‹ Le Faust de GoetheChapitre 118 sur 166 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

contre fief, ville contre ville, les corporations aux prises avec la noblesse, l'ovcquc avec le chapitre et la paroisse. Dans les églises, meurtre et assassinat; devant les portes, marchand et voyageur, c'en était fait de tous. En attendant, chez tous la témérité croissait a l'envi ; car qui disait vivre, disait se défendre. — Mais bah ! cela allait.

Faust. Cela alla, boîta, se releva, tomba, puis finit par faire la culbute et rouler lourdement pôle-mèle.

Mépihstophélès. a vrai dire, personne n'était en droit de se récrier contre un pareil état de choses; chacun voulait du crédit et pouvait en avoir; le plus chétif passait pour un personnage d'importance. Cependant, à la fin, les meilleurs trouvèrent que la démence devenait par trop grande; les vaillants se levèrent avec force et dirent : Est souverain celui qui nous donne le repos; l'Empereur ne le peut, ne le veut, — choisissons un nouvel empereur, ranimons l'empire; et tandis qu'il donne à chacun la sécurité, marions la paix et la justice dans un monde renouvelé.

Faust. Voilà qui sentie prêtre.

Mépihstophélès. Aussi c'étaient des prêtres, ils voulaient mettre à l'abri leur gros ventre; ils étaient plus intéressés que tous. La révolte grondait, la révolte fut sanctifiée, et notre Empereur, que nous avons si fort diverti jadis, se retire vers ces lieux, pour y livrer peut-être sa dernière bataille.

Faust. J'ai pitié de lui, il était si bon, si ouvert!

Mépihstophélès. Viens, observons; qui vit doit espérer. Si nous le tirions de cette étroite vallée! Une fois sauvé, il l'est mille. Sait-on, d'ailleurs, comment peuvent tomber les dés? Qu'il ait seulement du bonheur, et il aura des vassaux.

(Ils grimpent sur la montagne intermédiaire, et contemplent la disposition des troupes dans la vallée. Un bruit de tambours et de musi- (^iie guerrière s'élève d'en bas.)

Méphistophélès. La position, à ce que je vois, est bien prise; nous passons de leur côté, et la victoire est assurée.

Faust. Qu'y a-t-il à attendre de cela? Illusion, fantasmagorie, apparence vaine!

Méphistophélès. Stratagèmes pour gagner des batailles! Prends courage et réfléchis à ton but. Que nous conservions à l'Empereur son trône et ses Etats, et tu n'as plus qu'à mettre le genou en terre pour recevoir en fief une plage sans bornes.

Faust. Tu as déjà fait bien deschoses. Eh bien, voyons, gagne une bataille.

Méphistophélès. Non, c'est toi qui la gagneras! Cette fois tu es le général en chef.

Faust. Honneur légitime, en vérité : commander là où je n'entends rien !

Méphistophélès. Laisse faire le bâton de maréchal, et je te réponds du maréchal. J'ai dès longtemps ressenti les misères de la guerre, et me suis formé un conseil composé des forces élémentaires de l'homme et des mon tagnes; tant mieux pour qui sait les rassembler.

Faust. Qu'est-ce que je vois là-bas portant les armes? As-tu soulevé le peuple de la montagne?

Méphistophélès. Non; mais, semblable à maître Peler Squenz ', de toute la multitude j'ai su tirer la quintessence.

LES TROIS VAILLANTS s'avancent K

Sam. II, XXIII, 8.

Méphistopuélès. Tiens, voilà mes lurons ! Tu vois, différents d'âges, différents de vêtements et d'armures; tu ne t'en trouveras point mal.

[Ad spectatores.) Tout le monde aujourd'hui raffole d'armure et de hausse-col, et allégoriques comme ils sont, les gueux n'en plairont que davantage.

UAUFEBOLD.

(Jeune, armure légère, mise bariolée.)

Si quelqu'un me regarde dans le blanc des yeux, je lui lance mon poing dans la gueule; et le lâche qui veut fuir, je l'empoigne par ses cheveux de derrière.

HABEBALD.

(Allure mâle, équipement convenable, mise riebe.)

Les vaines querelles ne sont ([ue fariboles, on y perd sa journée. A prendre seulement sois infatigable; du reste, ne t'en informe qu'après.

HALTEFEST.

(Agé, solidement armé, sans vêlement.)

Avec cela, on n'avance pas non plus à grand'chose. Un grand bien se dissipe bientôt, emporté dans le flot murmurant de la vie. A la vérité,

' On connaît cet original de la pièce de Sbakspere, ce cliarpentier Peter Squcnz, du Songe d'une nuit d'été, qui arrange la comédie de Pyrame et Tbisbé, de concert avec cinq autres compères qu'il a cboisis dans tout Atbèncs et tirés de la populace, comme les seuls dignes de jouer devant le duc et la dutlussc. Mépbistopliélès fait ainsi, et de même que Peter Squenz et ses cinq lurons, il donne ses Trois Vaillants comme la quintessence des forces dont il dispose.

2 Allusion aux Trois Vaillants liommes de David. (II, Uoisxxiii, 8.) « .lasnboam; — il tua bult cents bommes sans se reposer. Éléazar ; — les Israélites ajant fui, Eléazar seul fut ferme, et battit les Pbilistins jusqu'à ce que sa main se lassât de tuer et qu'elle demeurât attacbée à son épéc. « Il conduisit le peuple au pillage. » Semma {le plus estimé) : — les Pbilistins s'étant un jour assemblés près d'un cbàteau où il y avait un cbamp plein de lentilles, et ayant fait fuir le peuple devant eux, il demeura ferme au milieu du cbamp, le défendit contre eux et en lua un grand nombre.» Goetbc reproduit ici ces trois types, qui représentent les différentes périodes de la guérie, llaufibold (l'assommeur) correspond au premier des Trois Vaillants bommes; llabedald (qui aura bientôt), le pdlard, au second: Hnltefest (tient ferme, celui qui garde, qui maintient), au troisième.

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