fortune faite pour jamais I

n sort FAUST seul.

Qu'es-tu , Faust, sinon un homme condamné? Le tarme fatal de ta vie approche. Le désespoir inl3t)duit

468 FAUST

ses défiances dans ta pensée. Mettons fin à ces transes par un sommeil calmant. Fi donc I le Christ sur la €roix a bien appelé le larron. Repose donc, Faust, l'esprit tranquille.

n s'assied comme pour s'endormir.

Rentre le maquignon tout mouillé.

LE MAQUIGNON

Oh! quel fourbe que ce docteur! Croyant qu'il y avait dans, te cheval quelque vice rédhibitoire caché, à peine Tai-je eu mené à l'eau que je n'ai plus eu sous moi qu'une poignée de paille, et ce n'est pas sans effort que j'ai évité d'être noyé. C'est bien. Je vais le secouer et lui faire rendre mes quarante dollars. Holà! morbleu I Docteur ! vous êtes un fieffé fourbe ! Maître docteur ! éveillez-vous et levez-vous, et rendez-moi mon argent, car votre cheval s'est changé en botte de

foin. Maître docteur ! (ll secoue la jambe de Faust et la lui

arrache.) Ah! mou Dicu ! je suis perdu! Que faire? Je lui ai arraché la jambe.

FAUST

Holà 1 au secours ! au secours ! le coquin m'a assassiné!

LE MAQUIGNON

Assassiné ou non, maintenant çu'il n'a plus qu'une

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jambe, je vais courir plus vite que lui et jeter cette jambe-ci dans un fossé.

Il sort.

FAUST

Arrêtez-le ! arrêtez-le ! arrêtez-le I... Ha I ha ! ha I Faust a encore sa jambe, et le maquignon a une botte de foin pour ses quarante dollars.

Entre Wagner.

Eh bien ! Wagner, quelle nouvelle apportes-tu ?

WAGNER

Ne vous en déplaise, le duc d*Anhalt sollicite instamment la faveur de votre compagnie : il a envoyé quelques-uns de ses gens pour vous escorter et pourvoir aux nécessités de votre voyage.

FAUST

Le duc d'Anhalt est un gentilhomme honorable, avec lequel je ne dois pas être chiche de mon savoir! Allons, en route I

Ils sortent.

470 FAUST

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