‹ Le Faust de GoetheChapitre 100 sur 166 · DEUXIÈME PARTIE. 2G · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. 2G

Agiles compagnons, nous ne craignons ni l'aigle, ni le lion ailé, ni la croix', ni la lune, ni tout ce qui là-haul habite et trône, se balance et se meut dans ses révolutions, se chasse et s'extermine, et couche à terre les moissons et les villes. Bref, nous amenons ici la plus gracieuse souveraine.

Les sirènes. Doucement émues, dans une hâte modérée autour du char, cercle sur cercle, ou vous enlaçant à la file ainsi que des serpents, approchez-vous. Néréides vigoureuses, robustes femmes, agréablement sauvages; apportez, tendres Dorides, à Galatée l'image de sa mère : sévères et telles qu'on croirait voiries dieux, immortels, et cependant, ainsi que les douces femmes des hommes, d'une attrayante bienveillance.

Les dorides, en cJiœur, passant devant Nérée, tontes sur des dauphins. 0 lune! prête-nous ta lumière et ton ombre. Splendeur à cette belle fleur de jeunesse! car nous présentons des époux bien-aimés à notre père, que nous supplions. (.4 Nérée.) Tiens, ce sont des enfants que nous avons sauvés de la dent affreuse de l'incendie, étendus sur les joncs et la mousse, réchauffés aux ardeurs du soleil, et qui maintenant, par des baisers ardents, doivent nous témoigner leur reconnaissance. Contemple ces doux garçons d'un œil propice.

Nérée. C'est un double profit qu'on doit estimer haut : être miséricordieux et se délecter en même temps.

Les dorides. Père, si nous avons bien mérité de loi, si tu veux nous accorder un désir bien conquis, laisse-nous les garder immortels sur notre sein d'éternelle jeunesse.

Nérée. Vous pouvez vous réjouir de la belle capture, et voir l'homme dans l'adolescent ; mais je ne saurais octroyer ce que Jupiter seul peut accorder. La vague qui vous berce et vous balance ne laisse pas de consistance à l'amour, et si votre inclination vous a trompées, déposez-les doucement sur le rivage.

Les dorides. Doux enfants! vous nous êtes chers ; mais il faut, hélas! nous séparer. Nous aurions désiré une constance éternelle, mais les dieux n'en veulent rien entendre.

Les jeunes gens. Continuez à nous ranimer de la sorte, nous hardis enfants de la mer, et nous n'aurons jamais clé si heureux, et ne le serons jamais davantage.

GALATÉE s'avance sur un cliar de nacre.

Nérée. C'est toi, ma bien-aimée!

Galatée. Opère! ô bonheur! Dauphins, arrêtez! ce regard m'enchaîne.

Nérée. Passés déjà! Ils s'éloignent dans le tourbillon des ondes! Que

' Conslellalion dpsignôe aussi snus le nom du Cyrjne.

2tü FAUST.

leur importe l'émotion profonde du cœur? Ah! que ne me prennent-ils avec eux! Mais un seul regard encliantc pour toute une année.

TiiALÈs. Gloire ! gloire! encore ! Comme je m'épanouis de bonheur, pénétré par le beau, par le vrai ! Tout est sorti de l'eau; l'eau maintient toute chose! Océan, prête-nous ton éternelle action! Si tu n'exhalais les nuages, si tu ne distribuais les riches ruisseaux, si tu ne jetais çà et là les fleuves et ne formais les torrents, que seraient les montagnes? que seraient les plaines et le monde? C'est toi qui maintiens la vie dans sa puissance et sa fraîcheur.

Page 1