‹ Le Faust de Christophe-MarloweChapitre 40 sur 43 · FIN · texte numérisé non relu

FIN

FAUST. 205

I pitié 1 ciel ! ne me regardez pas de cet air ef- ;, Couleuvres et serpents, laissez-moi respirer moment ! ne bâille pas, enfer affreux ! n'appf oche , Lucifer ! je veux brûler mes livres. Oh ! Mephost;opliilis !

PREMIER ETUDIANT

Venez, messieurs, allons visiter Faust, car jamais nuit si épouvantable n'a été vue depuis le commencement du monde ; jamais clameurs, jamais cris si effrayants n'ont été entendus. Prions le ciel que le docteur ait échappé au danger.

SECOND ÉTUDIANT

deux, protégez-nous 1 Voyez, voici les membres de Faust arrachés tous par la main de la mort.

TROISIÈME ÉTUDIANT

Le diable que Faust servait l'a ainsi déchiré. Car, entre minuit et une heure, il m'a semblé que je Tai entendu crier et appeler tout haut du secours ; en

18W FAUST

le vain piaisir de* vingt-quatre années^ Faust a perdu la joie et la félicité étemelle. Je leur ai écrite un billet avec mon sang ; le terme est expiré ; voici le moment où on ya venir me chercher.

PREMIER ÉTUDIANT

Pourquoi, Faust, ne nous as-tu pas dit cela auparavant? Des théologfens auraient pu prier pour toi.

FAUST

Tai souvent pensé à le faire ; maïs le diable ^'a menacé de me mettre en pièces si je nommais Dieu, et d'emporter mon corps et mon âme si je prêtais une seule fois l'oreille à la religion ; et maintenant il est trop tard. Messieurs,, allez-vous-en, de peur de périr avec moi.

SECOND ÉTUDIANT

Que potrvons-nous faire pour sauver Faust ?

Ne parlez pas de moi , mais sauvez-vous vousmêmes, et partez.

TROISIÈME ÉTUDIANT

Bfieu me fbrtifîera ; je resterai avec Faust.

FAUST. 199

PREMIER ÉTUDIANT au troisième.

Né tente pss Dieu, doux ami, mais allons dans la chambre à côté et prions pourlui.

FAUST

Oui, priez pour moi, priez pour moi; et quel que soit le bruit que vous entendiez, ne venez pas à moi, car rien ne peut me délivrer.

SECOND ÉTUDIANT

Prie, et nous prierons pour que Dieu ait pitié de toi.

FAUST

Messieurs, adieu; si je suis encore vivant au matin, je vous visiterai ; sinon, Faust sera allé en enfer.

LES ÉTUDIANTS

Adieu, Faust.

Les étudiants sortent (M).

MEPHOSTOPHILIS.

Oui, Faust, maintenant tu ne peux plus espérer le ciel ; renonces-y donc et ne pense qu'à Tenfër, séjom* nécessaire où tu dois résider.

200 FAUST

FAUST

démon ensorceleur! c'est ta tentation qui m'a volé Téternelle béatitude.

MEPHOSTOPHILIS.

Je le confesse, Faust, et je m'en réjouis. C'est moi qui, quand tu étais sur la voie du ciel, t'en ai damné le passage. Quand tu prenais le livre pour lire les Écritures, c'est moi qui tournais les feuillets et qui égarais tes yeux. Allons ! tu pleures ?J1 est trop tard. — Désespère. — Adieu. Les fous qui rient sur terre doivent pleurer en enfer.

Il sort.

Entrent le bon et 1q^ mauvais Ange par des portes différentes.

LE BON ANGE

Oh! Faust, si tu m'avais écouté, d'innombrables joies t'eussent suivi ; mais tu as aimé le monde

LE MAUVAIS ANGE

Tu m'as écouté, et maintenant il faut que tu goûtes éternellement les peines de l'enfer.

LE BON ANGE

Oh 1 à quoi toutes tes richesses, toutes tes voluptés, toutes tes pompes te servent-^lles maintenant?

FAUST. 20

LE MAUVAIS ANGE

Adrien, sinon à fajouler cette douleur de n'avoir plus dans Fenfer les trésors que tu avais sur terre.

lua musique joue. On voit descendre sur la scène le trône des cieux.

LE BON ANGE

Ah ! tu as perdu le bonheur céleste, les plaisirs

ineffables, la béatitude sans fin. Si tu avais recher-

c\vé la douce divinité, ni Fenfer ni le démon n'eussent

eu de pouvoir sur toi. Si tu avais continué dans cette

voie, Faust, vois dans quelle resplendissante gloire

tu te fusses assis sur les marches de ce trône, à côté

de ces saints éblouissants qui ont triomphé de Fenfer.

Yoilà ce que tu as perdu. Et maintenant, pauvre âme,

il faut que ton bon ange te quitte. L'enfer ouvre ses

mâchoires pour te recevoir.

Le bon Ange sort.

On aperçoit l'enfer.

LE MAUVAIS ANGE

Et maintenant, Faust, que tes yeux contemplent avec horreur Fimmense cachot de Féternelle torture. Voici les furies qui secouent les âmes des damnés au bout de leurs fourches brûlantes, tandis que leur torps sont dans le plomb fondu. Voici des quartiers

202 FAUSÏ.

vivants qui grillent sur le charbon sans pouvoir jamais mourir. Cette chaise toujours rouge est le lit de repos des âmes excédées de supplice. Ces êtres qu'on nourrit de tisons ardents étaient des gloutons qui n'aimaient que les friandises et qui riaient de voir le pauvre mourir de faim à leurs portes ("). Mais tout cela n'est rien : tu verras dix mille supplices plus horribles encore.

