DEUXIÈME PARTIE
Soyez exaltés sniis trêve, Éléments, vous quatre, tous ' !
* An plus beau moment de la fête marine , Thaïes prononce avec cntliousiasme le principe de l'école dTonie : «Tout est sorti de l'eau, l'eau maintient toute chose,» et les cercles de résoniiance font chorus. L'Océan, du sein de ses grottes, de ses abîmes et de ses profondeurs , répond à l'hymne (jue des voix innombrables cliantent à sa gloire. Homunculus tressaille dans sa fiole, un désir inconnu teint le cristal de plus vives ardeurs : Protée le prend sur sa croupe de dauphin et l'emporte vers Galatée. Là le verre se brise, le petit génie entre en fusion, sa lueur empourpre les flots et s'y mêle. Homunculus disparaît dans l'Océan au pied du trône de Galatée; le phosphore se marie à l'eau sous l'influence de l'amour de l'éternel Eros, principe et fin de toute chose. Le chœur célèbre l'hyménée des éléments. — Jetons un rapide coup d'œil sur le spectacle grandiose auquel nous venons d'assister, et tâchons d'en expliquer le sens. Homunculus, Esprit élémentaire du feu. Phosphore, personnage romantique s'il en fut, introduit Faust dans l'antiquité classique ; Méphistophélès , proche parent de l'un , serviteur de l'autre, les accompagne. L'Esprit élémentaire est en quête d'une forme palpable; il veut exister, il veut être ; l'antiquité ne pouvant lui en fournir les moyens , il s'associe aux éléments auxquels il appartient d'origine, étant leur fils. Les éléments composent la base de la physique antique [Plat. Titn., p. 52), comme ar.ssi delà mythologie primitive , leurs combats, la formation du solide hors du chaos par l'amour et la haine, les révolutions du sol par les tremblements de terre et les inondations, la souveraine influence de la mer sur la génération et la vie : telles sont à peu près toutes les significations des anciens dieux de la nature, les seuls que Goethe ait évoqués ici. La contemplation de la nature introduite par Homunculus, Esprit du feu, trouve sur le sol classique des points d'affinité dans les mystères des Kabires, dans la symbolique des divinités de l'Océan, de Nérée et de Protée; dans toutes sortes de légendes empreintes de romantisme à leur manière ; cette rencontre a pour résultat l'événement qui se consomme avec tant de pompe et d'appareil à la dernière scène de l'acte, l'hyménée des éléments sous l'influence de la beauté et de l'amour. De là les hymnes que les puissances de l'Océan générateur chantent à la gloire de Cypris et d'Éros ; de là le trouble incessant et le malaise de Mépbistophélès, Esprit de la négation et de la haine. L'unité, l'amour, tel est le but où tend Homunculus à travers la variété confuse et les apparitions sans nombre de la nuit classique de Walpiirgis ; tel est aussi le mot de cette grande énigme poétique.