FAUST

Oh I je les ai assez vus pour ma torture I

LE MAUVAIS ANGE

Non, il faut que tu subisses tout, que tu sentes la brûlure de tous. Celui qui aime le plaisir doit succomber par le plaisir. Et sur ce, je te laisse, Faust, pour un moment. Quand je reviendrai, tu sentiras les tremblements de ta ruine.

Sort le mauvais Ange.

L'horloge sonne onze heures.

FAUST seul.

Ô Faust 1 tu n'as plus qu'une heure à vivre et alors tu dois être damné à perpétuité. Restez immobiles, vous sphères toujours mouvantes du ciel, pour que le temps s'arrête et que minuit ne vienne jamais. Et toi,

œil splendide de la nature, lève-toi, lève-toi encore, et fais un jour éternel! ou que du moins cette heure soit un an, un mois, une semaine, un jour ordinaire, pour que Faust puisse se repentir et sauver son âme !

O lentè^ lente currite, noctis equi l

Les astres bougent toujours, le temps court, l'horloge va sonner. Te démon va venir, et Faust doit être damné. Oh I je veux bondir jusqu'au* ciel : qui me tire en bas ? Voye^, voilà le sang du Christ qui ruisselle dans le firmament ; une seule goutte peut me sauver. mon Christ! — Ne me déchirez pas le cœur parce que je nomme mon Christ. — N'importe ! je veux l'appeler encore. — Oh 1 épargne-moi, Lucifer. Où estîl maintenant? disparu! Et là-haut, voyez-vous ce bras menaçant et ce front furieux ? Montagnes, collines, venez, venez, et tombez sur moi, et dérobezmoi à la pesante colère du ciel. Non? Alors je vais me jeter tôte baissée dans la terre ; que la terre s'entr'ouvre I Oh I non, elle ne veut pas me donner refuge. Vous, astres qui avez présidé à ma naissance, et dont l'influence rationne la mort et l'enfer, attirez Fûust comme une vapeur dans les entrailles de ce nuage en travail, là-bas : de façon que, quand vous me vomirez dans l'air, mes membres puissent retom-

204 FAUST

ber de sa gueule brumeuse, mais que mon âme monte et s'élève jusqu'au ciel !

L'horloge sonne un coup.

Oh I la demi-heure est passée ; bientôt ce sera l'heure entière. Oh 1 s'il faut que mon âme souffre pour mes péchés, imposez une fiii à mes peines iniîessantes. Que Faust vive en enfer mille années, cent mille années, mais qu'il soit sauvé à la fin I Aucun terme n*est assigné aux âmes damnées. Pourquoi alors n'ai-je pas été une créature sans âme? ou pourquoi l'âme que j'ai est-elle immortelle? Pylha- ^ore ! si la métempsycose était vraie, cette âme s'envolerait de moi, et je serais changé en quelque bête brute. Toutes les bétes sont heureuses, car lorsqu'elles meurent, leurs âmes se dissolvent aussitôt dans les éléments ; mais la mienne, il faut qu'elle vive pour être éternellement torturée en enfer. Maudits soient les parents qui m'ont engendré! Non, Faust, maudis-toi toi-même, maudis Lucifer qui t'ar prjvé des joies du ciel (**).

L'horloge sonne minuit.

Minuit! minuit! Maintenant, corps, évanouis-toi en air, sinon Lucifer va t'emporter vite en enfer. àme ! change-toi en quelques gouttes d'eau et toAbe dans l'Océan, à jamais introuvable !

Bruit de. tonnerre. Entrent les démons.

FAUST. 205

Oh! pitié! ciel! ne me regardez pas de cet air effrayant. Couleuvres et serpents, laissez-moi respirer un moment 1 ne bâille pas, enfer affreux 1 n'appf oche pas, Lucifer! je veux brûler mes livres. Oh! Mephostophilis !

PREMIER ÉTUDIANT

Venez, messieurs, allons visiter Faust, car jamais nuit si épouvantable n*a été vue depuis le commencement du monde; jamais clameurs, jamais cris si effrayants n'ont été entendus. Prions le ciel que le docteur ait échappé au danger.

SECOND ÉTUDIANT

cieux, protégez-nous ! Voyez, voici les membres de Faust arrachés tous par la main de la mort.

TROISIÈME ÉTUDIANT

Le diable que Faust servait l'a ainsi déchiré. Car, entre minuit et une heure, il m'a semblé que je l'ai entendu crier et appeler tout haut du secours ; en

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même temps, la maison m'a semblé tout embrasée par la sinistre horreur de ces damnés démons.

SECOND ÉTUDIANT

Maintenant, messieurs, bien que la fin de Faust ait été telle que tous les cœurs chrétiens se lamentent en y pensant, comme c'était un étudiant jadis admiré pour ses connaissances étonnantes dans nos écoles germaniques, nous donnerons à ses membres mutilés la sépulture qui leur est due, et tous les écoliers, en grand deuil, assisteront à ses accablantes funérailles.

LE CHŒUR

Coupée est la branche qui aurait pu grandir jusqu'à la pleine maturité ; brûlé est le rameau du laurier d'Apollon qui croissait naguère dans ce savant. Faust n'est plus 1 Regardez son infernale chute, et puisse sa destinée diabolique engager le sage à n'avoir que de l'étonnement pour ces choses défendues, dont l'étude approfondie entraîne les esprits aventureux à, des pratiques interdites par la puissance céleste I

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